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COMTES ET CHEVALIERS

ulier et récent avatar de la Papauté — car MiratioQS papales ne datent que de GiéiYl, — le chef de l'Église des humbles s'est

pour mission de consoler les victimes des Séries européennes. Il panse, avec des I, les plaies faites & la vanité humaine. Les is blessés tendent vers Rome leur habit

de ruban, pour qu'il soit pavoisé, comme après une sécheresse, les croisés tendaient îasques à la rosée.

Ordres pontificaux qui sont au nombre de

I — comme les Grâces— ont, tous, le charme

lux ccBurs français, de porter du rou^ en

rubans.

li de Saint-Sylvestre, qui s'appela l'Éperon

;st rouge liséré de noir.

li de Grégoire XVI est rouge bordé de jaune.

'd peut se réduire à un SI.

L'ordre de Pie IX est bleu coupé de rouge.

Enfin, le Christ est tout rouge, tant il a honte de se montrer là où parfois il est accroché.

On croit que cette dernière décoration est la propriété exclusive du Portugal. Il a' fallu pour faire revenir de cette erreur que Léon XIII mît, un beau jour, la cravate de cet ordre au cou du grand défenseur de la Foi, appelé Bismarck.

Le Christ fut alors donné.

Ordinairement, il est vendu fort cher, un peu plus de trente deniers, et le nouveau Judas porte le titre de cardinal-préfet de la secrétairerie des Brefs.

Dans ses bureaux viennent échouer tous les tentés, qui ne sont pas les saint Antoine de leur tentation, et leur nombre dépasse cent mille par an. Sur ces cent mille personnes, qui aspirent à la récompense de leur zèle pour TÉglise, un millier s'en va satisfait.

Souvent une décoration est Tépingle d'un marché : il y avait une fois — cette fois n'est pas vieille — un auditeur à la Nonciature de Paris, qui, pour ses affaires privées, était en relations avec les usuriers. Pour aider les négociations, le prélat passait à la boutonnière de ces gentilshommes une décoration, qui devait être aussi étonnée de se trouver là, qu'une pensionnaire de se réveiller dans un cabinet particulier.

Quand les décorations ne vont pas par dessus le marcIié, elles sont l'objet d'ua marché.

Financièrement, elles vivent sur un pied d'égalité évangélique.

Chacun peut choisir, entre Saint-Sylvestre, Grégoire XVI et Pie IX, le ruban et la couleur conformes à ses goûts. Seul le Christ est réservé.

Le tilre de chevalier vaut mille cent vingt-cinq francs net. Le titre de commandeur coûte deux mille deux cent cinquante francs. La plaque va jusqu'à quatre mille huit cents.

Tels sont les tarifs oMciels. Il faut y ajouter la lettre épiscopale sans laquelle une décoration ne peut être obtenue.

L'intervention de la Nonciature peut seule dispenser de ce témoignage. Mais cette intervention n'est pas gratuite. L'Église décore ses bienfaiteurs, 11 faut prouver que l'on ne recule pas devant un bienfait.

La meilleure façon d'échouer est d'aller à Home. Il y a des gens qui, au Heu de payer une commission et de rester chez eus, vont courir les rues de la Ville Étemelle et faire lâchasse à la décoration.

Or, les prélats romains n'aiment pas à voir réunis dans leurs bureaux les aspirants aux honneurs de l'Église. Celte réunion risquerait d'être plus gaie que le ballet des matassins de Monsieur de Pmtrceaugnac, surtout si les décorés portaient le

costume auquel ils ont droit : habit vert avec feuilles de chêne en argent, épée avec garde de nacre et chapeau à plumes noires.

Ni ce brillant uniforme, ni la croix ne sont compris dans les frais. Quand le nouveau chevalier est promu, il doit acheter le tout.

