VE DU VIEILLARD
le Napoléon, celui qui fut traité :e qu'il ne pensait pas comme les rseul, à Rome, dans une auberge
raignait de le voir finir en païen
larmes pas, monseigneur, inter- , un Bonaparte doit mourir con-
it parole : il accepta les derniers ues minutes avant d'avoir perdu inale, évitant ainsi des complîcales à son beau-frère, le roi dltalie.
Le pape Léon XIII veuf, vivre comme le neveu de TEmpereur est mort.
A la lueur d'une maigre lampe, le soir, dans une chambre froide et monastique du Vatican qui est une cellule, un vieillard gratte d'un crayon nerveux une brochure imprimée, aux marges jaunies. Il efface, rature, corrige. La brochure est le Concordat. Le correcteur est le Pape.
Le rêve de Léon XIII a toujours été d'inscrire son nom au bas du traité que firent Pie VII et Napoléon, L'édifice est solide, il a été construit par la main du génie. Mais après un siècle ou presque, le plus beau monument a besoin de restauration et Léon XIII, affamé de gloire à en mordre les marbres du Vatican, voudrait être ce restaurateur.
Le projet lui a été inspiré par le cardinal Czacki, de polonaise mémoire, alors nonce à Paris. Le diplomate romain s'était donné la mission de réconcilier la République avec le Saint-Siège. Il était fort en relations avec Gambetta, qui ne confondait pas dans sa haine le cléricalisme et l'Église. A la fin d'un dîner, le nonce remonta seslunettes d'or sur le nez court et large qu'il avait, et proposa au tribun sommeillant de préparer avec Léon XIII la restauration dii Concordat.
— « Vous serez, disait le prélat, le Napoléon de la combinaison, et j'en serai le Consalvi. »
L'idée plut à Gambetta. Le Pape s'enthousiasma
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pour un projet qui flattait son orgueil et des négociations secrètes furent commencées. Elles durèrent longtemps, comme durent toutes choses à Rome, et la mort de Gambetta les trouva inachevées.
Léon XIII, qui restera dans THistoire le Pape politicien comme Léon X est resté le Pape politique, se rappela le plan de Gzacki^ lorsque le Vatican entra, au commencement de Tannée 1890, en coquetteries réglées avec la République.
Le cardinal RampoUa s'intéressa fort au projet. Grâce à lui, pour la première fois depuis longtemps, la France reçut de Rome un nonce qui avait Tordre de jouer à la sympathie pour la France, et qui la connaissait un peu. Ms-^ Ferrata, qui jadis avait servi de secrétaire à Ms^ Gzacki et copié les rapports confidentiels, fut envoyé à Paris, avec mission de se rendre agréable. Cette nomination ne se fit pas sans difficulté, d'abord parce qu'à Rome rien ne va sans encombre, et aussi parce que Msr Galimberti veillait.
Le nonce à Vienne, dont Tinfluence a maintenant Téclat d'un lustre qui se rallume, s'agitait pour faire envoyer à la rue de Varennes un de ses filleuls en politique germanique.
Le Saint-Père allait peut-être céder — ce cèdre a plié si souvent — • quand le cardinal RampoUa s'est interposé : « Les Français, a-t-il dit, admire-
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ront deux fois la grandeur de la politique de Votre Sainteté, s'ils ont un nonce sympathique. »
Cet argument bien développé décida Léon XIIL
Le Pape fut absolument convaincu que seul il avait choisi U^^ Ferrata.
Le projet était au moins hardi à l'heure où tous les partis extrêmes, ceux de droite et ceux de gauche, souhaitaient la séparation de FÉglise et de l'État.
Léon XIII avait beaucoup compté sur le cardinal Lavigerie pour mettre ses projets en pratique. Mais le primat, satrape appesanti et rêveur, s'alourdissait et s'ankylosait dans ses palais d'Afrique.
Le Vatican s'adressa alors h celui des archevêques français qui avait la plus féroce envie de recevoir le chapeau et qui l'a reçu depuis lors. Il le chargea de faire des ouvertures à M. Gamot. Ce serait une fin de septennat glorieuse pour le président que de badigeonner la façade de l'Église, cette façade superbement peinte par l'éclatant pinceau de ce Napoléon dont le premier des Carnot fut le serviteur.
Il était peu probable pourtant que le président consentît à sortir, pour une aussi grave affaire, de sa réserve constitutionnelle ; et le Concordat risquait fort de rester ce que Napoléon l'a fait, jusqu'au jour où l'État et l'Église annuleront leur diplomatique mariage.
