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TROISIÈME PARTIE

Vaubourgeix lui réservaient volontiers cet emploi, parce que, dans sa main, le peloton de chasse pivotait ou se morfondait devant le mur blanc, selon que la température s'élevait ou qu'on cassait la glace dans la cour.

Il jouait avec les prisonniers, positivement, sans fatigue, car il ordonnait à peine un mouvement toutes les minutes, négligemment, du bout de ses lèvres minces qui coupaient le commandement, comme on fait mouche à dix pas.

Édeline, rencontrant un jour Favières, par hasard, aux latrines où l'accompagnait pompeusement un homme de garde, se rebellait.

— Tu n'imagines pas ce que nous endurons avec cet avorton ! Après une nuit sur la planche et la nourriture que tu sais, c'est réconfortant... Et je n'ai tiré que quinze jours... Ah! ce pied-de- ' banc... on mordrait dedans !

A quelques jours de là, Favières, flânant à la fenêtre d'une chambrée, aperçut le peloton de chasse, composé de cinq hommes, manœuvrant dans la cour Bouzon.

— Pas de chance, Édeline, pensa le fourrier; c'est encore sa bête noire qni conduit le bal.

Depuis une huitaine, une basse température sévissait; les robinets avaient des barbes de glace; Burel, armé d'une pelle, débloquait la cantine ; des neiges s'amoncelaient au ciel dépoH.

Entre les cinq hommes immobiles et le mur qu'ils avaient en face d'eux, le sergent circulait, le fusil transversal, quasi-songeur, afin de trouver prétexte à oublier les prisonniers dans la dernière position qu'il leur avait fait prendre. Il ne se hâtait pas de passer à un autre mouvement, commandait : ce Arme sur l'épaule droite... Un... » s'écartait, avec l'air de chercher des mouches pour les attraper, revenait, jetait : « ... deux... » repartait, s'arrêtait plus loin à considérer avec intérêt les lézardes du mur ou les cibles qu'on

y avait tracées pour l'instruction du tireur... De temps en temps, il guignait ses gens, sachant fort bien qu'ils avaient la main brûlée par la plaque de couche; mais il ne leur criait : « trois... » qu'au moment précis où, leur bras ankylosé, leurs doigts gourds et crevassés, allaient lâcher le fusil.

« Trois!... » Il leur souriait, avait l'air de dire : « Eh bien! ça y est... vous l'avez sur l'épaule, votre arme, êtes-vous contents? » sournoisement, car la frigidité de l'horrible plaque mordait toujours la paume.

Vraiment, oui, il semblait en vouloir à Édeline; il le supposait capable de tricher, « d'escamoter » l'arme, de lui voJer un huitième de mouvement, une nuance...

A la fm, même, il se fâcha, prit le peloton à témoin qu'il n'y pouvait rien, qu'Édeline était cause de tout, qu'ils allaient payer pour lui; il le regrettait, tant pis...

— Vous allez valser... ça lui apprendra... Et il commanda :

— Baïonnette... on !...

C'était la dernière phase de la question. Ah ! le gaillard connaissait son métier !

L'escrime à la baïonnette... position de la garde... les jarrets ployés, la main droite à la hanche, la main gauche soutenant le fusil... Il n'ignorait pas qu'il n'y a plus, après cela, qu'à tirer l'échelle ! Et il surveillait Édeline, l'encourageait, l'invitait à s'asseoir davantage... « Un pas en avant... un pas en arrière... demi-tour... valsez... eh! hioup ! )> Il passait légèrement sous les baïonnettes, comme un jongleur sous des sabres nus, avec des élégances dans le défi. . . Même, la griserie du dompteur s'emparant de lui, il saisissait le fusil, s'assurait de la solidité de l'homme sur ses jambes.

Depuis plus de cinq minutes, il les tenait ainsi, exténués, sous

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