‹ Sous-offsChapitre 32 sur 199 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Tout désir mourait en lui devant cette enfance, cette chair légère, prompte à crier. Il s'éloigna de Généreuse, se fit petit aussi, ramassé, sans mouvement.

Mais elle :

— Il te connaît... Oh! j'ai bien pensé... Et puis, tiens... Elle allongea le bras et, par-dessus Favières, éteignit la lampe. . .

Sa main, au retour, se posa... Mais il demeurait inactif, les yeux fouillant la nuit du côté de ce fragile témoin dont il s'alléguait l'illusoire curiosité.

— Tu l'aimes bien?... demanda tout à coup Généreuse, d'un élan de passion où toutes ses affections se fondaient, si bien qu'il ne savait plus si c'était la mère ou l'amante qui parlait.

Il répondit vaguement :

— Mais oui... oui...

— Embrasse-le.

Il résista.

— Tu veux?... Je vais le réveiller... Quelle idée!

— Tu ne l'aimes pas !

Il dut se pencher, baiser l'enfant par-dessus la mère ; et ce baiser était comme l'absolution de celle-ci, la capitulation des derniers scrupules, l'approbation donnée à cette présence...

Généreuse le comprit. Elle l'attira; il céda... sans entrain toutefois, avec le cauchemar d'étouffer sous lui, de laminer^ de réduire à rien, la sommeillante, l'angélique enfance...

A l'aube, une sensation de fraîcheur, de caresse délicate, le réveilla. Penché sur lui, le poulot avançait et retirait sa menotte alternativement, et, avec des grâces de jeune chat, devant sa mère assoupie, — jouait.

Le bataillon quittait Dieppe dans un mois, à la fin de mai.

La vie devint insupportable.

Le désir de reconduire au Havre une troupe à la hauteur animait les décisions quotidiennes du commandant Mauvezin. Officiers, sous-officiers et soldats étaient sur les dents, exténués par des marches, des exercices en terrains variés, destinés à briser le corps. (c Marche d'entraînement cette après-midi; chargement complet (l'itinéraire annonçait huit lieues) ; marche demain matin ; départ à cinq heures, on parcourra 30 kilomètres; à la rentrée, la soupe mangée, dernière marche : trois lieues. » Pour la bonne bouche! A chaque sortie, on visitait trois sacs par escouade, afin de punir les tireurs au cul tentés de s'épargner le poids de V ordonnance . Salés également, ceux qui n'étaient pas reconnus malades par le médecin-major. Celui-ci, d'ailleurs, n'exemptait personne. Les visages s'allongeaient; les pieds se talaient; les officiers, commandés à tour de rôle, cependant, alors que la troupe, elle, était debout tous les jours, à toute heure, les officiers eux-mêmes s'énervaient à voir le commandant, calme, à chaque tournant de route, tantôt derrière la colonne, tantôt débouchant à l'improviste sur son cheval bai, ou surgissant, à la pause, pour faire installer un homme, vérifier le contenu des sacs, des bidons. Plus rude aux officiers responsables qu'aux soldats, il rachetait vis-à-vis de ceux-ci ses exigences de rude chef par un parfait mépris pour les inspections de détail, le fignolage en chambrée, l'astiquage des ardillons, les supplices réels de la troupe. Bourru, mais juste, entendu et crâne, il la pliait, d'un coup de genou, comme une femme prise de force, tombant ensuite à l'adoration du mâle.

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