‹ Sous-offsChapitre 53 sur 199 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

ment vermineux, semblaient réprimer des tentations oscillatoires. Peu de femmes disparaissaient avec les soldats dans ces allées que ferment — comme une grille un regard — des portes à judas. C'était jour de repos officiel, jour de trêve. Le gros numéro et le numéro matricule prenaient campos. La prostituée suspendait Tadultération du sang français que la Patrie lui abandonne, quand ses chantiers de carnage n'en ont pas soif. On jouait à la liberté, au labeur volontaire, à l'ombre moqueuse des grands bagnes, pendant que d'indulgentes patronnes sonnaient le couvre-feu avec leurs trousseaux de clefs, en répétant :

— Amusez-vous vot' content, les enfants ; c'est pas tous les jours fête.

Tout à coup, Favières, séparé de ses camarades, sentit deux mains se poser sur ses yeux, et une voix déguisée demanda, derrière lui :

— Qui est là?

Il répondit une grossièreté, imaginant une farce de fille inconnue, mais les doigt tombèrent, et il aperçut Camélia, en se retournant.

— Comment, tu es ici, maintenant? s'écria-t-il. — ■ Mais oui, depuis trois mois.

— Tu as suivi quelqu'un de chez nous ?

— Non. J'ai ti*ouvé un imbécile qui a payé mes dettes ; il y avait longtemps que je voulais changer de boîte; j'en ai profité. Mais j'ai autant de dettes qu'à Dieppe, à présent, et ça m'embête. Tu comprends, je veux pouvoir dire à Madame : « J' m'en vas, » quand on me contrarie... C'est bête, parce que je rentre quelquefois le lendemain; mais, comme ça, mon amour-propre est satisfaite. Je m'appartiens.

C'était si étrange, cette prétention, dans la bouche d'une fille

toute à tous, que Favières, à travers son abrutissement, sourit à cette illusion.

— Et Pâquerette... Laure?... s'informait-il.

— Toujours là-bas.

Elle donnait des nouvelles du 44, de Monsieur, de son Ami... Le bras passé sous celui du sergent, elle s'oublia un moment, dans le passé, en caressant, d'une paume machinale, les galons sur la manche. Son sexe se haussait jusque-là, semblait chercher le reflet qu'ils pouvaient mettre sur son pauvre costume de travail.

— Hein! je fais pallas! dit-elle, avec moins de blague que d'orgueil flatté.

La réponse de Favières s'abîma dans une panique efl^royable, un remous de filles et de soldats, des exclamations, un vent de bataille qui, soudainement, prenait la rue en enfilade et, comme une charge de cavalerie, la balayait. Les femme hurlaient; des têtes se fracassaient contres les portes assaillies et barricadées ; les derniers lumignons et les lampes des fenêtres tombaient en fusées dans l'obscure bagarre. Matelots et soldats, après s'être pris de querelle, en venaient aux mains, forcenés, exaspérés parles filles qui passaient sous les coups et respiraient le massacre.

Enveloppés, près d'être écrasés, les sous-officiers dégainèrent; seul, Édeline, acculé par trois matelots, mais débarrassé de son schako, leur tenait tête, gouaillait : « Onzième leçon, en neuf temps... un... deux » en combinant à miracle les coups de pied bas et les coups de poing de revers. Dans l'épouvante de la mêlée, ailleurs, les lames tournoyaient, une folie d'extermination menait la danse. Des femmes, cependant, continuaient à filer entre les jambes des combattants; et d'autres femmes encore, plus prudentes , dominant la tuerie, dispensaient l'encouragement et le

« blâme :

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