‹ Sous-offsChapitre 25 sur 199 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

et les jours de salle de police, les miches et les bordées en ville, les manies des officiers et celles de Monsieur, une libération par anticipation et une délivrance en surprise, les gants et la solde, la bouteille de Champagne et la ration de vin supplémentaire, la vie en caserne et la vie en maison... Tous les efforts tendent à jeter bas la mince cloison qui sépare les deux bâtiments, à ne plus faire qu'un seul métier, une même corvée, sous la tolérance universelle des Grands-Patrons ! »'

Huit heures. La salle commune du 44. Personne qu'eux trois, Favières, Tétrelle et Devouge, attendant la fin du dîner des femmes, muets, la pensée flottante.

C'est la première fois qu'ils viennent sitôt. Il y a quinze jours seulement, jamais ils n'auraient osé frapper au 44, avant la tombée de la nuit. Ils s'y glissaient subrepticement, au sortir de chez les Couturier. Mais Pâquerette et Camélia obtiennent d'eux, successivement, qu'ils couchent, qu'ils écrivent et, finalement, qu'ils viennent de temps en temps rompre la monotonie de ces mortels commencements de soirées que le client n'occupe pas.

Et ils obéissent, sans vergogne.

Aussi bien les dimanches n'offrent à leurs épanchements que des heures comptées, lourdes d'ivresse, souvent ; et la petite comédie de passion que se jouent les filles, sincèrement, leurs tentatives d'attachement, cela flatte et retient les fourriers plus qu'ils n'en voudraient convenir, les invite à partager leurs loisirs d'hommes aimés entre le débit de boissons et le débit d'amour, celui-ci plus drôle, cultivant une fleur de vice rare et fastueuse.

— Comment ! vous payez encore le coucher? s'écria Devouge, en réponse à l'énumération geignarde, faite par Tétrelle, des frais qu'entraînaient les plaisirs tarifés.

— Ah ! tu ne voudrais pas... C'est déjà joli de ne leur rien donner... protesta Favières.

no SOUS-OFFS

Mais Devouge, mâchant ses clous de tapissier, continua :

— C'est différent... Du moment que vous mettez du sentiment dans ces choses-là ! C'est comme les consommations... Si vous vouliez, je dirais deux mots à Laure... qui parlerait à vos femmes... Le gouvernement ne nous paye pas pour les entretenir!...

Tétrelle parut ébranlé , regarda tour à tour Favièrés et Devouge , pesant les scrupules invoqués par le premier et l'argument décisif versé par l'autre.

— C'est vrai, insiuua-t-il... En somme, il ne nous reste rien entre les mains...

— L'argent n'a pas d'odeur, rectifia Devouge.

— Ah ! tu vas trop loin... hein^ Favièrés ?

La sous-maîtresse venait d'apparaître, digne, belle encore, dans un deuil affecté qui la différenciait mieux du troupeau.

— Ne vous impatientez pas, messieurs... Ces dames sont à vous tout de suite. . .

Elle dit, et Favièrés, quand elle ne fut plus là :

— Ma parole! c'est, ici, la seule femme que je désire réellement... Mais elle n'opère qu'en ville, au cachet. Elle amalgame l'institutrice et la patronne de Bouillons... Vous ne trouvez pas excitant son calfeutrage, parmi tant d'entre-bâillements?...

— Sûr, j 'aimerais mieux coucher avec elle tout habillée qu'avec toi tout nu, répondit Tétrelle qui agréait, pour se gargariser, les rinçures d'esprit. •

. Les femmes entrèrent, assaillirent les millitaires, écorchant leurs poitrines nues aux boutons de capotes, sans cesser de tu^er leurs bas, d'un geste mécanique.

— As-tu pensé à moi? interrogea Camélia, tâtant Favièrés,

' — M'as-tu apporté ce que je t'ai demandé? dit Pâquerette, palpant mèmement Tétrelle.

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