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DEUXIEME PARTIE

— Reprends donc les galons de fourrier, disait-elle à Favières. Je ne te vois plus depuis que tu es sergent.

— C'est bien mon intention ; mais j'attends une vacance dans une bonne compagnie. Et puis, tu n'as pas à te plaindre; j'aurais pu faire les manœuvres.

Il comptait beaucoup sur l'arrivée de Delphine et la réapparition de Tétrelle, pour rompre le tête-à-tête et s'arranger des soirées d'hiver supportables.

Un matin qu'il faisait l'appel des réserviste de sa section, à l'exercice, un nom le frappa, comme une réminiscence : Turpin.

— Où diable l'ai-je entendu prononcer? se demanda-t-il. Justement, l'hommen'ayant pas répondu tout de suite, Favières

répéta : Turpin, et leva les yeux sur un gros père, rougeaud, plein de santé, dont le visage n'évoquait aucun souvenir. Il passa outye, sans effort de mémoire; mais à chaque rassemblement, quand il arrivait à ce nom, l'obsession grandissait; il lui paraissait impossible que l'individu qui le portait fut absolument un inconnu pour lui.

Deux ou trois fois, pendant une pause, il se rapprocha du réserviste, le lit causer, sans tirer un renseignement des banalités échangées. Enfin le sergent-major, pour une revue, lui ayant remis les livrets des hommes de sa section, il eut la curiosité de consulter l'état civil de Turpin. La profession : charpentier, ne lui apprenait rien ; mais l'adresse : rue des Pincettes, l'éclaira soudainement.

— Parbleu ! c'est le mari de la nourrice de Généreuse ! Tiens ! je lui parlerai d'elle.

Il s'était dit cela négligemment, sans grand désir d'investigation au fond, car il demeura ensuite trois jours sans converser avec le réserviste.

L'occasion qu'il ne cherchait pas se présenta naturellement. Turpin vint le consulter sur la déhvrance d'un certificat de

présence sous les drapeaux nécessaire pour obtenir un secours de l'Assistance publique.

— C'est le sergent-major qu'il faut voir, dit Favières. Vous êtes marié?

— Et j'ai un enfant, oui, sergent.

— Votre femme est inoccupée?

— Non, elle a des ménages... depuis que le médecin Ta forcée à rendre le nourrisson qu'elle avait pris. *J'aimerais mieux travailler pour deux ou même crever de faim, que d'empoisonner ma famille avec des enfants de filles.

— Empoisonner... Gomment cela ?

— Le gosse qu'on nous avait confié était atteint d'une sale maladie. Le médecin l'a dit tout de suite, quand on l'a fait venir et qu'il a vu son corps couvert de taches,. . Nous, vous comprenez, nous ne savions pas ; ça s'est déclaré subitement. Aussi vrai comme je m'appelle ïurpin, si ma femme ne m'avait' pas relenu, je tuais la mère. Elle devait pas ignorer ça, elle, n'est-ce pas? Alors on ne pourrit pas les autres quand on se sent malpropreT.. Mais c'est une fille à soldats : ça dit tout. Certainement, on aurait dû s'informer plus tôt... Mais elle payait bien... et puis, comme l'enfant était venu avant terme, on s'étonnait pas trop de sa débilité... N'empêche qu'aujourd'hui, pour cent francs par mois, je ne voudrais pas d'un nourrisson... Voyez-vous mon pauv' petit aller rejoindre l'autre... car ma femme a appris qu'il était mort, parbleu! et c'est heureux, hein, quand on a des cochons de parents qui vous donnent ça ?.. .

— Sans doute... Eh bien! adressez-vous au sergent-major; il établira votre certificat, interrompit Favières en congédiant le réserviste.

Resté seul, ses jambes faiblirent, comme si le sang et les

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