‹ Sous-offsChapitre 48 sur 199 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

de vieux placards prêtés par le fourrier. Quatre-vingts soldats pouvaient s'asseoir autour des tables de troupe, lesquelles, bout à bout, n'en formaientplus qu'une de Salon pour Noces. On comparait les sacrifices que s'étaient imposés les capitaines ; le caporal d'ordinaire et les hommes de corvée donnaient des renseignements.

— A la V\ y a rôti supplémentaire, rata toute la journée, salade, gruyère, cerises et un cigare.

— Ben, c'est pas comme à c'te putain de 3* : gamelle et fromage^ le matin; rata et salade, le soir... Hein? c'te poussée !... Et Giudicelli, qu'est allé faire signer le livret d'ordinaire au boucher, m'a dit qu'y a trois cents francs de boni... Que qu'on en fout?

— A la 4®, nous avons un litre d'eau-de-vie pour quinze hommes et le demi-litre en plus du quart de vin que la ville elle alloue.

— L'année dernière, on n'a pas pu le boire ; j'aimerais mieux, comme les sous-offs^ l'indemnité représentative. Parait qu'ils ont un chouette gueuleton, les pieds-de-bancs, les doubles et les adjudants.

Ceux-ci, en effet, en faisant au cantinier et à sa femme la politesse adroite de les inviter au repas, s'étaient ménagé leurs bonnes grâces. Burel se chargeait de tout, à condition qu'on ne lui refusât pas deux ou trois garçons d'extra. Il évaluerait ses dépenses et établirait la quote-part de chacun, au plus juste, sans bénéfice.

Après dîner, comme il allait rejoindre ses camarades dans la salle qu'ils ornaient, Favières avait été abordé par Édeline.

— Dis donc, il n'y aurait pas moyen de couper à la revue?

— Peut-être, si tu voulais servir à la cantine.

— Parbleu ! c'est mon flanche : fricot et vinasse.

— Eh bien I j'en vais parler à ton double.

Et parmi les sous-officiers réunis :

— Savez-voiis, s'écria Favières, savez-vous ce qu'il faudrait? Deux ou trois chanteurs qui viendraient nous amuser au dessert.

Tous applaudirent à cette idée. Mais en connaissait-il, lui, des chanteurs ?

— Il y a toujours Édeline ; il est très drôle. Seulement, si on ne le retient pas tout de suite, il filera après la revue... J'avais pensé... il serait possible de l'en exempter, en le portant indisponible sur la situation de prise d'armes.

— Parfaitement, déclara Petitmangin. J'ai mon nombre défiles réglementaire, c'est entendu.

Alors on se promit une bonne rigolade. D'aucuns réservaient des surprises.

— Moi, je ne dis rien, vous verrez, cachottait la Burel.

Le lendemain, à neuf heures, le régiment était rassemblé dans la cour de la caserne de Strasbourg. En tuniqiîe, guêtres et gants blancs, les quatre bataillons encadraient une vaste piste au milieu de laquelle, l'appel rendu, demeurèrent seuls le colonel etl'adjudant-major de semaine, à cheval, avec, entre eux, un tout petit adjudant qui avait l'air d'un modeste écuyer de cirque, attentif à éviter les ruades.

Sur un ordre du colonel se détachèrent et vinrent, en quadrille, recevoir ses instructions, les chefs de bataillon, tandis que ronflait hors du quartier la musique ramenant le drapeau et son escorte. Mais comme des dames, la lorgnette braquée, se montraient aux fenêtres de sa maison. Le Taillandier enleva son cheval : « Une... deux... pas de polka; saluez à droite, à gauche, maintenant;... la courbette... Très bien. » Elles quatre commandants regagnèrent leur place, poursuivis par le petit adjudant, chargé de la police des vomitoires.

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