‹ Sous-offsChapitre 87 sur 199 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

tant qu'elles sont ensemble ; mais la petite une fois placée, séparée de Généreuse. . . en voilà une dont je ne veux plus entendre parler! . . . Et dans cette exclamation rudânière, il y avait plus qu'un témoignage de lassitude, plus qu'un prélude d'hostilités, plus qu'une attestation de lésine; il y avait le cri du gendre 1

Le jour où Delphine débuta à la Tonkinoise^ Tétrelle paya le Champagne, après la fermeture de l'établissement.

Il y avait maintenant à la brasserie, sans compter la patronne, cinq femmes: Rita, une solide et carabinière entraîneuse, promise aux débauches de la cavalerie ; — Camille, l'enfant terrible, l'enseigne vivante de la maison, une petite moricaude sans cou, la poitrine sous le menton, roulant sur soi-même ou bien, assise, exhibant et dérobant alternativement, comme à Guignol, derrière la rampe de ses seins, un pruneau grimaçant et voyou; — Alice l'Anglaise, une rousse fanée, experte, autrefois mariée et conservant, de son concubinage avec un oiselier qui lui avait appris le français, une étonnante prononciation où s'amalgamaient dos vestiges de langue maternelle, le frouement de l'éleveur et le jasement de la perruche; — Pomponnette, une Allemande soi-disant Alsacienne et qui était l'une et l'autre suivant qu'on la trouvait à jeun ou ivre, une méchante bête venant du quartier Latin et dont on hésitait à se débarrasser parce qu'elle consommait et faisait consommer à souhait; Delphine enfin.

Nini avait été franche :

— Je veux bien vous essayer; vous avez un « ami » dans h^s militaires; il peut m'en amener d'autres. Ici, pas de civil dans les affections. .. Autrement, je ne serais pas venue m'installer à proxi-

mité d'une caserne. Qu'on se fasse reconduire quelquefois par un monsieur... oui; mais pas de collages; ça éloigne le soldat. Tandis qu'un gradé pour qui l'on semble avoir un sentiment, attire toujours des camarades dans l'espoir de prendre sa place ; comprenezvous ?

Des quatre femmes, pourtant, Rita était la seule qui eût un amant. Les autres ne se pressaient pas, attendaient que les cadres du 167® eussent adopté la brasserie pour faire leur choix et donner des successeurs aux sous-ofFs que le changement de garnison avait éloignés d'elles.

Il y avait donc à la Tonkinoise^ ce soir-là, Tétrelle, Favières et Devouge, invités par lui, le cuirassier de Nini et celui de Rita, deux grands garçons bâtis à chaux et à ciment, puis un marchcf d'artillerie qui avait mis le siège devant Ahce.

L'idée de fêter la réception de Delphine n'était pas venue tout de suite. Tétrelle, reconnaissant aux deux Parisiens du service rendu à sa maîtresse, leur faisait simplement la politesse d'une tournée. Tous quatre s'étaient rencognés au fond de la salle; l'Anglaise et l'artilleur formaient un autre groupe, distinct luimême d'un troisième comprenant Nini, Rita et leurs amants. A une table isolée, Camille et Pomponette jouaient à l'écarté.

Il y avait, présentement, recrudescence de froideur entre les différentes armes logées à l'École militaire. Fantassins et cavaliers, pendant une huitaine, s'étaient réciproquement donné de copieuses peignées. On avait commencé par des agaceries; on continuait par les injures traditionnelles qu'échangent la latte et le briquet; on finissait par des tripotées. Deux soldats du 167% égarés, la nuit, dans les latrines établies au milieu du quartier de cavalerie, avaient été quasi assommés. Le lendemain, un cuirassier avait l'œil crevé par une pierre ; le surlendemain, au fort d'une bataille rangée, un fantassin avait la jambe cassée et un cavalier recevait, d'un moniteur de boxe, un maiti'e coup de soulier

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