A ces droits variés s'ajoute Tinscription sur les grands livres de la chancellerie française. Cette simple formalité ne va pas toujours sans difficultés. Une pièce très modeste est demandée : le casier judiciaire. Récemment, un commandeur de Saint- Grégoire ne put être inscrit. Il avait subi quarantedeux condamnations. La Nonciature fut avertie et à toutes les observations, M«' Rotelli, alors nonce, répondait : « C'était oun si boun cathoz/lique I »

Un autre personnage, qui tenait banque près le ministère de la Justice — il voisinait — avait toutes les décorations pontificales. Mais jamais il n'avait osé risquer les pieds dans notre chancellerie. Il portait ses décorations dans sa poche, quand il allait à un mariage. Dans l'église, s'il n'apercevait pas de policier indiscret, il sortait, peu à peu, crachats, grands-croix et cordons, pour accrocher modestement tout cela sur son habit. Il est, aujourd'hui, parti pour le pays où fleurissent les rosettes.

Malgré ces incidents, les décorations romaines sont fort demandées. Avant Léon XIII, on comptait

les titulaires. Depuis Lui, ils sont devenus forêt. Il suffit, pour obtenir ce que Ton désire, de donner beaucoup, singulière mesure qui rappelle l'archange de TApocalypse estimant avec une règle d'or les murs de la Cité Céleste I

L'année de son jubilé, Léon XIII céda plus de quinze cents décorations.

A côté des chevaliers romains, vivent et triomphent les comtes palatins. Nombre de bourgeois pieux saisissent aux crins ce titre imaginaire et sautent sur le dos ailé de cet hippogriffe héraldique.

SU n'y a rien qui ressemble à une institution comme un ridicule adopté, la noblesse pontificale est bien près de devenir une institution.

Il n'est pas plus difficile d'être comte ou marquis que chevalier de Grégoire XVI. Il suffit de ne pas avoir rendu de réels services à l'Église, d'être inconnu, de faire une demande, et d'acquitter la facture.

Le titre officiel de ce que le monde appelle dédaigneusement les comtes romains, est fort beau. Ils sont comtes du palais apostolique et de la cour de Latran. Le nouveau gentilhomme peut porter une croix d'or, une chaîne d'or et un manteau de velours. Pour les bals travestis, c'est moins joli que le costume de camérier secret. Mais enfin, c'est un uniforme et les comtes du Pape ne vont pas tout nus dans le monde — comme l'Amour.

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Paris possède depuis quelque temps un comte de plus, pas un petit comte au berceau que madame la comtesse, sa mère, ait honnêtement fait en collaboration avec monsieur le comte, son père ; non, certes, mais un barbon de quarante ans qui, couché hier sous un bonnet de coton, s'est réveillé aujourd'hui, coiffé d'une couronne à fleurons :

Déjà, nouveau seigneur, il vante sa noblesse, Quoique fils de meunier encore blanc du moulin, Il est prêt à fournir ses titres sur vélin,

Titres authentiques, ma foi, payés à beaux deniers en cour du Vatican — celte cour républicaine où Ton peut causer sacs et parchemins.

Ce serait plate aventure à raconter que celle du nouveau gentilhomme. Son argent^ gagné dans le commerce des farines, n'a pas d'histoire. Ce fils de boutiquier est venu sur le tard briser sa roture contre le sein d'une marquise, sirène qui lui a fait aimer l'écueil sur lequel il tombait. Il a voulu épouser; la marquise n'entendait aller à l'autel qu'au bras d'un comte, pour le moins. Un respectable abbé, qui servait auprès de la dame comme un bouclier contre la médisance, et s'occupait des plaisirs du jeune homme — honni soit qui mal y pense — en lui faisant faire un mariage, s'est offert comme intermédiaire pour transformer le

n comle. Ainsi a été fait : et l'on dit qu'en a noblesse s'en va ; elle vient, au contraire, alche et neuve, satisfaire le besoin d'inégat souffre une société égalitaire.

lî est amusant, ce n'est pas l'histoire partldu cas actuel, c'est l'histoire générale de ces

titrées à Rome, qui cachent leurs origines le nuit profonde, nuit qui fait aux badauds être la nuit du temps.

