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TROISIÈME PARTIE

« Punition changée en quatre jours de salle de police, ordre du colonel. » C'est que le parfum ne lui en était pas agréable.

Le lumignon fumait, balayait d'ombres sinistres les murs nus de la haute salle où les délégués des compagnies apportaient quotidiennement leur cueillette. Il était là, le colonel, à la place même qu'occupait Favières, à la gorge de l'éventail développé par les sergents- majors. L'extinction des feux avait sonné depuis longtemps, que l-e fourrier écrivait toujours, seul, dénombrant les jours de consigne, de salle de police et de prison, d'une plume alourdie, grinçant dans le silence, la lumière mourante et le froid de cette vaste morgue dont il était le greffier bousilleur. Encore un de « couché » sur la situation, comme on disait bien, étendu là par le caporal, le sous-off ou l'officier, péchant, avec des engins perfectionnés suivant le grade, de fructueux délits dans l'eau saumâtre du règlement. Et qu'ils avaient de pauvres têtes de noyés, en effet, les malheureux qu'évoquait leur nom, précédé d'un matricule, jeté là avec la toilette succincte d'un adroit motif!

Favières, parfois, dormassait, la plume arrêtée... Puis réveillé en sursaut par le pas pesant et l'ombre fantastique, derrière les vitres, d'un homme en caleçon traversant la cour, il reprenait sa copie, s'hallucinait encore, diversement, à suivre, dans le vol rasant de ses pensées, la misère des actes et l'indignité des mobiles.

C'est dans une cuisine qu'il était maintenant, une immense cuisine où le cJief\ devant des fourneaux, enseignait à d'infimes et dociles gâte-sauce, l'Art d'accommoder les punitions. Il les écumait, d'une main agile, sur le chantonnant pot-au-feu coutumier, jetait du sel, des épices dans la marmite où cuisaient, sur un feu doux, les filandres du respect hiérarchique... Mais c'est à côté surtout qu'il se distinguait, pratique gargotier, dans la confection (lu plat du jour avec les rogatons de la discipline, a Pour

faire passer un homme au conseil, prenez un motif arabe, dépiautez-le, faites-le revenir dans les formules stéariques, touillez avec un grand sabre, puis laissez gratiner et servez ! » . . ...

Favières venant, le lendemain matin, compléter et collationner la situation générale, dut y rajouter cette punition : « Édeline, soldat de 2* classe, 8 jours de prison, ordre de M. Chapelin, capitaine : a renversé, pendant la nuit, le lit d'un jeune soldat, et a été cause que celui-ci, en tombant, s'est fracturé un bras. »

Il finissait de libeller le motif, quand Édeline, du seuil de la porte, réclama son attention. Déjà vêtu de la capote des hommes punis de prison, escorté par le caporal de garde agitant son trousseau de clefs, il attendait qu'on lui descendit son sac et son fusil pour commencer le « bal ».

— Mon vieux, je ne te vois pas blanc ! s'écria Favières. Mais Édeline, tout de suite, protesta, avec un accent de sincérité non équivoque . » ■■

— Tu crois cela, toi ! De la rigolade et du battage, tant qu'on veut, mais le plumard en bascule, c'est bon pour les croquants qui n'ont pas l'esprit inventif... Quelqu'un a fait ca,mper, cette nuit, le pétrousquin avec qui j'ai blagué hier... tu sais, le jeune puceau... Il s'est cassé le bras... c'est stupide et méchant... Le capitaine l'a interrogé, et ma moule a raconté tout le boniment de la visite du major... Alors Chapelin a dit : « Parbleu! Je* pensais justement qu'Édeline est seul capable d'avoir monté un coup pareil ! » Je me suis défendu... Mais du moment que j'avoue la fumisterie, il m'est impossible, dit Chapelin, de décliner la responsabilité de l'accident... (c II y a évidemment corrélation... » Il m'a répété cela vingt fois -, il était heureux d'avoir trouvé le mot dans le petit Larousse qui le suit partout... Et puis, est-ce que ce sacré bleu n'a pas prétendu me reconnaître ? Il dormait quand on l'a chahuté, il s'est réveillé sous sa fourniture alors que l'autre était déjà loin ;

SOÎJS-OFFS

La bdioanolle, lanctio à ton Le volée, s'eiilonçait dans lu mur. (Page o7d.) Liv. 47. 47

personne, dans la chambrée, ne peut apporter un témoignage décisif; n'importe... Si le vrai coupable ne se dénonce pas, j'en ai pour trente jours, avec, surtout, le potin que va faire ce bras cassé.

Il ne se trompait pas. Le colonel augmenta la punition de sept jours et, à la fin de la semaine, elle revenait de la brigade grossie de quinze jours encore. En outre, le chef de corps, à l'ordre général provoqué par la répression des brimades, ajoutait une décision sur laquelle les Parisiens méditèrent.

« A l'expiration de sa punition, le soldat Édeline sera dirigé sur le dépôt. »

A la suite de cette affaire, le régiment trima pendant un mois. Marches, service en campagnà, exercices dans les cours du matin au soir, inspections, le colonel se montra impitoyable. Avait-il reçu quelques coups de férule ministérielle bien appliqués ? La publicité donnée par les journaux à l'accident du soldat brimé permit de le supposer.

Depuis quelque temps, d'ailleurs, le 167« était fort éprouvé. Une série. Un autre soldat, sujet médiocre, mais réellement indisposé, se présentait huit jours consécutifs à la visite du médecinmajor qui refusait de le reconnaître malade, d'abord, puis cessait même de l'examiner, sur la foi des rapports signalant l'homme comme un « fricoteur » . Son obstination lui attirait régulièrement quatre jours de salle de police.

-^ Nous verrons bien qui de nous deux se lassera le premier, disait le capitaine.

Ce fut le soldat. Un matin, ses compagnons de botte le trouvèrent mort entre eux.

Le colonel avait étouffé l'affaire; nfais il jouait de malheur, à moins que le médecin-major ne fut un âne buté et galonné, ce dont personne, d'ailleurs, ne doutait.

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