‹ Sous-offsChapitre 46 sur 199 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

bien qu'ils s'en iraient quand ils n'auraient plus rien dans leurs verres. Mais ils ne bougèrent pas davantage, debout, muets, s'ennuyant docilement en attendant qu'on les renvoyât.

— C'est bien, mes amis; dites à votre sergent que vous m'avez remis sa lettre.

— Pouvons romper? insista Quélennec, qui ne démarrait pas sans commandement.

— Rompez, oui.

Et elle se mita la fenêtre pourvoir s'éloigner, côte à cote, le bon petit ménage de troupe, modeste et résigné.

La semaine parut longue à Favières. Il vit venir le samedi avec soulagement.

« C'est toujours quand on a besoin de sortir qu'on est consigné », se dit-il, pour expliquer une vague impatience à laquelle il ne voulait pas s'avouer que Généreuse contribuât, dans la révolutionnaire occupation d'esprit où l'avait jeté son arrivée. Et, par besoin de contenance morale vis-à-vis de soi-même : « Je vais la surprendre », ajouta-t-il, ambigument, pour fournir prétexte à une visite immédiate, sans objet.

11 trouva sa maîtresse cousant à la fenêtre.

— Regarde ce que je fais...

Il semblait hésiter devant le petit linge éparpillé sur le lit et les chaises ; alors, elle coifïa en riant son poing d'un bonnet. Elle cherchait à utiUser quelques pièces d'anciennes layettes.

— Ah ! oui... quand ce n'est pas la première fois... observa le sous-officier, avec une intention de décri et d'irresponsabilité a pi'iori.

Pourtant, ces précautions le touchaient. Vaillante, laboi'iouse, poussant tranquillement l'aiguille, la maîtresse déteignait sur le décor. Favières en supportait l'exiguïté, s'habituait y la tempéra-

tnre, aux odeurs, ne gardant de la méfiance qu'à l'endroit du lit à embûches. Puis, il pensa que ses chemises avaient besoin de cols et de p^oignets.

Il ne resta pas longtemps, cependant; mais il annonça à Généreuse qu'ils dîneraient ensemble le lendemain et lui donna rendezvous à cinq heures. Il avait calculé qu'à ce moment sous-officiers et soldats, rentrés au Fort pour la soupe, lui épargneraient des rencontres désagréables. Ils se rejoignirent donc derrière le cimetière Sainte-Marie et s'acheminèrent vers le bois des Hallates, au bras l'un de l'autre. De temps en temps, Favières guignait obhquement la taille de sa compagne, épaissie, certes, mais moins révélatrice qu'il n'avait cru, en somme. Elle avait du pressentir ses craintes et se serrer atrocement. Il ne lui trouvait pas mauvaise mine et bien nippée, avec discrétion, il s'avoua qu'elle lui faisait plutôt honneur.

Gomme ils coupaient des bandes animées se divertissant aux différents jeux de hasard semés le long de la rue des Acacias, Favières jugea définitivement rassurante l'indifférence qu'elles leur témoignaient. Il accéléra le pas, néanmoins, et ne s'aperçut qu'au bout d'un long moment que Généreuse avait peine à le suivre.

— J'étouffe un peu, dit-elle. C'est mon corset.

— Ou bien le temps, rectifia-t-il. Nous aurons de l'orage. Quand ils eurent fait un tour dans l'allée de Rouelles qui

traverse le bois, ils rebroussèrent.

— Dînons au Moulin- Joyeux, veux-tu? proposa le sous-offitier. J'y suis venu une fois avec Devouge ; on y est bien.

Elle acquiesça, émue de l'attention et aussi parla gentillesse du lieu, avec l'escarpolette et le jeu de tonneau inévitables, entre deux rangées de tonnelles sombres, à bas arceaux.

Ils choisirent leur cabinet au fond, y pénétrèrent en se courbant, le visage essuyé par des feuilles sales.

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