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LES JOURNAUX DU PAPE

Le Pape n'a pas de journal : Léon XIII Ta déclaré cent fois dans cent audiences accordées à des diplomates. Les ambassadeurs ont gardé là-dessus — on verra pourquoi — • un silence qui doit peser à leurs langues légères de secrets. Mais un cardinal romain, qui n'a pas les mêmes raisons pour se taire, raconte confidentiellement à tout le monde le court dialogue qu'il a eu récemment sur ce sujet avec le Saint-Père.

— J*ai lu, insinua TÉminence, dans VOsservatore romano, le journal de Votre Sainteté...

— Veuillez savoir, monsieur le cardinal, interrompit le Pontife, veuillez savoir que je n*ai pas de journal. Quand il faut exprimer ma pensée comme Pape, je publie un document officiel; quand il me platt de faire connaître mon opinion comme homme, j'adresse à un évêque une lettre que je rends publique.

Cette réponse lève le voile indécent qu'une fausse pudeur met sur toutes les choses de Rome : les deux journaux qui se disent officiels, VOsservatore romano et le Moniteur de Bome^ ont pour les catholiques en général, et pour les Français en particulier, de ces amabilités que La Rochefoucauld a classés dans son chapitre de l'amitié. Or, les grandes feuilles de Paris, catholiques ou non, ramassent pieusement les champignons empoisonnés qui poussent sur ces fumiers italiens.

Les fausses nouvelles de ces journaux sont publiées avec respect, discutées avec modération, non pour elles-mêmes, mais pour la source d'où on les croit canalisées.

Trois groupes de personnages auraient pu, depuis beau temps, protester contre cette erreur.

Les diplomates n'ont rien dit, parce que les chancelleries font insérer leurs petites informations personnelles dans ces journaux et trouvent un intérêt h grandir le crédit des feuilles dont elles usent.

Le Vatican s'est tu, parce que, si le Pape n'a pas de journal, chacun des groupes ennemis qui forment le bel ensemble de la cour pontificale entretient^ — assez mal d'ailleurs — un journal. Certains prélats peuvent ainsi faire passer pour parole de Pape ce qui est parole de valets.

Enfin, les journaux gardent l'impassibilité de

t aveugles et jouent les olflioleil pontical pourrait seul mté.

1 VOsservatore romano qui :s armes pontificales et vou- 1 articles indigestes pour des [ues.

"euille est rédigée prouverait y est étranger. Léon XIII est I. II fait sur sa pensée un joli le se reconnaît pas plus dans de VOsservatore, que dans le ardiaaux français. D'ailleurs in démenti officiel du Saintbot, quand il était ministre ), avait cité la parole du Pape en et, par voie diplomatique VOsservatore en nyait menti.

Qplaires qui forment l'exact lain ne tuent pas ceux qu'ils ;nt les rédacteurs de ce journystérieux de la rue Saint- Osservalore, aussi sombre ;ique sans lumière, abrite urs qu'un kaléidoscope voit

ti fut congédié il y a trois jui ressemblait à un portrait

de tabatière un peu effacé par le temps, abaissé, rue Saint-Ignazio, plus d'argent qu'il n*a ramassé de célébrité. Le pauvre homme s'en est allé, morne comme le dégoût, et depuis son départ le journal est fait à coups de ciseaux qui ne coupent pas. Des gens anonymes, cachés derrière leurs lunettes, grattent la presse étrangère jusqu'à ce qu'ils aient trouvé — truffe mei^veîlleuse — quelque grosse injure pour la France.

Le Moniteur de Rome essaye d'être plus vivant et il vit, en effet, si vivre c'est ramper. Gelui-là est écrit en langue suisse par des Allemands et pour des Allemands. Il ne se prétend pas officiel. Il se croit officieux. Fils adultétîn du Journal de Romey il fut fondé par Galimberti quand ce prélat eût été pris ailleurs en flagrant délit d'espionnage. Après dix ans d'efforts, le journal est arrivé à un tirage de trois cent quatre-vingts exemplaires et justifie toujours le mot du spirituel cardinal Guibert qui disait, en payant sa quittance : « Je fais mon abonnement de charité. » Les collaborateurs vivent en se faisant les reporters des journaux protestants de l'Angleterre et de l'Allemagne. L'abbé Bœglin, dont le plus infime degré de la prélature a fait un Monsignor, travaille pour la Prusse. Mince comme un bambou dont il a les nœuds dans l'esprit, ce Teuton a été présenté comme Alsacien-Lorrain au Saint-Père. Mais le français

