‹ Sous-offsChapitre 37 sur 199 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

chez une blanchisseuse pour reprendre le courant. Enfin, fais pour le mieux et écris-moi bientôt.

« Delphine embrasse ton ami, je t'embrasse de tout mon cœur.

<r Généreuse Couturier. »

Faut-il répondre? Tout de suite Favières se posa la question.

— Bah! dix lignes n'engagent à rien.

Il s'assit devant la petite table noire, réglementaire, à deux tiroirs; mais, ayant levé les yeux sur la fenêtre de sa chambre, au rez-de-chaussée, ce qu'il vit le souleva de dégoût, lui mit aux doigts une plume rageuse, postillonnant, dans un besoin de décharge immédiat. Il n'était point là depuis vingt-quatre heures qu'il regrettait déjà la vieille caserne du Pollet, cette crasse et cette ruine, l'eau triste des bassins et la baïonnette des mâts plongée dans le ciel saignant des couchants.

A.h ! il peut l'ouvrir sa fenêtre, pour ce qu'il découvre àtravers les barreaux, de la grosseur du poignet, qui la défendent inutilement ! Des talus, les cuisines, les latrines...- S'il se retourne, c'est l'odieuse pièce blanchie à la chaux, à plinthes figurées par un sommaire goudronnage. Mais ici, l'insalubrité s'aggrave d'un plancher bitumé, glacial, et le long des murs, un suitement sans arrêt délaie l'ordure déposée par les occupants successifs. Seraiton mieux dans les chambres en façade, avec la vue du mur frangé de feuillage de la^romenade deTourneville et le spectacle seulement annuel d'une foule de Toussaint, pèlerinant sur la route du cimetière ? Non, Dieppe était préférable — et le sordide faubourg, et l'accablant hiver, la détresse des sorties dans les bourrasques, le gel et l'ennui 1

Les ascensions quotidiennes auxquelles est vouée la garnison du Fort, pour le service, lui ôtent l'envie etle courage de descendre en ville par distration.

Autant s'enterrer là, en cette nécropole, voisine de l'autre, où les travaux de défense, à la nuit tombante, s'érigent en tumulus lugubres, par delà les rangées de maigres arbres où s'emmêlent les nuées. Autant, vautré sur son lit, se laisser manger par la moisissure et pourrir doucement dans l'aquarium peuplé de poissons rouges, le ventre en l'air 1

Ce n'est point qu'il soit consolant, cependant, le partage de sa chambre avec Vaubourgeix, le sergent rengagé remplissant, à Dieppe, les fonctions de vaguemestre. Une brute.

— Si j'ai été bien logé à l'étape ? se demande Favières, près de répondre à la question de Généreuse.

Il pose la plume et se les remémore, les accueils divers de ses hôtes de hasard.

Saint-Valéry, quartier des Bassins, quartier des veuves aussi, veuves de pêcheurs : une vieille femme pauvre donnant son lit, sa chambre ; elle eût donné son cœur à manger...

Fécamp, des bouchers, jeunes mariés, une gentille jchambre où rien n'est dérangé pour recevoir les soldats annoncés : tapis par terre, dessus de lit ouvragé, bijoux dans une coupe. Le compagnon de Favières s'arrête à cette constatation. Le militaire, le premier, s'étonne qu'on n'enferme pas ce qu'on a de propre, quand il passe...

Goderville, chez le juge de paix : le coucher, au grenier, et la chandelle, strictement. La ladrerie du riche représentée par un petit homme à lunettes, accordant, à l'arrivée et au départ, une poignée de mains, rien que cela, mais généreuse, nourrie, pleine du bienfait de sa condescendance.

ce II a été bien reçu, oui. Il n'aura pas le temps, avant huit jours, de chercher une chambre, car il a pris le service de semaine en arrivant et cette tuile est encore alourdie par la revue trimestrielle à laquelle ils doivent se préparer, à peine installés. »

Page 1