Toujours est-il que l'acte de 1801 est le pivot de la politique française, les ministères tombent dessous, vivent dessus et, si Ton ne fait pas de théologie dans le Parlement, on y fait à chaque séance de la casuistique.
Un moine du moyen âge qui s'échapperait de sa tombe mal fermée et ferait le tour de notre petit rond politique — tous les ronds ont la forme de zéros — ce moine resterait stupéfait en voyant qu'aujourd'hui, comme au xm* siècle, la vie publique roule, en France, autour de TÉglise. Le flot de siècles qui a englouti la monarchie et les monarques a laissé debout la question des rapports de Dieu avec les citoyens. Cette question qui brûlait hier, qui est tiède aujourd'hui, flambera peut-être demain.
Sous un Pape et un Gouvernement qui sont concordataires à Tenvi, on se demande pourquoi l'instrument, qui devrait être de paix, devient à chaque instant, une arme de guerre et Ton voit avec stupéfaction l'auguste traité servir aux hommes politiques, comme le dictionnaire sert aux mauvais élèves pour se le jeter à la tête. C'est que le Concordat de 1801 se compose de deux parties. La première comprend dix-sept articles ; elle est intitulée : Convention entre S. S. Pie VII et le Gouvernement Français, La seconde a quatre chapitres et soixante-dix -sept paragraphes classés
SOUS le titre général S! Articles organiques.
La première partie est à la seconde, ce que la déclaration des droits de l'Homme est à la Constitution. On y trouve des formules et des règles générales; c'est un portail, un portique si vous voulez, ce n'est pas une maison où l'Église et l'État puissent cohabiter amicalement.
Tout le monde s'entend sur la belle architecture et la somptueuse ordonnance de cette convention. Mais l'accord cesse, si l'on entre dans les articles organiques, c'est-à-dire dans l'édifice.
A époques fixes, les prêtres protestent contre cette seconde partie de la loi. Le clergé accuse simplement les articles orgnaniques de ne pas faire partie du Concordat, parce qu'ils ne portent pas la signature du plénipotentiaire romain et sont l'œuvre de Portails.
La politique, qui a ses beaux désordres comme les femmes et les odes, a fort embrouillé la question pour en faire une des plus difficiles qui soient au monde.
L'histoire du Concordat est bourrée jusqu'à la gueule des plus bas commérages et il semble curieux de résumer la genèse de ces articles organiques auxquels Léon XIII voudrait donner la vie catholique en les coupant, peut-être.
Après la Révolution, l'Église française n'avait plus de défense ; elle se trouvait esseulée dans un
lUTANES POLITIQUES
OÙ disparaissaient les ruines de ses !titutions. Napoléon voulut refaire ■re civile avait brisé, et huit jours i-e de Marengo, il engagea les négoette grave afFaire.
e lieu oîi se puisse redire la comédie [ui se joua entre Gonsaivi et Bonaé, traîne et subtilise leiprélat aux mains amaigries, qui marche sans glisse sans bruit le long de ses proie retrouver le lendemain un peu il n'était la veille.
ce âls de Machiavel, se dresse i force positive, l'Empereur futur, et flambant qui porta dans la guerre noitié de ses pensées, mais qui, de aurait gouverné le monde.
es deux hommes aboutit, après des nombre, à la signature d'un acte
ms furent enân échangées le 10 sep- ■e cardinal Gonsaivi partit avec un 3ix-sept paragraphes, et ce fut avec isieurs mois après, la Cour romaine cordât grossi de soixante-dix-sept ■ux. Quelle est l'autorité, quelle est s articles organiques? sont-ils une mt-ils une loi d'État î
Il est établi que les articles organiques ne font pas partie intégrante du Concordat, mais, il est aussi prouvé qu'ils furent supportés ultérieurement par le Pape.
Cette preuve vient des réclamations mêmes de la Cour de Rome, puisque le cardinal Consalvi écrivait à M. Cacault, notre ambassadeur, à l'occasion de la publication du Concordat :
a Les articles organiques sont représentés comme la forme et le rétablissement de la religion catholique en France. Cependant, plusieurs de ces articles s'étant trouvés, aux yeux du Saint-Père, en opposition avec les règles de l'Église, S. S. ne peut pas, à cause de son ministère, ne pas désirer qu'ils reçoivent les modifications convenables et les changements nécessaires. Le Saint-Père a la plus vive confiance dans la religion et la sagesse du premier Consul, et le prie directement d'accorder ces changements. »
Cette réclamation est-elle un cri d'horreur contre les articles organiques ? A-t-elle la forme d'une protestation solennelle de TÉglise contre la loi nouvelle? Non, certes, surtout si Ton sait que ces lignes sont précédées d'une longue page où éclate la joie du Saint-Père.
