DEUXIEME PARTIE 'àVô
parasites. Quant il aperçut le fourrier, Kuhn, cependant, s'arrêta, écarta les jambes, en posture pour écouter.
— Vous avez la décision?... Bien. Lisez.
Favières n'avait pas eu le temps d'en prendre connaissance; il commença lentement, déchiffrant avec quelque effort le griffonnag^e crayonné par son chef. Les prescriptions journalières déblayées, il souffla, puis reprit :
— a Le colonel augmente de quatrç jours la punition infligée par l'adjudant Vaubourgeix au sergent de planton qui a négligé de faire escorter par un homme de garde une personne étrangère au quartier. En outre, le colonel en interdit formellement l'accès à la femme Couturier, qui s'introduisait dans les chambres de sousofficiers sous prétexte de prendre leur linge pour le blanchir... »
Favières lut cela très vite et très mal, rougissant, moins à cause de la note que parce qu'il sentait' sur soi les petits yeux térébrants de l'ofiicier. Quand il eut fini, celui-ci, sans cesser de cravacher ses bottes :
— Un fier service qu'on vous a rendu là, dit-il. Voilà qui vous donne à réfléchir, fourrier.
— Mon capitaine...
— Prenez une attitude militaire, s'il vous plaît : les talons joints... Ce que le colonel n'ajoute pas, mais ce que je sais, moi, c'est dans quelle chambre on a trouvé cette fille...
— Mon capitaine.* .
— Taisez-vous, quand je parle. Ce doit être pour vous un précieux avertissement. Je ne suis pas déjà fort satisfait de votre service... Si, à ce chef d'accusation, il faut encore que je mêle des reproches sur votre moralité, je vous en préviens, nous ne serons pas longtemps d'accord... Ne croyez pas à la sohdité de ceci... Voyez, ils ne tiennent qu'à un fil... ;;
11 avait pris délicatement, entre deux ongles, un des galons du
foomer, et il le déeousait à demi... Puis il seeona la poiissi^>e de ses doigts et, machinalement, efaercfaa où les essorer. Enfin il siffla son chien, indiqua dn geste, à Favières, qnH devait ouvrir la main dans le rang, le petit doigt en arrière de la conture du pantalon — et s'ea alla.
€ Tcûlà mes galons de double dans le lac î » pensa -toot de suite le Parisien, avec découragement. Non qu'il «i déplorât le sacrifice, mais son changement de compagnie lui semtJait, maintenant, condamné. Trouverait-il jafeiais un permutant qui consentit à servir Kuhn? Celui-ci était trop connu. On passait à la ^3, comme on va au bagne.
— Je ne puis pas, pourtant, me faire casser pour quitter la compagnie.
En effet, il demeurait persuadé, malgré tout, que le galon achète une tranquillité relative et que. dans l'escalier de la hiérarchie, chaque degré gravi vous met au-dessus ou au niveau d'un ramas de tyranneaux ayant perdu le droit de vous persécuter.
L'atdtude de Kuhn, franchement hostile, eut du moins l'avantage de rendre inermes contre Favières les vexations journalières. Il se cuirassa d'indifférence, renchérit sur les formes extérieures du respect, déféra aux exigences du sire avec une sereine passiveté. Le capitaine paraissait -il? immédiatement le fourrier, képi bas, les mains «placées», faisait le beau... Et les ordres qui tombaient comme un morceau de sucre des lèvres de l'officier sur son nez attentif, il ne les gobait pas qu'on ne le lui eût permis. Kuhn disparu, par exemple, c'est Panières qui levait la patte et pissait sur ces graterons de la discipline !
11 n'avait pas cherché à revoir Généreuse, et celle-ci, instruite sans doute par Tétrelle des tuiles qu'elle avait appelées sm- la tète de son ancien amsint, ne tentait, d'autre part, aucmi rapprochement.