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DEUXIEME PARTIE

Chaumière », ou M""^ Caille était restée pour préparer le dîner.

Ce fut très gai. La nourrice partit de bonne heure, mais Tétrelle, Édeline, la voisine et la propriétaire de Généreuse, vinrent prendre le café dans la soirée. On rit beaucoup. Édeline débita des scies; Devouge, fort empressé auprès d'Espérance, chanta le Tunnel de Saint-Germain^ d'un effet imperdable sur un auditoire féminin. Tous deux eurent un beau succès. M""* Caille, la voisine et la propriétaire, également mures, grosses et attendries, formaient un trio ahurissant, les mains sur les cuisses, étayant le buste que la poitrine entraînait. Jamais elles n'avaient entendu mieux chanter, même àl'Alcazarhavrâis.

On se sépara tard, trop tard pour que Favières pût reconduire sa maîtresse. Elle s'en alla avec les femmes de sa maison, pendant que les trois sous-officiers et leur camarade rentraient au fort.

— Vous ne savez pas la peine que j'ai eue pour m'échapper, s'écria Édeline.

Alors il raconta les exigences, l'ardeur delaBurel, depuis qu'il était garçon de cantine. Il l'avait conquise avec ses chansonnettes et sa dégaine de bonne «frappe», au repas du 14 juillet. Le mois finissant, comme les compagnies devaient, à tour de rôle, fournir un aide, c'est lui qu'elle avait demandé. Il disait son dévergondage, crûment, les rendez-vous dans la cave, au-dessous de la chambre conjugale même, et le vice de cette gueuse, qui avait su se faire épouser sans régulariser sa vie ailleurs que sur les registres de l'état civil.

— Ah!... bon de fricoter, mais si c'est pour s'esquinter le tempérament d'une autre manière, non! Mon mois fini, je cherche un autre tabac... Faudrait une bath architecture pour y résister.. Avec le roulement dans les compagnies, tous les garçons y passent : ça vaut mieux, ça renouvelle les consommations. Y a des compen-

salions, sans doute : le vin, des chatteries; on mange à leur table, oui, à côté de Burel... Mais du moment que tout cela se solde en nature, aux pelotes, le fourbi !...

Ils se quittèrent au poste, après avoir fait constater leur rentrée ; mais Devouge rattrapa Favières dans le couloir :

— Je te dois de l'argent.

— Comment cela !

— C'est toi qui as payé les dragées, n'est-ce pas ? Ta femme, croyant que je me chargerais de les acheter, m'a avancé vingt francs. Les voici.

— Bien, je les lui rendrai, dit Favières. Mais l'autre se récria:

— Pourquoi? Tu serais stupide de la détromper, voilà mon avis. On attend de nous, comme un service...

— De toi, oui, mais moi...

— Enfin, nous sommes soldats. Si tu mets du sentiment làdedans!...

Favières, dignement, conclut: «Ça me regarde! » et se promit de rembourser Généreuse, d'autant qu'il n'avait dépensé qu'une dizaine de francs. Mais quand il descendit rue Marie-Thérèse, la semaine avait été dure, son prêt était râflé; il serait resté sans le sou.

— Bah! pensa-t-il, décidé à garder le silence : ça se retrouvera toujours !

La classe 79 fut renvoyée le 11 août. C'était la deuxième que voyait partir Favières; il s'étonna, comme la première fois, du peu de place que tenaient les libérés dans la vie de ceux que le régiment gardait.

Les camarades d'hier, voisins de chambrée, de lit, de corvée, d'existence, s'éloignaient sans tourner la tête, comme d'un seuil

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