DEUXIÈME PARTIE
L*histoîre dénouée par la décision du colonel avait occupé la cask^rtie pendant huit jours. On l'avait amplifiée, d'abord, travestie ensuite. On ne la racontait qu'en riant avec des tapes sur les é|\Hules de Favièivs, d'énormes tapes qui le faisaient ployer sous le ftiix de sa Kinne fortune. Mais ce revenez-y, dont on affectait de le erv^ire mordu, fut cause qu'il participa involontairement à la ruine de la blanchisserie, comme il avait, avec Tétivlle, coopéré à la faillite du café de Dieppe. Des sous-officiei*s qui donnaient leur Unge à blanchir rue de Montivilhers , dans le va^ue espoir de grappiller derrière Vaubom*sreix, se retii-èi-ent avec humeur dès qu'ils imaginèrent la place prise.
D'autres, intimides j>ar l'injonction du colonel, jugèivnt prudent de ne pas se compromettre davantage. La favem* qui s'était attachée à la blanchisserie des Coutiu'ier, décrut rapidement. Les indiscrétions de Chuard oe permettaient pas de s'illusionner ti cet égard.
— Ahî... ce qui se passe, je n'en sais rien, mais Tétrelle m'a Tair de jouer les galons de sergent-major et, peut-èti*e bien, ceux de fourrier. Il découche presque tous les soirs, tantôt avec la complicité du sergent de garde, tantôt en sautant par-dessus le mur. Chupin, qui fait les contre-appels, ne le porte pas manquant, mais si un officier le rencontre dans la rue, une de ces nuits, ils sei'ont pinces tous les deux.
— Il a donc peur qu'on ne lui enlève Delphine?
— Tu rb. .. C'est exact... si ce que répand Vaubourgeix est vrai.
— Que dit-il?
— Qu'il a lâché Généreuse parce qu'elle transformait la blanchisserie en maison publique où tout le régiment passait... Elle ne s'enrichira jamais... qu'il prétend: tout le monde paie en nature. Il donne l'adresse, des renseignements : cinquième à gauche, dans
le couloir... Il a dessiné lui-même des fleurets sur la porte, pour qu'on ne se trompe pas. Paraît qu'on n'a qu'à frapper... qu'on ouvre toujours, quand la place est libre. Comprends-tu maintenant? Gomme Delphine et sa mère couchent dans la même chambre, pour qu'on ne soit pas tenté de se tromper de lit, Tétrelle défend le sien... le leur, aussi souvent et aussi longtemps qu'il peut...
— Du propre î . . .
— Oui; mais qu'est-ce que tu veux? il est fou de cette gamine... il faut vivre auprès de lui, comme je fais, pour s'en apercevoir. Tu le connais; il n'a jamais montré une grande générosité, hein? Je crois même qu'il trouvait le moyen d'économiser sur ses prêts.. . Eh bien, à présent, il est toujours sans le sou. Il m'a demandé deux francs, avant-hier, et Burel, depuis un mois, lui a remis une cinquantaine de francs. Il a confiance; il déclare que Tétrelle le remboursera quand il touchera sa prime de rengagement.
— Tétrelle... rengager?...
— Parfaitement. Je l'ai tâté, en lui avouant mes intentions personnelles... Il a dit : « Sans doute, on n'est pas sûr, dans le civil, d'amasser les six cents francs que le régiment vous donne tout de suite... sans compter les intérêts des deux mille francs, tous les trimestres... C'est à considérer. »
— Il avait d'autres idées là-dessus, il y a six mois. . . L'exemple de Chupin, son double, ne lui a pas profité.
Vers la fin de juillet, on commença les préparatifs de réception des réservistes. Cinq jours après leur arrivée, le 167% mis en route, devait marcher sur Paris en faisant les grandes manœuvres. Les Parisiens, qui craignaient qu'on ne les envoyât, avec le dépôt, tenir garnison dans le Calvados, se rassuraient, Édeline surtout, que son feuillet de punitions, copieusement défloré, recommandait aux propositions éliminatrices. Ce déplacement, d'ailleurs, enchan-