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DEUXIEME PARTIE

elle garde le petit, et c'est une lourde charge de moins pour moi, remarquait Généreuse.

En effet, à raison de trente francs par mois, elle avait mis en nourrice, au Havre même, son dernier né. Elle l'allait voir tous les jours, rue des Pincettes, et se montrait satisfaite des soins cpi'il recevait.

— De braves gens, ces TurpinI confiait-elle quelquefois à Favières, au retour d'une de ses visites. Le mari travaille aux chantiers de la Méditerranée. Il est peu payé... et si tu voyais cette propreté de la femme et du ménage...

Elle disait : « Si tu voyais... » sans insister pour qu'il l'accompagnât, une fois au moins.

Il devait s'avouer, d'ailleurs, qu'elle avait été d'une discrétion parfaite après la naissance, comme si elle eut craint de l'effrayer, de l'éloigner encore, en l'immisçant dans des détails auxquels il paraissait insensible.

Aussitôt qu'elle pouvait se lever, elle allait reconnaître son enfant à la mairie, ou, sous les noms de Marie-Andrée, l'avait' déclarée la sage-femme. Mais elle n'en informa Favières que plus tard, incidemment. Il lui sut gré de cette réserve. A sa première sortie, il l'emmena diner à « la Chaumière ». Ils n'y étaient point venus depuis trois semaines. On les accueillit avec effusion.

— Crois-tu, demanda Généreuse à son amant quand ils furent seuls, crois-tu que la nièce de M'"® Caille consentirait à être la marraine' de la petite?

C'était la première fois qu'elle parlait du baptême; il la regarda, un peu surpris :

— Mais... avec qui? observa-t-il, éludant la réponse.

A son tour, elle leva les yeux sur lui, hésitante, attendant peutêtre une offre, l'ombre d'une satisfaction, à défaut de la réparation impossible.

Il répétait : — Avec qui? complètement détaché.

— J'avais pensé... und&tes amis... Tétrelle ouDevouge... Il réfléchit un moment, puis :

— Devouge plutôt... Je le consulterai. Ce serait pour?...

— Dans une quinzaine, un dimanche. De mon côté, je prierai M^^® Espérance et sa tante. On dînerait chez elles en sortant de l'église.

— C'est bien; si Devouge accepte, moi...

Il allait ajouter : « ça m'est égal », mais il se contenta de • conclure d'un geste évasif .

Dès le lendemain, il pressentit son collègue, lequel ne mita son adhésion qu'une condition :

— Jeté préviens que je n'ai pas le sou ; ainsi, pour les dragées, les faux frais, qu'on ne compte pas sur moi.

• — Bien entendu, déclara Favières; ça me regarde.

— Alors, à votre disposition.

Généreuse n'ayant, d'autre part, rencontré aucune résistance auprès de la marraine, le baptême eut lieu, le premier dimanche d'août, en l'église Saint-Joseph. La mère, la nourrice, la nièce de M""^ Caille et les deux sous-officiers s'entassèrent dans une voiture de louage, rendue indispensable par le ridicule certain d'une promenade à pied, étant donnée la composition du cortège.

Favières n'entra pas dans l'église. Il employa le, temps que dura la cérémonie à se procurer des dragées. Il en acheta trois livres chez un épicier de la place Saint-Joseph, puis, réfugié dans la voiture, les répartit entre quelques petits sacs, vendus à part. Il finissait, quand Devouge et les trois femmes sortirent de l'église. Des gamins s'amassaient en criant : « Vive la marraine ! » Favières leur jeta des poignées de bonbons de rebut pour les retenir, pendant que la voiture s'en allait tout d'un train vers « la

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