‹ Sous-offsChapitre 5 sur 199 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Favières, résolument, répondit :

— Non, mon commandant.

Alors celui-ci, sans insister, s'éloigna.

— Chuard... caporal aussi... Vous étiez valet de ferme chez vous?

— Oui, mon commandant.

— Pas de punitions... Bien, mon garçon.

Et il s'attarda une minute à dévisager son homme, im petit paysan imberbe, gercé, scarrieux, é motte, brun comme la terre, le front, le nez, le menton, la bouche taillés rapidement à coups de serpe, toute l'intelligence tapie dans des yeux volontaires, ponctuant l'énergie brutale, l'expresse volonté de commandement épandue sur toute la face.

— Vous avez du beaucoup travailler pour gagner ces galons ? demanda Mauvezin.

• — Oui, mon commandant.

— A quel âge avez-vous quitté l'école ?

— A huit ans, mon commandant.

— Il faut continuer, mon ami. . Ah ! Parisien aussi, Devougc. . . Quel état? Tapissier...

Devant ce voisin de Chuard, le chef de bataillon ne fit qu'une courte pause. D'un coup d'œil, il avait pesé l'homme, un garçon indifférent, à prestance étudiée de gymnasiarque, la moustache mousseuse et l'air fat d'un canotier qui a ses bonnes fortunes dans des biceps bougeant comme une viande galvanisée : l'étoffe d'un joh sous-officier.

Mauvezin ne s'arrêta pas davantage devant les numéros 5 et 6, le maître-cordonnier Chanut, qu'une abominable canitie ensauvageait, et le perruquier Cœurdevey, mis à pied et puni de trente jours de prison a pour avoir, soignant secrètement une alfeotion

vénérienne, enfermé des linges sales avec ses rasoirs et communiqué sa maladie à un homme de la compagnie » .

Mais, devant le dernier soldat du rang, le commandant fit halte et, sans regarder le livret :

— Parisien, vous, hein? Comment vous appelez-vous?

— Édeline.

Cet Édehne était un flandrin d'atelier, les hanches canailles, l'accent du faubourg, avec une extraordinaire gueule en biais, sur laquelle s'abaissait la perpendiculaire inattendue d'un nez foraminé par la petite vérole. Sous ce nez, deux avares languettes de poils roux retroussés semblaient des clous à crochet plantés à contresens dans une cloison.

Mauvezin prit le livret matricule à la page ouverte.

— Oh! oh!... des punitions! Pourquoi vous êtes-vous fait rayer du peloton d'instruction?

— Pac' que 1' commandement, là , vrai , j 'ai pas ça dans V sang ! Il ajouta, avec un machinal mouvement du bras :

— On ne se refait pas ! . . .

Mais l'officier cria :

— Les mains dans le rang!... et une attitude miUtaire... Qu'est-ce que c'est donc !. . Il faudra revenir sur ces idées-là, mou garçon... et vivement. Ici, nous ne voulons pas de non-valeurs. Quel était votre métier?

— Typo... Il se reprit * typographe.

— Eh bien ! monsieur Schnetzer, il y a déjà ici, n'est-ce pas, cinq hommes au peloton d'instruction? Ce gaillard-là fera le sixième; et je veux au prochain examen qu'il soit le premier. Vous m'entendez, Édeline?

• — Oui, mon commandant.

— Faites demi-tour... Bien... Allez-vous-en.

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