deux sortes d'anoblis romains : ceux qui 1 le titre et ceux qui le prennent. Les preichent la date de leur titre ; les seconds se , au contraire, d'avoir obtenu ce qu'ils se Toyé.

a eu, depuis 1831, en dehors des prélats I titres sont personnels, que cent soixante- ; familles françaises titrées par le Pape. Or, deux mille portent des couronnes qu'elles lonliûcales.

t ajouter que la chancellerie française a é à peine quarante brevets. Louis-Philippe mnut vingt, Napoléon III en enregistra i, entre autres ceux de MM. de Rostolan, , de Corcelles et Armand. Enfin, le maré^

Mac-Mahon a recueilli cinq épaves de Le reste a été consigné à la porte de l'était moins qu'il ne s'y soit introduit par l'esca-

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lier de service. Gela vaut alors ce que vaut une carte de visite.

Voici la recette pour obtenir les hochets romains : On peut avoir rendu des services à TÉglise, bien que cela nuise au demandeur et complique singulièrement sa situation. Il faut adresser une demande au Pape, la faire appuyer par un évêque, payer le tarif public, et surtout acquitter le tarif secret. Le titre de duc, qu'on vend aux ténors et qu'on donne aux héros, coûte une centaine de mille francs. Le titre de comte, le plus demandé, vaut vingt mille francs. Avec des commissions bien placées, il est facile d'obtenir des réductions. Mais tout doit, depuis quelques années, être payé d'avance ; autrefois, la facture n'était présentée 'qu'après l'envoi du document.

Il arriva qu'un banquier fort riche sollicita un titre. Les prix furent doublés et après quelques mois de démarches, le bref fut solennellement enregistré en cour du Vatican. L'homme d'affaires se réveilla et se mit à marchander. Il n'envoya que la moitié de la somme convenue. Le cardinal Antonelli, alors ministre d'État, ne s'émut pas et adressa au client un titre ainsi libellé :

tt A M. X..., comte de Monte- Avarico, »

Les quatre cheveux qui dessinaient, sur la tête de l'ennobli, une symbolique auréole, se dressé-

rent sous leur enduit de cosmétique. Le supplément fut vite soldé et le bref rectifié. La leçon servit au Vatican, où aucune leçon ne se perd et, « afin d'éviter les difficultés», il faut maintenant payer d'avance.

Parfois, le Saint-Père envoie à un évoque en mal d'argent quelques parchemins en blanc.

L'évèque peut mettre les noms et toucher le prix. Les titres sont du reste tous anonymes. Us sont sur peau, sans en-tête imprimée, et commencent par ces mots : « Cher fils. » Le titulaire n'est jamais nommé dans le cours de la lettre et la suscription se trouve au dos du vélin. Le cachet du Pécheur scelle le tout, et un cardinal signe.

Les titres ne sont pas exclusivement réservés aux hommes. Pour quatre mille francs une honneste dame peut être comtesse non héréditaire. Ce serait pour les actrices retirées plus économique que leur sport habituel du mariage avec un vrai gentilhomme ruiné.

Si beaucoup de gens sollicitent les titres pontificaux, très peu tiennent à se vanter de cette acquisition. Un entrepreneur de notices généaloliques, gratteujp d'écussons, adossé depuis longtemps à la colonne de la vanité humaine, eut récemment l'idée de publier une liste des gentilshommes romains. Il adressa une circulaire aux familles frappées de cet honneur, demandant la

modeste somme de cent francs pour insertion dans son dictionnaire, avec armes à l'appui. Plusieurs personnes répondirent en offrant le double du prix qu*on leur demandait, mais à condition de ne pas être citées. Le généalogiste ne perdit pas pour si peu son petit équilibre commercial. Il retourna sa proposition et publia une liste où furent seulement inscrits ceux qui avaient refusé la rémunération.

