DEUXIÈME PARTIE
— Tout de même, dit l'autre.
Aussitôt, Favières envoya chercher Quélennec.
— Mets-toi en tenue ; tu vas aller rue Marie-Thérèse.
Et pendant que le Breton se préparait à sortir, le sergent écrivit, au crayon :
« Ma bonne Généreuse. Je suis de planton demain. On me commande à l'instant, trop tard pour que je puisse me faire suppléer. Il ne faut donc pas compter sur moi. Ma présence à la porte du Fort, devant lequel vous passerez, en même temps qu'elle te confirmera ce fâcheux empêchement, me permettra d'être avec vous non seulement par le cœur et par la pensée, mais par les yeux aussi. »
Quelques minutes avant l'appel, Quélennec rapporta la réponse de Généreuse :
« C'est bien ennuyeux, mon cher André, car je serai seule demain, toute la journée, si la nièce de M""® Caille ne m'emmène pas chez elle, après le cimetière. Enfin, je te verrai et cela me console un peu. Celle qui t'embrasse. »
— Allons! tout s'arrange, murmura le sous-officier en se couchant, rassuré.
Le lendemain, à dix heures, il prit le planton et, après avoir poussé sa chaise dans un coin que le soleil n'incendiait pas, se disposa à consumer^ dans le double accablement de la chaleur et de l'oisiveté, ces mortelles heures de stagnation, instigatrices de toutes les lâchetés de la chair et de la conscience.
Il en était réduit à se réjouir presque de l'événement qui allait rompre la monotonie de sa faction. D'habitude, il s'agissait simplement de savoir si Ton « coupait » à quelque pénible manœuvre, auquel cas, l'été, la somnolence sur une chaise ou l'inertie debout, semblaient préférables à l'usure des godillots sur les routes poudreuses et torrides. L'enterrement faisant <liv«M'sion :
— Lo toinps me paraîtra plus court aujourd'hui, se dit Favières.
A midi, le sergent-major Chupin, nouvellement rengagé, quitta le Fort, une valise à la main.
— Tiens! où va-t-il?
— Il a touché hier sa prime : six cents francs, et son fourrier m'a appris qu'il avait demandé une permission de trois jours pour aller à Rouen, où il ne connaît personne pourtant, raconta un sous-officier flânant à la porte.
— Il y a une femme là-dessous. Il s'est dégourdi, Adonis.
Ce fut un petit incident récréatif. Le sergent tira sa montre : midi et demi.
— C'est encore trois bonnes heures à tuer. Il s'agitait, nerveux, ne pouvait rester assis. Certainement, ce n'était pas le planton ordinaire, chronique et morne. Il constata, complaisamment :
— C'est étonnant d'être arrivé à mettre de l'intérêt dans une corvée pareillement idiote.
Et il alla regarder^ à l'intérieur du Fort, les hommes en bourgeron et pantalon blanc^ faisant tournoyer des bâtons débonnaires ou projetant alternativement des pieds et des mains qui n'eussent pas écrasé une mouche. Les instructeurs, d'ailleurs, ayant l'air de comprendre la torlure qu'ils infligeaient à ces malheureux, renonçaient à ranimer une ardeur absente d'eux-mêmes. Et de loin, c'était lamentable, insensé, grotesque, cette singerie de l'activité musculaire, la gesticulation découragée de ces paquets alourdis, prenant la garde de la boxe en des postures d'égorgés demandant grâce .
— Trois heures un quart ; elles ne vont plus tarder, pensa Favières, eh revenant vers le pont-levis extérieur.
Mais un clairon avait sonné In pause ; et pendant qu(» les hommes