‹ Sous-offsChapitre 90 sur 199 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Généreuse s'était glissée dans la brasserie, timidemeni, d'abord, aveuglée... Elle se trouva tout à coup entre sa fille et Favières, lequel livrait à Camil](^ un suprême et furieux assaut.

Cette rencontre ne parut pas offusquer la Couturier; elle redriîssait Delphine^ la réconfortait :

— J'étais inquiète... tu ne sais donc pas qu'il est deux heures? Deux heures ! les sous-officiers «'exclamèrent :

— Ah! mais, il est temps de partir, surtout si l'on veut faire un bout de conduite à ces dames. Ils rectifièrent leur tenue et bouclèrent leur ceinturon, pendant que les filles s'habillaient entre elles.

Une minute, Généreuse et Favières restèrent isolés, en face l'un de l'autre.

— Il y a longtemps qu'on ne s'était vu, dit le fourrier embarrassé.

Elle répondit :

— Oui, n'est-ce pas!

Il reprit :

— Tu n'as rien de nouveau?

Mais Camille, peut-être instruite déjà de leurs anciennes relations, entendit le tutoiement et, décidée, méchamment, vint prendre le bras du Parisien et l'entraîna dehors en criant :

— Tu sais que tu m'accompagnes, toi...

Les couples furent longs à s'écouler. Un des cuirassiers ayant, avec ses éperons, accroché la robe de l'Allemande, celle-ci, furieuse, injuriait la cavalerie, l'armée, la France, avec des mots de son pays.

Enfin, tout le monde fut sur le trottoir. Au coin de l'avenue, rigides esclaves du devoir, les deux agents veillaient... Nini les remercia, les congé<lia d'un geste.

Le marchef s'en allait avec Alice, le maréchal des logis avec Rita; Devouge s'attelait à Pomponnette, vociférant; Favières cédait à Camille.,.

Tétrelle, le dernier, emmena Delphine, pressa le pas, laissant, derrière soi, vaquer Généreuse alanguie devant la taciturne consécution des avenues.

Le lendemain, en revenant de la brasserie :

— Veux-tu savoir ce que m'a coûté la petite fête d'hier? dit Tétrelle à son fourrier. Soixante-dix francs.:. Tu penses qu'il va falloir arrêter les frais.

Il retourna à la Tonkinoise tous les soirs néanmoins, car la garnison de Paris, dure à tous, était douce aux comptables, exempts de service de place.

Les sergents, les caporaux et les soldats, au bout d'une quinzaine de jours commençaient à regretter leur bénévole province, les rares piquets, les petits postes de la police,» de la prison et du fort Saint-Jean, un défilé des gardes tel que le tour d'une compagnie ne revenait guère que tous les vingt joui's.

A Paris, l'extrême réduction des effectifs, par suite du départ de la classe et des permissionnaires, amenait le régiment tout entier à fournir, deux fois par semaine, le service à la Banque, à la Place, à la Chambre, dans les Ministères, sans préjudice des piquets de courses, d'enterrement, des promenades au stand de Clichy ou au polygone de Vincennes.

En outre, ces gardes qu'une nuit sur la planche rendait partout redoutables, se compliquaient, à Paris, d'une surveillance étroite n'autorisant pas le moindre relâchement.

L'œil de la Place, ouvert sur les postes, assurant l'observation rigoureuse des consignes, reportait l'esprit du soldat à ces hospitalières guérites de la prison du Havre, dans lesquelles on dormait si bien, assis, sac à terre, avant et après le passage des rondes à

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