Tous les titres du Pape ne sont pourtant pas d'origine inavouable, et j'en sais que leurs propriétaires peuvent porter fièrement. Quelques-uns ont été gagnés sur les champs de bataille et perpétuent dans les familles, très nobles d'ailleurs, le souvenir de journées, où la gloire se teignit de sang. Tels, les marquis de Pimodan, créés duc de Castelfidardo, en souvenir de la bataille où leur père mourut, comme on meurt dans cette vieille maison. Tel aussi le colonel d'Albiouse, créé comte romain avec cette pieuse devise :

Pro Pétri Sede.

D'autres ont gagné leurs titres en rendant service à l'Église dans les colonies lointaines ; M. Charles Dillon, ministre plénipotentiaire de France, résident supérieuf en Annam, reçut par la Propagande le titre qu'il n'avait pas sollicité.

M. de Mouy, ancien ambassadeur de France près le Quirinal, est comte du Pape ; ce qui prouve que

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XIII accueillerait volontiers près de lui, malon passage à la cour du roi Humbert, ce uate. M. de Mouy remplacerait avec avanie malheureux Lefebvre (de Behalne), créé ! par erreur en janvier 1870.

peut encore citer des gentilshommes de e qui ont été titrés par les Papes, depuis les [nont,ducdeCaderousse,]usqu'auxO'ConDell, eaux descendants des princes irlandais de ond.

ites romains, M. de Poli, un préfet comme le Mai aurait dû en avoir beaucoup; M. de Reiset même sans ancêtres, serait un grand (ur ; M. Roselly de Lorgnes, l'historien dont s beau titre est d'avoir été, avec génie, cbevae plume et d'épée au service de Christophe ib ; les Brimont, qui, vicomtes français, ont eu L goût de ne Jamais porter leur titre de comtes rmello.

nnent ensuite les bourgeois de Paris, d'assez : roture, pour ne s'empanacher qu'en souriant irs masques nouveaux ; les Riant, les Werlé, ite Yvert enân, sage descendant des célèbres ■es.

premier rang, par droit d'alphabet, devrait tenir dans une liste complète aux Abeille, comtes en 1852.

Fischer, dit de Chevriers, veuf de M"" de

Persîgny et mari de je ne sais qui, appartient aussi à la chronique judiciaire pour avoir perverti un fonctionnaire de l'état civil.

Cueillons encore quelques noms au hasard de la plume dans le monde parisien :

M. Girard du Demaine, le mari de M'^* de Rémusat ; M. Jacquemont, très connu ; M* Hennecart l'époux de M^^'^de Mackau; M. Janvier de La Motte, dont les armes sont d'azur au vol d^ argent y M. Relier, né à la noblesse en 1890 ; M. Le Gonidec de Penland, un disparu involontaire ; M. Martinet, qui n'est pas l'anarchiste connu ; M. Rochaïd- Dahdah, un cheick maronite naturalisé français.

La liste pourrait se terminer par un Salvator et un Salomon qui sentent les croisades... côté des Infidèles.

On connaît maintenant la fleur française du panier héraldique, posé sur les tables du Vatican.

De tous ces titres romains, le monde plaisante d'abord ; il se tait ensuite et finit par les coller au nom de ceux qui les ont payés. C'est la victoire de l'habitude sur la Médisance, cette déesse inconstante qui veut chaque jour des sacrifices nouveaux. C'est avec la vanité que se pansent les blessures faites par le monde à la vanité. On aurait tort de croire que la moquerie empoisonne le bonheur des titrés nouveaux, ils sont les Mithridates du ridicule^

irables aux poisoas que distillent les guêpes ■n.

lècle après la Révolution, il est doux aux aal nées de pouvoir réparer Tinjustice du urtout en France où nous sommes attirés s honneurs comme le cercueil de Mabomet ttiré vers la voûte de la mosquée. Ne nous pas : la chancellerie du Vatican est ouverte s jours de deux & quatre, sauf le dimanche.

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