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LA FRANGE ET L'ALLEMAGNE AU VATICAN

Dans le courant de février dernier (1893), un fait s'est passé, à Rome, qui ne serait rien ailleurs, et qui, dans Timmuable cité romaine, est le symptôme d'une maladie chronique.

Le général de Loë, envoyé extraordinaire d'Allemagne, a reçu la décoration du Christ. Cet ordre, est donné par le Pape aux seuls princes souverains.

Jusqu'ici, une seule exception avait été faite en faveur du prince de Bismarck, au temps où le chancelier était le maître de l'Europe, au temps où Léon XIII courbait devant lui son front trois fois couronné.

L'ambassadeur extraordinaire de France, M. le comte LefebvredeBehaine, sera, dit-on, le troisième échantillon de la faveur pontificale. Il n'en reste pas moins vrai, qu'une 'fois encore, dans la Rome

des Papes, la protestante Allemagne aura eu le pas sur la France catholique.

Dans la réception des ï)èlerinages, notre pays a reçu une autre humiliation.

Le Pape devait accorder audience aux pèlerins français présentés par leur cardinal, le comte de Mun, et ses deux grands vicaires, les prélats Richard et Langénieux.

Malgré la haute influence du brillant orateur qui croit être le représentant et le porte-parole de Léon XIII, l'audience n'a pas eu*lieu au jour indiqué.

Le Pape, trop souffrant pour recevoir les Français, accueillait je ne sais quelle tribu italienne.

Nos compatriotes ont été remis au lendemain, en compagnie des Hongrois. C'est la première fois, depuis des siècles, qu'un pèlerinage français, conduit par trois princes de l'Église, est confondu, dans sa réception, avec les envoyés d'une autre nation.

Cette singulière aventure a valu un joli mot de diplomate. Un prélat disait :

— Devinez par qui j'ai entendu raconter, ce matin, la réception des pèlerins français?

— Par un Hongrois, sans doute, répondit le diplomate.

Ce n'était d'ailleurs pas d'un Hongrois dont voulait parler l'évèque. C'était de M"*® Hyacinthe Loy-

son et de son fils, qui formaient à Rome le groupe le plus nombreux du pèlerinage français.

La femme du prêtre Hyacinthe est, d'ailleurs, une des admiratrices les plus ferventes de LéonXIII. Cela fait le plus grand honneur au Pape politique.

Pour cesser de plaisanter au milieu des tristesses de cette cour décrépite, il faut revenir à TAUemagne.

Le Pontife qui aura été le derviche-tourneur de la Papauté, prépare une nouvelle évolution.

Léon XIII va où son intérêt le pousse. G*est un rêveur, mais qui ne rêve que de choses pratiques.

La France n'a pas répondu à ses avances. La politique pâle du cardinal RampoUa distille Tennui. Le Pape est fatigué de travailler avec ce ministre dont la piété, comme la politique, portent l'anémie jusqu'à la chlorose.

La France qui, à elle seule, avait porté quatre millions au Jubilé précédent, avait envoyé, cette fois, des souvenirs dont la valeur pèserait peut-être lourd dans la balance du cœur. Mais, à Rome, ce ne sont pas les petits cadeaux qui entretiennent Tamitié; ce sont les grands.

Enfin le jugement de la cour d'Amiens, qui réforme celui du Tribunal de première instance, et déclare le Saint-Père incapable d'hériter en France, a profondément ému Léon XIII.

Quand sa politique était devenue républicaine, le Pape espérait que le Gouvernement reconnaîtrait cette faveur et ferait abandonner l'héritage de la marquise du Plessis-Bellière. Mais ce n'est pas seulement Fenvolée des quatre ou cinq millions de la bonne morte qîii chagrine Léon XIII. Derrière cet héritage était embusquée toute une combinaison qui échoue piteusement.

Si le principe avait été admis, le Pape aurait ordonné au clergé de préparer les agonies pieuses. Toutes les demoiselles de France, maigries dans les austérités, tous les chanoines vieillis dans le même exercice, auraient été invités à ne plus faire de dons aux œuvres religieuses — par crainte de spoliation.

Tout aurait été légué au Souverain-Maître, qui aurait été insaisissable, et qui se serait servi de l'argent pour les œuvres religieuses italiennes. Les fonds envoyés à Rome changent quelquefois de destination en route. L'église de Saint-Joachim, pour laquelle les catholiques ont déjà donné des millions, risque fort d'être finie par un seul miracle. Unévêque portait l'autre jour au Saint-Père trente mille francs pour les besoins de Sa Sainteté, et quinze mille pour les murailles de Saint- Joachim.

— Je vais porter cette seconde aumône au Comité de l'OEuvre, dit le prêtre.

— Laissez-cela là, répondit le Pape.

Et il prit les quinze mille francs avec les trente mille, pour jeter le tout dans le fameux tiroir de son bureau qui est la caisse de la Chrétienté.

Au milieu des déceptionsque lui donne la France, le Pape a eu des consolations d'outre-Rhin .

Les petits faits expliquent les grands comme la vitre reflète le soleil : en un rayon.

Les pays allemands se sont mis à faire des cadeaux d'argent à Léon XIII, comme les pères en font à leurs fils, comme les galants en font à leurs courtisanes. Le royaume de Prusse a envoyé plus d'un million.

L'empereur d'Autriche a adressé une cassette avec cent mille francs. La noblesse autrichienne, plus moderne, a renoncé au contenant pour n'expédier que le contenu. Le Pape a reçu d'elle un chèque de cinq cent mille francs. Tout cela, et d'autres choses encore, font du vieillard éveillé l'ami des pays allemands. On le prépare savamment. On exploite son goût pour l'argent et on tourne le Papauté vers des destinées qui s'accompliront sans efforts.

Si la Triple- Alliance a son candidat, elle a ses grands électeurs : ce sont, le cardinal Galimberti, aujourd'hui cardinal résidant à Rome; et le cardinal Kopp, archevêque de Breslau, le plus protes-

tant des catholiques, ou peut-être le moins catholique des protestants.

M. Kopp, large d'épaules, général allemand vêtu en prêtre, avec des yeux ronds qu'on a toujours peur de voir tomber, aura pour mission, dans le prochain Conclave, d'entraîner les cardinaux étrangers. Le petit troupeau des vieux prêtres romains sera confié à T influence de cet esprit, très peu saint, qui est Galimberti.

Dans la prélature, ce qui est noble et généreux commence à trembler ; ce qui est bas et rampant a déjà Taudace de siffler.

On sait très bien que l'ancien aumônier de la marquise Spada n'acceptera pas la secrétairerie d'État. Mais il n'ira pas davantage h Venise. Aux lagunes, il préfère les petites rues romaines, dont les détours plaisent à son esprit compliqué.

Galimberti est le seul homme avec lequel Léon XIII ait aimé à travailler. Lui seul savait à point flatter le Pape, et faire adopter ses idées en les prêtant généreusement au Saint-Père. C'est dire la force de ces souvenirs chez Léon XIII, que d'écrire qu'ils ont réellement force de spectres.

L'influence d'un Galimberti sur un Pape affaibli est un danger pour l'Église et pour la France en particulier. Le chauvinisme ne doit rien exagérer, mais le patriotisme doit veiller.

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