‹ Sous-offsChapitre 180 sur 199 · CINQUIÈME PARTIE fî · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE fî

Renommée, car Blandan, avant que lui fassent adj oints liobi Ilot pu i s Triai re, resta longtemps le seul échantillon populaire du dévouement des cadres inférieurs. J'espère, maintenant, que les sous-officiers sont satisfaits.

Jamais à aucune époque les journaux n'exaltèrent pareillement leurs vertus, n'appelèrent l'attention sur eux avec. plus de zèle. Grâce au pauvre livre conspué, ils ont cessé d'être la quantité négligée. Deux ou trois héros, jusqu'à présent, accaparaient la reconnaissance publique, ramenaient le dithyrambe aux proportions des statues qu'érigea notre piété patriotique. Aujourd'hui, non seulement le Livre d'or est ouvert à toutes les pages, mais on publie, par anticipation, son supplément. Les sous-officiers entrent l'arme au pied, tenue de ville, dans l'immortalité.

La respectueuse discrétion qui me défendit de jouer aux grâces avec les couronnes à grains jaunes réservées aux commémorations, n'a pas été imitée par une presse débridée qui achemine importunément de paisibles gens vers leur propre anniversaire! Ont-ils été assez choyés, adulés, gâtés, consolés f... Quand il manquait vingt lignes au metteur en pages, on ne les empruntait plus aux dernières nouvelles du Temps, on reproduisait « l'Ordre du jour du général X... » en y ajoutant cette mercuriale :

« Voici une noble réponse aux calomnies dirigées contre nos sousofficiers, monsieur Descaves I »

C'est mon avis. Mais on connaît le proverbe : A sotte demande, pas de réponse. Si messieurs les officiers supérieurs m'ont fait l'honneur de me réfuter, c'est donc que mes questions n'étaient pas absolument déplacées. N'eussent-elles servi qu'à créer dans l'armée ce mouvement d'études, j'aurais le droit de dire que les avantages procurés aux sousofficiers par la publication du roman l'empoctent sur le préjudice qu'il a porté à leurs intérêts, à leur prestige.

Cette conviction, je la puise encore dans le cri d'un sergent-major : (( 11 nous a beaucoup nui. Maintenant nous sommes étroitement surveillés. »

Les ministères ont des bureaux où se brassent d'obscures statistiques. Si j'osais, je solliciterais de leur bienveillance le tableau comparatif des comptables envoyés devant les conseils de guerre, pendant les années 1888 et 1890, pour faux, détournements de fonds, fraudes, trafic des deniers appartenant à l'Ëtat ou auK militaires, etc..

Si le nombre des condamnés a augmenté cette année, c'est que j'ai fait la mauvaise action qu'on me reproche; s'il a, au contraire, sensiblement diminué, je suis absous.

Je crois répondre à tout en m'en référant à cet arbitrage officiel.

« M. Descaves, a si bien outragé les sous-officiers, ont dit les journaux et après eux M. l'avocat général, qu'il n'en est plus à compter les cartels, les provocations qu'il a reçus. »

Il me coûte de détruire cette légende, mais la vérité m'oblige à renverser les termes de la proposition, a M. Descaves a si peu outragé, etc., qu'il n'a pas reçu,... etc. »

Six semaines se sont écoulées entre la mise en vente de mon livre et les poursuites ordonnées sur la plainte du ministre de la Guerre. Les sous-officiers, ceux de Paris principalement, ont donc eu le temps de se former une opinion et de me la transmettre par une autre voie que la voie hiérarchique avant ou après que l'intervention de M. de Freycinet puis le verdict des jurés me cantonnassent dans une indéfectible inertie.

Eh bieni j'en donne ma parole, une seule provocation, écrite, me parvint à cette époque. Un sergent-major, eu garnison à Nevers, me conviait à l'y joindre. Je déclinai cette invitation, je l'avoue, estimant que le dérangement incombait raisonnablement à celui de nous deux qui jouit d'une réduction de tarif appréciable sur le chemin de fer de l'État.

Et c'est tout? C'est tout.

On m'objecte : les chefs de corps, consultés, se sont opposés à toute demande de réparation.

D'abord, ce bruit mérite confirmation. Mais fùt-il fondé que le rôle prêté aux sous-officiers par cette perfide insinuation, me la rendrait inacceptable. Je ne leur ferai pas la gratuite injure de penser qu'ils hésitèrent entre le châtiment dont ils me trouvaient passible et la légère punition encourable pour dé^^obéissance.

Mes dernières explications ont trait à des procédés de composition sur lesquels des lecteurs curieux ont bien voulu m'interroger.

CrNOUIÉME PARTIE 655

Ils m'ont dit : Favières, Devouge, Tétrelle, Montsarrat, Petit-Mangin, Cliuard, Roisguillaumo, etc.. existèrent-ils?

— Oui.

— De tontes pièces?

— Non, mais en leur caractère initial essentiel. Lorsque j'eus tracô. d'après des modèles h qui j'ai demandé quatre ans de pose, la silhouette totale de mes personnages, lorsqu'ils m'offrirent, par juxtaposition, un catalogue en relief des vices, des tares, des abus, des lacunes, des défaillances, des misères qu'entretiennent la vie de caserne et l'inadvertance des chefs, un scrupule, une requête de conscience, un goût de vérité extensive, m'incitèrent ci soumettre ces ébauches à des jeunes gens, étrangers ou amis, lesquels avaient, comme moi, passé au régiment le temps nécessaire pour le bien connaître. Leurs souvenirs, leurs remarques personnelles, corroborèrent ou corrigèrent les miens. J'obtins ainsi une moyenne d'exception annonçant moins un exact et stérile recensement des 40,000 sous-officiers de l'armée française, qu'un examen ïittentif des taches du fruit dans l'armoire close. Car n'est-ce pas cela, au fond, l'armée? Une provision de fruits blettissant dans les casernes, en attendant qu'ils crient sous le couteau. N'est-on pas libre de préférer l'entame du fer, du plomb, de l'acier, aux chutes, aux heurts accidentels, qui déprécient le fruit, aux vers qui s'y mettent?

On m'a reproché de montrer le mal sans indiquer le remède. Le remède, peut-être serait-il dans de fréquentes visites à l'armoire, dans l'isolement des fruits gâtés dont le contact corrompt les autres. IMais c'est affaire aux pouvoirs agissants. J'ai d'un coup de poing brisé la glace de l'avertisseur. Il suffit que le tribunal, en me renvoyant indemne, ait infirmé l'avis du plaignant, à savoir que je suis un mauvais plaisant signalant le feu là où il n'est pas.

Quant cl la panacée applicable au parasitisme des armées permanentes, vous entendez bien qu'elle existe. Mais l'ordonner, n'est-ce pas prêter à rire. Certaines utopies ne sont encore que les ovules, des paradoxes. — cette graine des vérités de demain.

LuciK.\ Desiavrs.

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