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TROISIÈME PARTIE

heure fixe. Les sous-officiers, eux non plus, n'avaient pas retrouvé la quiète oisiveté de ces vingt-quatre heures autour d'un poêle congestionnant, avec les distractions : les cartes, la collation, le papotage du vieux poriier dont la fille infirme et sans âge, cultivait, en bordure, d'étranges plantes poussées, comme des sœurs de lait, entre les pavés de la cour, parmi les descentes de voiture cellulaire et les corvées de prisonniers, sous le regard germinateur du gardien-chef.

— Encore quatre jours de consigne ! disait Devouge. Je ne descends plus de garde sans être salé. Quand je ne couche pas dans les coffres à puces, je suis bouclé... Tiens, j'ai les bras tatoués, des durillons aux épaules et des toiles d'araignées dans les narines... Ça ne peut pas durer. Ce sont les hommes aussi qu'il faut plaindre; ils vivent entre deux vermines : celle des postes et celle de la caserne... Les chambres sont pleines de rats; ces sales bêtes font un boucan du diable, toute la nuit... Ils ont encore mangé une capote, hier...

— Et Kuhn a porté deux jours de salle de police à son propriétaire : « Négligence dans l'entretien de ses effets. » Il est vrai qu'au lieu de les plier réglementairement sur la planche, ils les entassent sur leur lit, pour avoir moins froid. On n'a pas encore distribué les demi-couvertures, et le charbon, quand ils sont forcés d'allumer le poêle, pour se sécher, en rentrant de l'exercice, les chauffe un jour sur quatre... Quelquefois, ils se cotisent pour acheter du combustible; mais les autres compagnies viennent le leur voler.

— En revanche, continuait Devouge, dans les postes on étouffe. Les hommes feraient là, pour quatre ou cinq jours, provision de chaleur, si la prochaine faction ne la leur dérobait encore. As-tu remarqué que les soldats entrent généralement à l'infirmerie quarante-huit heures après leur dernière garde ? Rien d'étonnant... situ les voyais, groupés, une douzaine, la tête entre les jambes,

autour d'un poêle incandescent, dans un poste grand comme un mouchoir de poche. La nuit, ils s'endorment là, y cuisent jusqu'à l'asphyxie. L'heure de relever les sentinelles sonne; ils vont se réveiller ou reprendre leur somme, dehout en plein vent... Deux heures de douche glacée, en sortant du bain de vapeur!... Les officiers de ronde? Tu crois que cela les préoccupe?... Ils regardent si l'on a la brosse à graisse dans le sac et le nombre de clous réglementaires sous les godillots... J'ai quatre jours parce qu'un de mes hommes a oublié qu'on se boutonne à gauche dans la seconde quinzaine du mois.

— Essaye donc de trouver un emploi quelque part

— Oui. Le sergent de la commission des ordinaires n'est

désigné que pour trois mois. Je tâcherai de remplacer le titulaire

actuel. Ah! tu as de la chance, toi, d'aller chez tes vieux quand tu

veux !...

», Les vieux, c'étaient les parents.

Aussi bien Favières, après les assauts de l'installation et en attendant l'arrivée des recrues, profitait de tous les loisirs que lui laissait le bureau pour aller, à Plaisance, se lessiver dans la javelle familiale. Tétrelle se montrait conciliant, d'autant que son fourrier expédiait toute la besogne.

— Pendant qu'il est à la brasserie, je suis tranquille, se disait Favières. ~~

Un service qu'il rendit à son sergent-major raffermit encore cette heureuse camaraderie.

Un matin, des hommes de corvée venaient de décharger des sacs de pain et de biscuit, puis la viande de conserve dont on faisait, par mois, trois distributions, lorsque Tétrelle, resté seul avec le fourrier, l'interpella.

— ('comment procèdes-tu quant à la conserve?

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