LE HAVRE
En arrivant au fort de Tourneville, Favières trouvait une lettre de Généreuse.
a Mon bon André,
(( Je voudrais savoir si ton voyage s'est bien passé, si tu as été bien reçu chez les gens qui t'ont logé, et surtout si tu n'as pas trop souffert de tes pieds et eu besoin des bandes que je t'avais coupées. M'as-tu vue, en partant, comme je t'ai vu de ma fenêtre? Le temps me semble bien long loin de toi. Tu sais que si je voulais t'oublier, je ne le pourrais pas. J'ai quelque chose qui m'oblige à penser à toi continuellement. Le nouveau bataillon est arrivé à Dieppe. Les fourriers viennent à la maison. Il y en a un qui te ressemble, mais sans tes petites mains blanches et ton air embêté que j'aimais tant. Maman est contente de voir qu'on se remet à fréquenter le café. C'est pour cela qu'elle ne s'aperçoit de rien. Pourtant je grossis toujours, j'ai dû lâcher mon corset. Avanthier, j'ai été malade. J'ai bien cru que j'allais te mettre père. On voulait aller chercher le médecin ; tu penses bien que je m'y suis opposée. Alors maman m'a fait purger et depuis je ne souffre plus. Hâte-toi de me trouver une chambre. Je travaillerais d'abord