UNE GRAVE AFFAIRE
La mésaventure de Mg»" Folchi était à peine oubliée qu'un nouveau scandale financier saisissait Topinion.
En janvier 1892, le cardinal Oréglia dî San Stéfano, un des plus importants personnages du Sacré- Collège, camerlingue de la Sainte-Église romaine, évoque de Porto et de Santa-Rufina, était assigné pour le 3 février suivant devant le tribunal civil de première instance à Rome, par M. Amalfitano, exprélat, depuis prêtre interdit.
En sa qualité d'évêque, S. E. Oréglia avait à s'occuper de la surveillance de quelques établissements pieux, administrés par Ms^ Amalfitano, membre du Chapitre cathédral. L'évêque eut des doutes sur l'administration du chanoine et s'en exprima publiquement. Les choses s'envenimèrent et le Pape, dans son autorité souveraine, évoqua l'affaire à son tribunal et la soumit au jugement jd'une commission prélatrice.
Après des mois d'enquête, rinlégrité du chanoine apparut clairement. La commission des prélats rendit une sentence pleine de louanges pour Tadministrateur et Ton crut de la sorte avoir mis fin à cette affaire. Mais M^"* Amalfltano ne l'entendit pas ainsi : cette juridiction exceptionnelle ne lui suffit pas.
a On nà'a enguirlandé dans des compliments, dans des déclarations, dans un jugement à éloges pompeux, mais tout cela verbalement, entre quatre murs, dans une audience privée.
« Je ne demandais qu'une chose, un papier écrit, régulièrement scellé, et constatant que ma gestion avait été honnête. RampoUa me Ta refusé dans les termes suivants :
« Jamais nous ne vous donnerons un écrit que vous pourriez publier. >*
« Publier cet écrit serait le premier de mes droits et aussi mon devoir. L'injure a été publique. Mes collègues, mes amis, mes parents savent par les journaux que j'ai été accusé de dilapidation des finances et je n'aurais pour leur prouver mon honorabilité que des mots I On ne me croira pas et à chaque instant on me jettera à la tête Tépithète de concussionnaire. »
Dans l'espérance de Tapaiser on le berna par des promesses, on lui promit un titre, une distinction
rlflque qui, publiée, aurait prouvé son honoité.
cardioal Oréglia cependant, ne se tenait pas battu ; il disait hautement, devant une assemie quarante dignitaires de son diocèse :
^'affaire Amalâtano n'est pas finie. Je saurai le faire condamner. »
' Amalfitano bondit sous l'insulte, et s'adressa aux tribunaux de son pays. 11 n'avait du reste ^r^ds mén^ements h garder. Sa situation ieuse était ruinée. Dans toutes les sacristies ime, on l'avait af&clié comme interdit, après ir acquitté.
It citer devant l'un des préteurs de Rome par ie diplomatique :
Le cardinal Oréglia pour calomnie; Les cardinaux Rampolla et Monaco La Valetta Qe témoins;
îis' Boccali, auditeur du Pape, et Ma' Marioj, rier participant, également comme témoins, ire devenait plus grave, et allait prendre une lure internationale.
citation lancée par le procureur général ne 18 faite directement au Vatican. Elle y arriva oie diplomatique, c'est-à-dire par le ministère ffaires étrangères.
:te circonstance venait en aide à la Cour ine. Il était inadmissible que l'Europe laiss&t
ritalie entrer dans cette voie nouvelle de persécutions ; on en appellerait au monde entier, et comme ministre du Pape, le cardinal Rampolla adresserait une note aux ambassadeurs des puissances accréditées près le Saint-Siège.
D'autre part, Sa Sainteté décida, après mûre réflexion et de sa propre autorité, que ni Taccusé ni aucun des témoins ne comparaîtraient.
L'opinion accréditée en Cour romaine; opinion irrévocable, se formulait ainsi :
« Mp* Amalfitano avait été jugé pour actes de son sacerdoce par un tribunal ecclésiastique très régulier, puisque ce tribunal avait été convoqué par le Pape. Il avait, il est vrai, été acquitté; il est encore vrai que son jugement écrit ne lui avait pas été remis. Mais où son procès avait-il été annoncé ? L'accusation avait été tenue secrète, le jugement ne devait pas être public.
« Il parlait d'un dédommagement. Mais il n'avait rien à recevoir et son honnêteté était suffisamment proclamée par son maintien dans ses fonctions. Italianissime et partisan des pires ennemis de l'Église, il avait voulu porter un coup droit au cardinal Oréglia que tout le monde sait intransigeant.
€ Le coup ne porte pas : nous, nous ne sommes pas embarrassés, notre conduite est facile à tenir; nous nous retranchons derrière la loi des garanties. Si l'on nous répond que cette loi ne prévoit pas le
isent, nous ajoutons : < Dans ce cas l'insufde la loi est démontrée; c'est ce que nous depuis qu'elle existe ».
sont les gens du gouvernement qui sont ef- Urispi eât été ravi. Il aurait fait exécuter la ienne au Vatican môme manu mililari. Caret camériers auraient été menés de force à e du tribunal.
di Rudini n'a pas cette brutalité ; on peut ir qu'il a fait son possible pour arracher cette le la botte italienne. »
e cette affaire se résumait d'un mot :
f Am&lfltano a fait appel de la justice eclique à la justice civile, le Pape fera appel justice du préteur, à la justice du monde Cette petite affaire pouvait mettre le feu udres. Heureusement, le Roi, dont la réserve utlonnelle est si connue, se mêla directce l'affaire... pour l'arranger, intervention personnelle prévint ce grave
réiat attaché à la Cour (on sait que le Quitcommunié a deux grands aumôniers), un fut chargé de se rendre auprès de S.E. Rana- 1 exposa, au nom du Roi. et surtout de la le plus ardent désir de voir cette affaire se er amiablement.
analStano fut convoqué dans le cabinet d'un
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haut fonctionnaire de la Cour, neveu d'un grand ministre mort.
On exposa au révolté les conséquences religieuses de son appel. Gomme il restait sourd à cette voix, on fit vibrer la corde du patriotisme italien qui est très vif chez le chanoine.
Après un entretien de deux heures avec le haut fonctionnaire, le prélat accepta les conditions suivantes :
!"> Réintégration dans ses honneurs et titres;
2o Réintégration dans sa charge d'administrateur de la succession, cause de tout le mal ;
S"* Lettre de regrets écrite par le cardinal Oréglia ;
4° Réponse d'Amalfitano exprimant aussi des regrets sur sa vivacité.
L'aumônier du Quirinal porta ces conventions au Vatican.
A la lecture de la troisième clause, S. E. Oréglia entra en fureur et *déclara ne jamais pouvoir écrire une lettre d'excuses à un simple chanoine.
S. E. Rampolla imagina comme moyen de conciliation de faire dire au cardinal Oréglia dans sa lettre qu'il avait été trompé par les faux rapports d'un subalterne et que ce subalterne serait révoqué; et tout fut enterré.