Le 24 mai la satisfaction du Pape se manifesta d'une façon plus complète :
« Nous avons remarqué, déclara-t-il, qu'on a
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hii
promulgué simultanément avec notre convention quelques autres articles qui nous étaient inconnus et auxquels nous ne pouvons pas ne point demander qu'on apporte les modifications et les changements convenables et nécessaires. »
Ce n'est donc pas l'abolition des articles organiques que demandait le Pape, il se contentait de quelques modifications.
La Papauté n'a jamais collaboré aux articles organiques. Mais elle les a subis pour conserver le précieux Concordat.
De son côté, le premier Consul, qui classait les hommes comme Buffon classait les bêtes, fut obligé de composer deux assemblées pour obtenir un vole d'ensemble ; il commanda les articles organiques pour cacher sous cette épaisse couverture les dixsept articles du Concordat. Jamais, de l'aveu même de Consalvi, on ne se permit en France d'apposer au bas des articles organiques les noms qui se lisaient au bas du véritable Concordat, et Portails, ce lumineux esprit, dont on a obscurci à plaisir les clairs discours, a résumé tout le débat lorsqu'il a écrit :
« Le Concordat est un traité ; les articles organiques sont une loi d'exécution. »
Ceux qui ont voulu voir un acte de duplicité dans la conduite de Napoléon, ceux qui ont traité le premier Consul d'empirique, sacrifiant les prin-
cipes au salut de la France, n*ont pas lu le décret du Corps législatif. Le voici :
— «La Convention passée à Paris le 26 messidor, an IX, entre le Pape et le Gouvernement français et dont les ratifications ont été échangées à Paris, le 23 fructidor an IX; ensemble les articles organiques de ladite Convention et les articles organiques des cultes protestants dont la teneur suit, seront promulgués et exécutés comme des lois de la Republique. »
La distinction n'est-elle pas clairement établie dans ces lignes entre le Concordat et les articles organiques, entre le traité diplomatique et la loi nationale ?
Le génie, comme la courtisane antique, compte sur la splendeur de ce qu'il montre pour se faire pardonner ce qu'il fait. Napoléon montra au monde le Concordat, brillant comme le soleil, éclatant comme la foudre, et l'œuvre était assez utile à l'Église pour que l'Église Tachetât au prix des articles organiques.
En pratique, ces articles discutés font partie du Concordat parce que le Tribunat et le Corps législatif n'auraient pas voté l'un sans l'autre. Si l'on efface les soixante-dix-sept paragraphes organiques sous prétexte qu'ils n'ont pas été approuvés par la Papauté, il faut aussi effacer les dix-sept articles du Concordat signés par le Pape. Raccourcis à
leurs corollaires, ces derniers sont privés de la signature d'une des parties contractantes, c'est-àdire de la signature française.
La situation est précise, bien que d'une complication savante; les régulateurs les meilleurs ne sont pas les plus simples. Le Concordat est une pièce d'horlogerie savante sortie d'une main géniale : aucun Pape ne Ta admirée d'une admiration plus sincère que Léon XIII ; à cause de ce ciilte et pour fermer la bouche aux ultras qui se servent des articles organiques comme d'un instrument de discorde, Léon XIII rêve, depuis qu'il est sur le trône, d'apposer sa signature au bas, non plus seulement des dix-sept articles, mais des articles organiques.
Ce projet est-il un prétexte pour faire accepter par la République des modifications aux articles organiques? Léon XIII voudrait-îl se jeter dans les jambes ^e l'Histoire avec des airs de jeune conquérant ? Ou bien veut-il sincèrement que les, articles organiques, vieille machine de guerre entre l'Église et l'État, deviennent un pont solide entre les deux pouvoirs? Telle est la double question qui se pose et qui se posera peut-être toujours, car le prisonnier blanc ne réalisera sans doute pas son vieux projet. Il continuera, jusqu'à la fin de sa vie, à gratter et à corriger pour lui seul un exemplaire du Concordat. Brumel de la politique, il imitera le
grand dandy qui, pour se donner le mensonge de la gloire, faisait annoncer à la porte de sa chambre vide les plus grands noms de TEurope. Le Pape croit peut-être jouer à la diplomatie avec l'ombre de Bonaparte, et c'est là Tillusion charmante d'un vieillard.