)noranl qu'il écril trahît le lieu de sa naissance, lyeux comme s'il était savant, cet abbé pra- !, vis-à-vis de Galimberti, son Dieu, le double me de la soumission et de la l&cbeté. Tortue ectuelle, il éprouve, pour commettre ses es, les mêmes difficultés que pour trouver ses es ; et pour se dépêtrer dans ses courtes , il a recours au suisse Garry, son lieutenantral. Malheureusement la littérature de ce er personnage, qui est laïque, est un modèle gisme, d'incohérence et de difflcoltés toujours rieuses.

iglin est grossier, Carry est poli. Ce frère :eur du journalisme passe sa vie à mendier orrespondances. II avait, à une époque, réussi nper un rédacteur du Gaulois. Il se mit à r sur ce journal des lettres si étonnantes que 1 dura un mois à peine et que le Carry dut se tre sur d'autres régions, jourd'hui, Bœglin, le jumeau de Guthlin, irry leur laquais, envoient leurs renseignes à l'étranger et les cueillent là pour iplacer dans le Moniteur, ce qui donne une ordinaire fraîcheur aux informations de ce al. 11 est de principe, dans la maison, de ne is citer un journal catholique. On reproduit inaire les discours des ennemis de l'Église, s'ils sont impartiaux : quand M. Floquet Qt

à la Chambre Féloge de feu M*' Freppel, le Motiîteur sauta ce passage dans son compte rendu de la séance.

Comme un citronnier entre deux orangers, fleurit, entre Bœglin et Garry, un troisième personnage dont la figure semble taillée dans la brique, tant Talcool a laissé sa signature sur cette face couperosée : Zuchettî, proche parent de M«' Boccali Tancien auditeur du Saint-Père, est le gérant du Moniteur^

Celui-là n'écrit pas; il touche les subventions. Car si le Moniteur n'est pas le journal du Pape, il peut se dire, par droit de coût, le journal du Vatican. Zuchetti, d'une main hardie, plonge dans tous les Ibudgets et tâche toujours de coller à sa peau un peu de grosse monnaie. M. de Schlœser, ministre de Prusse, apporte aussi son obole dans le tronc de la place du Gésu. Et ces nobles pensions ne donnent pas la vie au pauvre Moniteur qui siffle en vain du fond de la cave oîi croupit son insignifiance.

Tels sont les deux journaux qui essayent de compromettre le Pape et que la complicité inconsciente de la grande presse aide parfois dans leur besogne.

Il y a pourtant en Italie, à Rome et à Milan, des journaux catholiques qui servent l'Église en soldats d'avant-garde. Ceux-là sont peu cités, s'ils sont

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beaucoup lus. Ils vaudraient d'être mieux connus de ce côté-ci des Alpes.

Voici la Voce délia Verità, où le souvenir du grand Pie IX vit et règne. Dans cette maison, on sait combien peu dure le respect des pouvoirs détruits et Ton attend Tavenir sans rappeler. Le propriétaire du journal est le prince Lancelloti, un homme dans lequel, selon le mot de Shakespeare, « chaque pouce est un homme ». Il est de la grande maison des Massimo et il se montre le digne petit-flls de ce prince à qui Charles - Quint disait :

— On prétend que vous descendez de Fabius Maximus ?

— Oui, sire, répondit le praticien, c'est un bruit qui court dans les rues de Rome depuis douze cents ans.

Le prince actuel, plus fidèle au Pape que le Pape ne Test à lui-même, s'est retiré à Gastel-Gandolfo depuis que les Piémontais occupent Rome. Il dirige de loin la politique de son journal, où la France est toujours respectée, — peut-être en souvenir du comte de Chambord.

On pourrait reprocher à la Voce d'être retirée de tout et de trop pratiquer la maxime que lé mépris est la seule colère du gentilhomme. 11 est un autre journal intransigeant que ce blâme n'atteindra jamais : c'est VOsservatore catholico de Milan,

qu'il ne faut pas confondre avec son demi-homonyme de Rome.

Le directeur du journal de Milan, Tabbé Albertario, est le seul grand polémiste catholique qui reste debout dans Fltalie écrasée. Ce prêtre -— qui a l'honneur de ne pas être prélat — a Fâme de Veuillot, du grand, et la hauteur de sa foi voisine souvent avec les sommets du génie.

Il a, depuis vingt ans, subi toutes les humiliations, tous les outrages, et il réalise le mot de sainte Thérèse qui défiait Dieu de Tempêcher de Taimer, même en la damnant. Si Tabbé Albertario avait voulu les succès d'actualité, il aurait pu en trouver dans le procès de diffamation que lui a intenté la coterie italienne, sous le pseudonyme du professeur Stoppanî. Mais ce penseur voit plus oin que les triomphes de l'heure présente. Le jour où son journal serait Torgane du Vatican, ce jour-là, la presse des deux mondes pourrait s'incliner, respectueuse, et croire la parole de ce prêtre comme la parole .d'un soldat.

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