PREMIERE PARTIE
taire, ne s'en allait plus, couchait à la caserne, à l'insu des officiers, sinon de l'adjudant de semaine, lequel fermait les yeux, par intérêt.
Alors, il n'y eutplus, au bataillon que trois hommes réfractaires à ces amours de pré, à toutes amours : l'adjudant Laprévotte, traînant par les rues et l'es chambrées une croupe désolée, sous l'irréprochable deuil du dolman; le sergent-major patito Chupin, enragé de romans populaires et de virtuosités recluses; et le petit caporal Chuard, l'ancien valet de ferme.
Celui-là se dégrossissait, rendait de réels services à Favières qui l'employait, au bureau, à des tracés ingrats, des besognes encore inférieures à celles ou s'abîme le caporal-adjoint. Le paysan s'acharnait, s'exerçait à la ronde, à la bâtarde, — à l'orthographe aussi, dont son fourrier lui inculquait, entre deux états, les notions. Rien ne le rebutait. La soupe mangée, après une marche de huit lieues, il était là, n'abandonnant l'âpre étude de la théorie, qui lui brisait le crâne, que pour mouler les copies de décisions où sa main s'appliquait.
C'est lui qu'on avait surpris, élève-caporal, après l'extinction des feux, étudiant les principes du port d'arme sur une marche d'escalier, traitant sa mémoire comme il traitait la terre, l'ensemençant ainsi qu'un champ stérile qui doit rapporter à force d'entêtement et de labour.
Quelquefois il lui échappait : « Je crèverai dans la pea|,u d'un cabo et d'un pédezouille », mais cela dit avec une énergie dans le regard qui démentait l'assertion, chantait l'escalade des grades accessibles.
Un dimanche soir, une altercation s'éleva entre Faviùj'cs et Tétrelle, au sortir de chez les Couturier.
Depuis que le Parisien partageait la chambre de Généreuse, les ébats dans le café, à gaz éteint, lui paraissaient superflus. Il y cou-
pait court en s'esquivant dès la fermeture et en entraînant son ami, tandis que Delphine montait se coucher en même temps que sa mère.
Des scènes divisaient les deux femmes, mais courtes, sourdes, dans le dos de la grand'mère ignorante, de terribles duels où « la sœur aînée » se trouvait désarmée par cette enfant de quinze ans à peine, ressuscitant son passé, perpétuant l'odyssée de la fille à soldats, mais décadente, commençant par où toutes finissent : la pouille des grades inférieurs.
Delphine rapportant à Tétrelle le souvenir de ces querelles, dans des bouderies, des refus, il se décida enfin à intervenir.
— Que veux-tu que j'y fasse? s'écria Favières au premier mot.
— Tu pourrais bien, comme autrefois, rester un peu... attendre...
— Quoi ? Que tu aies fini?... avec Généreuse sur les genoux, dans l'obscurité... merci 1
— On n'a pas de femme, alors.
— Je vais tenir la chandelle , parbleu ! . . .
Tétrelle parti, vexé, Favières revenait vers le café, se glissait dans la maison avec les soins habituels.
Généreuse l'attendait, couchée, toujours si haut qu'elle avait l'air d'être dans une soupente.
Use déshabilla ; mais comme il atteignait péniblement le bord du lit, la stupéfaction l'y cloua. Derrière sa maîtresse, dans la ruelle, l'enfant dormait, joli, tassé, arrangé vraisemblablement pour occuper peu de place.
Elle surprit son geste, et tranquillement :
— Maman n'était pas bien ce soir... elle m'a rendu le poulot.
— Il fallait me dire..