‹ Sous-offsChapitre 68 sur 199 · DEUXIÈME PARTIE 2C · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE 2C

Dehors, il se retourna, avec l'orgueilleuse certitude d'être suivi des yeux, à la fenêtre.

Elle resta fermée. Alors il s'éloigna, dépité. — Cette fois, je crois bien que c'est fini, dit-il.

Favières sortant de la gare, à cinq heures et demie, tout endolori par une nuit passée en wagon, avait à peine parcouru cent mètres dans l'avenue de la République qu'il prenait pour remonter au Fort, quand il fut interpellé par l'ordonnance d'un officier de son bataillon.

— Vous allez à Tourneville, sergent ? sans doute vous étiez en permission ; alors vous ne savez pas.

— Quoi donc?

— Le 3^ bataillon n'est plus là-haut. On l'a fait descendre à la caserne de Strasbourg. C'est le 2^ qui le remplace.

— Parce que ?

— Ordre du colonel^ pour punir les sous-officiers qui entraient tous à l'hôpital ou à l'infirmerie.

Favières demeurait au milieu du trottoir, im peu déconcerté, sa valise à la main. Enfin, il fit demi-tour, révint vers le boulevard de Strasbourg en maugréant, bien que cette rencontre et cette permutation lui raccourcissent singulièrement le chemin. Mais il s'était habitué au Fort. Certes, il en connaissait les inconvénients ; il n'avait pas songé sans effroi aux rigueurs que leur promettait l'hiver, commençant, dans ces hautes chambres que le petit poèle réglementaire était impuissant à sécher, à assainir; il subodorait les sévices des intempéries, à cette altitudiî, et déplorait l'ascension

à laquelle la moindre course les condamnait. Mais ces ennuis étaient compensés par le. relâchement de discipline qu'autorisait l'absence d'officiers, en dehors des exercices; les arrangements possibles avec le caporal de garde, quand on avait envie de découcher ; la faveur de conserver de la lumière, après dix heures, etc.; mille adoucissements furtifs que les appels, contre -appels, la surveillance organisée par l'adjudant et l'adjudant -major de semaine, rendaient improbables à la caserne de Strasbourg. Là, on était sur le qui-vive toute la journée ; le colonel, préposé à la fermentation, de ses fenêtres, renouvelait les levains, dans la cuve du quartier.

En entrant au poste, Favières , justement, reconnut dans le sergent de garde, un sous-officier de son bataillon, le Vicomte.

— Ah ! bien, tu vas me dire où je perche.

— Parfaitement. Escalier A, au 2^

— Ah çà ! pourquoi sommes-nous ici?

■ — Deux fourriers, trois sergents et deux caporaux, à l'infirmerie ou à l'hôpital, en huit jours. Et tous ont déclaré la même femme, tu sais, celle qui rôdait autour du Fort, un panier à la main ? Ah! elle a eu des visites; mais elle les a toutes rendues... dans la peau du major. Là-dessus, le colon s'est fâché... a attribué l'épidémie à un manque de surveillance... a voulu nous avoir sous sa main, pour régler notre port d'arme. Il n'a pas tout appris cependant. Depuis qu'il a décidé que tous les sous-officiers en traitement seraient privés de permission pendant six mois, personne ne va plus à la visite ; on se soigne tant bien que mal et plus mal que bien, en famille.

Favières traversa la grande cour, se dirigea vers l'escalier indiqué, à l'aile droite, monta deux étages, chercha sa chambre.

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Chambre occupée par Vaiibourgeix et Favières, sergents.

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