‹ Sous-offsChapitre 64 sur 199 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

muscles s'en retiraient ; il s'assit sur son lit, l'esprit investi par ces agressives révélations.

Simultanément, elles lui donnèrent assaut, le laissèrent une minute étojrdi, rétablissant l'ordre dans la défense; puis elles se dispersèrent, et, plus froidement, il s'arrêta à repousser leurs attaques successives.

Volontiers, après la décharge de Turpin à bout portant, le sous-officier se serait tâté, comme les gens ajustés, mais manques, s'examinent néanmoins à fond, ne pouvant se croire saufs. Car si l'intoxication lui semblait irréfutable, il se trouvait, quant à en désigner l'auteur, dans un singulier embarras, sûr qu'il était soimême de sa parfaite immunité et trop peu versé dans la siphiligraphie pour qu'il lui fût permis d'élucider les lois de transmissibilité héréditaire.

— Dieu merci ! je ne suis pas, je n'ai jamais été malade !

Cette certitude et le refus d'admettre un cumul de faveurs contre lequel les apparences (et son amour-propre) s'inscrivaient en faux, le conduisaient à chercher, dans les précédentes liaisons de Généreuse, l'origine de l'affection probablement congénitale qui avait emporté la petite.

Pour la première fois, il s'étonna que l'idée de cette incursion dans le passé de sa maîtresse ne lui fût point encore venue. Mais cette insouciance n'était-elle pas bien militaire, de même que la chute bête en des bras étrangers dont on s'arrachera si facilement, l'heure sonnée ?

En somme, oui, il avait pris Généreuse sans inquiétude, les yeux fermés.

Que savait-il d'elle , incidemment ? Rien ; ceci : Delphine était la fille d'un adjudant disparu, et le frère de Delphine avait pour père un sergent de la classe 77. En réfléchissant, il était possible de découvrir là une indication initiale, un jalon. Ce ser-

gent, de qui l'on n'avait point de nouvelles depuis sa libération, avait exactement quitté le régiment avec sa classe au mois de septembre 1882. De cette époque à celle de l'arrivée de Favières à Dieppe, plus d'une année s'était écoulée; et quelle que fût la surveillance dont sa mère la jugulait, il eût fallu bien mal connaître Généreuse pour la supposer capable d'assagissement. Quant à ses préférences, elles allaient toutes à la culotte rouge, certainement. Le sous- officier, avec moins de mépris que de rancune, ratifiait l'opinion du réserviste à ce sujet.

Ces éléments d'information, hâtivement réunis, incitaient Favières à poursuivre ses recherches les jours suivants, ne fût-ce que pour fournir un prétexte capital à une rupture décidée, en principe, et d'autant plus urgente qu'à fréquenter chez sa maîtresse, il accréditait d'indignes présomptions. Il n'était point dupe, en effet, des excuses qu'avaient données les voisines poiir s'absenter de l'enterrement. Évidemment, elles connaissaient la maladie qui avait tué l'enfant ; elles en répandaient la honte, sans épargner à l'amant la part qu'il était rationnel de hd attribuer. Cette situation ne pouvait se prolonger. Il était décidé à en finir violemment, car, dans le premier moment, rien ne lui paraissait assez brutal, et il ne renonçait à une lettre commencée que pour en réserver les duretés à l'entrevue suprême qu'il imaginait. Mais ce souci même du décor et de la parade le ramena à son enquête, lui fit considérer comme un nécessaire complément de vengeance la confusion de Généreuse souffletée avec le nom de l'homme qui avait contaminé son fruit.

Favières dut s'avouer qu'il s'était privé du concours d'agents précieux en laissant partir, sans les interroger, les sous-officiers de la classé récemment libérée. Presque tous ils avaient fréquenté chez la Couturier du temps qu'ils résidaient à Dieppe. Seuls, maintenant, les adjudants ou le rengagé Vaubourgeix étaient susceptibles de confidences.

Elle avait toujours

«n panier au bras. (Page 258.)

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Un soir, à point nommé, les sergents en se mettant à table, se montrèrent fort agités par les rapports de deux d'entre eux signalant, sur les glacis, la présence d'une petite femme peu farouche, à telles enseignes qu'ils l'avaient culbutée, l'un après l'autre, en plein midi, dans les fossés.

Les sous-officiers regardaient curieusement leurs heureux collègues ; et quand ceux-ci eurent déclaré que la fille ne réclamait rien pour ses bons offices, les tablées flambèrent, dissimulant mal sous de précises inquiétudes, crûment confessées, le désir qui s'infiltrait en eux.

Mais l'un des sergents, que ce doute offusquait :

— D'abord, je lui ai passé la visite, dit-il ; très propre... Et puis elle a, volontiers, donné son adresse : rue de l'Hôpital.

— Une rue que la municipalité havraise a placée à côté de la rue d'Albanie en connaissance de cause, observa Favières en riant.

Tous renchérirent. « Pas confiance... Faudrait voir cela dans trois semaines ; ils étaient peu pressés de se faire atiger. » Cependant sournoisement, ils se renseignaient encore :

« Alors, elle avait toujours un panier au bras, un tablier bleu ? , . . Pas trop grande ni trop forte... et gentille... et pour rien?... »

— Parions qu'ils vont se mettre en chasse, confia Favières à Vaubourgeix en regagnant leur chambre, après dîner.

— Tiens, parbleu ! répondit le rengagé. Merci bien. Je n'ai pas envie de me soigner ensuite pendant des années comme l'adjudant Rupert.

— Bah! au régiment, reprit le Parisien, les désagréments ne sont plus les mêmes que dans la vie civile. On a le temps de. se guérir ; les mois d'hôpital se confondent avec les mois de service actif, au bout du congé. On ne pense qu'à soi.

— Vraiment! Alors un rengagé, moi par exemple, ne peut pas

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