‹ Sous-offsChapitre 43 sur 199 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

haut son humble grade, fâchée de n'avoir pu sauver la situation et que le sacrifice fût au-dessus de sa dignité. Il observa :

— On va les blesser.

— Tu diras la veille que je suis malade. Je garderai le lit ces deux jours-là, s'il le faut.

Quand la Burel apprit que M""" Boisguillaume n'assisterait point au mariage, pas une minute elle ne s'illusionna sur la valeur de l'excuse invoquée : «foulure tombée dans l'escahcr couchée... »

L'affront n'était pas discutable.

— Nous nous retrouverons. D'abord, dès demain, on leur présentera leur note ; ils n'ont pas donné un sou depuis trois mois ; nous ne sommes pas obhgés de les entretenir... Nous avons été ti'op complaisants, ils se foutent de nous.

En robe de soie noire, prête à partir pour la mairie, la Burel se soulageait, exhalait son dépit en termes ramassés dans son passé, à larges pelletées, sans qu'elle parvînt à en vider la foaee commune. Son père l'assistait en murmurant:

— T'as raison, fifille, il faut te faire respecter...

Favières, de planton ce jour-là, les vit tous passer dans trois voitures, silencieux, refroidis par la peur de l'éclat qu'était susceptible de provoquer la présence de Boisguillaume seul.

La véritable noce eut lieu à la cantine, tenue, en l'absence des patrons, par un garçon déluré, pris dans une compagnie. Tous les camarades défilèrent gratuitement devant le comptoir. Les sousofficiers se firent servir dans leurs chambres. L'occasion était tentante; le quartier restait sans maîtres, l'adjudant de semaine luimême, l'appel du soir rendu, ayant diligemment rejoint ses collègues, en laissant au poste l'adresse du restaurant où il faudrait l'aller chercher, s'il y avait du « nouveau ».

A minuit, Burel et sa femme rentrèrent; Boisguillaume vint ensuite. Rupert, Laprévotte et les deux sergents-majors ne sonnèrent à la porte qu'au milieu de la nuit, très soûls, ayant terminé la fête rue d'Albanie, de maison en maison...

— Savez pas, sergent Favières, l'adjudant Peuvrier n'a pas encore rappliqué. Paraît qu'il a couché avec la sœur.... pas de la blague : on a tiré au sort.

Le caporal de garde, le matin, servait, sans retard, cette nouvelle au sergent de planton, celui-ci, au Fort, étant autorisé, par tolérance, à quitter son poste de l'extinction des feux au réveil.

Presque aussitôt, d'ailleurs, Peuvrier fut signalé, se hâtant pour arriver avant l'exercice (ou pour trouver une oreille confidente), car, du plus loin qu'il pût se faire entendre de Favières, il lui cria, avec une délicatesse toute militaire :

— Chien de métier! On n'a même plus une nuit de noces à soi... Mais, là, vraiment, Burel et la famille de sa femme, l'an en argent, l'autre en nature, ont bien fait les choses!

Et, dans un besoin d'expansion plus large, écrasant les points sur les i :

— Quand vous verrez venir la sœur, envoyez-moi chercher, hein? ajouta-t-il.

Favières berça son désœuvrement avec la réalité de ces amours à la soldatesque, si différentes des beaux et nuageux sentiments que ressasse toute une littérature dès qu'elle accroche un bout d'épaulette ou de galon. Il attendait qu'on le relevât et fut très surpris d'être abordé par Tétrelle, inopinément. Ils ne s'étaient pas réconciliés, le Parisien ayant toujours fort mal accueilli les avances de son ancien camarade.

Mais celui-ci, ce matin-là, paraissait décidé à passer outre.

— Je voudrais te parler, dit-il, sans ambages. C'est pressé.

— Alors, viens dans ma chambre, tout à l'heure.

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Généreuse est ici, eil-il carréuient. (l'aj,'e 178.)

Liv. 23,

' — Tu n'y seras pas seul... Vaubourgeix?

^- Il descendra à la cantine, pour déjeuner.

Tétrelle s'éloigna, laissant Favières assez indifférent, dans l'expectative de quelque offre nouvelle de trêve.

— Parbleu! quand nous sortions ensemble, il payait rarement, tandis que le rengagé, son copain d'à présent, rafle le pourboire du garçon en s'en allant.

Et, remplacé enfin, à la porte, il tendit vers sa chambre, sans curiosité. Le clairon sonnait le repas des sous-officiers; Vaubourgeix délogea, son pain sous le bras. Depuis quelque temps, on se reprochait, de compagnie à compagnie, de vivre sur la ration du voisin, afin de vendre au cantinier les boules d'économie. Pour obvïér à ce gaspillage, chacun emportait et rapportait sa miche, avec méfiance, deux fois par jour.

Sitôt que Vaubourgeix eut disparu, Tétrelte se présenta. Il eut un instant d'hésitation, sous l'effort d'un propos préambulaire, puis, court d'invention :

— Généreuse est ici, dit-il carrément.

— Généreuse?. . . Depuis quand?

— Hier soir:

— Nom de Dieu!

— Nous ne nous parlions pas... Je ne pouvais connaître tes intentions à son égard... et elle m'a fait jaser adroitement. Ah! dame ! . . . C'est de ta faute ! . . . Elle m'écrit pour me confier que ses lettres sont restées sans réponse, qu'on doit lui cacher une maladie, un accident, ayant nécessité ton transport à l'infirmerie ou à l'hôpital. Elle compte sur moi pour la tranquiUiser. Naturellemenc , je lui donne l'assurance que rien ne justifie ses craintes.

— 11 fallait m'avertir.

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