LE CONGRES DE MALINES
Les catholiques français, ces intrépides qui, un Jour, au nombre de trente mille, sur la colline de Montmartre eurent besoin de dix sergents de ville pou^ les défendre contre quatre-vingts voyous pâles, ces catholiques là n*ont pas Taudace de se réunir en France. Ce n'est pas la peur du Gouvernement qui les arrête ; c'est la peur d'eux-mêmes. Car le son de leur voix douce fait trembler leurs oreilles.
Voilà pourquoi de temps en temps ils vont chez les catholiques belges, gens dont les aptitudes pour le ridicule sont si complètes, qu'ils auraient depuis beau temps ridiculisé l'Église, si cette hautaine pouvait être atteinte par la sottise de ses serviteurs.
Les réunions en pays flamand avaient un intérêt lorsque les catholiques allemands venaient y étudier et y discuter, avec nos compatriotes, les questions religieuses, à l'époque où l'empire n'eut pas
permis aux catholiques de se réunir en terre française. Le terrain neutre de la Belgique convenait admirablement pour ces rencontres pacifiques, où les paroles se croisaient comme des fers.
Il faut l'avouer : les Congrès catholiques étaient autrefois des réunions de savants, où les questions curieuses comme les questions pratiques étaient discutées avec simplicité, élévation et piété.
Aujourd'hui, ce sont des revues de parade où des prélats moitié laïques, se rencontrent avec des laïques moitié prélats, pour se féliciter les uns les autres, luncher maigrement et entendre de la musique. Ainsi le Congrès de Malines en septembre 1891, fut coupé par des concerts où Ton exécuta des morceaux tenant un juste milieu entre l'opérette et l'oratorio.
Du reste, dans ce fameux Congrès aucune discussion importante n'eut lieu. Pas un rapport, pas un document qui reste de cette Assemblée, comme une solide pierre commémora tive.
Les intérêts du bas clergé, ce dépôt sacré et né^ gligé, ne furent pas même mis en question, et dans l'Assemblée générale les orateurs se contentèrent de célébrer l'union de la Foi et de la Science, ce qui n'est pas un thème très nouveau. Ils ne songèrent pas d'ailleurs à y porter — un seul excepté — cette originalité qui est l'ongle du lion en fait de talent.
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On ne voit pas du tout l'utilité d'une telle Assemblée pour rÉglise et pour la France. Mais on comprend quel béuéûce net la Belgique a pu en retirer : les quôtes succédèrent aux quêtes en faveur de ce Congo, oii le roi Léopold s'est taillé un coûteux empire.
L'œuvre secourue s appelle Œuvre de Matadiy et elle a pour but de lester les missionnaires belges qui vont évangéliser six mille ouvriers non moins belges, occupés à créer un chemin de fer encore plus belge.
On parla cependant entre les quêtes et les concerts, et la France y eut trois orateurs principaux : Mff" d'Hulst, le Père Dîdon et M. Denys Cochin.
Il faut dire ce que sont ces trois hommes, représentants officieux de la France chrétienne dans toutes les Assemblées internationales. C'est une profession comme une autre.
M«' d'Hulst est le prélat romain qui a su transformer rinstitut catholique de Paris en une école primaire et qui menace de faire tourner les conférences de Notre-Dame en sermons dans le désert.
A Malines, il saupoudra son discours du givré de morgue et de haine qu'il répand sur tous les auditeurs. Il montra une fois de plus cette faculté que ses amis appellent une merveilleuse faculté d'assimilation et que les indif[érents confondent avec une prodigieuse mémoire, lui permettant de rejeter,
en termes académiques, le trop-plein de ses lectures. Cet homme de réverbération littéraire joue àl'équilîbre sur la pointe d'une science de dictionnaire, et l'auditeur croit toujours entendre pour la seconde fois ce que Ms' d'Hulst dit pour la première.
Il n'a qu'une ambition au monde : paraître dédaigneus. Sa voix, son geste sont étudiés pour ce seul résultat. Se croyant grand aumônier d'une cour à laquelle le trdue fait défaut comme l'autel, le recteur de l'Institut, dit catholique, se croit obligé de jouer au prélat d'ancien régime. Il ne cause jamais, il protège toujours et s'il tend sa main — trop grande — c'est pour l'offrir à baiser.
Sa vie a été une longue suite de déceptions : il s'est muré dans une philosophie éclectique mise à la portée de sa foi tiède. Il s'est couvert d'idées politiques vagues où le Roi se marie en justes noces avec la Révolution, et où l'Église tombe dans les bras de tous les concordats. 11 tend une main d'aveugle à l'Avenir et de l'autre essaye de se raccrocher au Passé.
Otez de dessous cet esprit les Vérités immuables de la Religion et il s'éteindrait comme le cierge tombé de son candélabre.
Il ne vaut que par l'Église gui n'a jamais rien gagné à. la protection qu'il daigne lui accorder; elle lui a donné un manteau violet où se draper, une doctrine où se loger. Hors ce refuge, il ne serait
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qu'une momie sans parfum et sans bandelettes, fluant de toutes parts dans des cathèdres trop vastes.
Autre est le Père Didon : Ténor d'Église il séduit par sa parole, les clientes de la Madeleine et de Saint-Thomas-d'Aquin. Après s'être créé une spécialité de sermons peu faits pour des laïques, il a calmé ses ardeurs, et ses discours ne sont plus aujourd'hui que des réclames pour le collège quil dirige.
Du Père Didon revenir à M. Gochin, c'est reculer. L'esprit de cet orateur est sec et pelé comme une tête frappée de la teigne. Il s'est fait, à Malines, le colporteur naïf des préoccupations du boulevard. - Il a parlé de la Russie et il a vu, dans les fêtes de Gronstadt, la préface de l'union de l'Église russe avec l'Église romaine. On aura décidément tout vu dans ces fêtes, comme l'on voit tout dans un nuage parce qu'il n'y a rien, comme l'on voit tout dans la mer parce qu'elle est le plus menteur des miroirs.
L'Empereur de toutes les Russies sera sans doute médiocrement flatté d'avoir pour confesseur le laïque M. Gochin. Sa Majesté est cruellement punie d'avoir envoyé un télégramme à un Gonseil municipal I Pour lui prouver combien ils l'aiment, les Français veulent lui ôter la moitié de sa couronne.
On comprend que pour traiter de pareils sujets,
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il faille aller à Malines et parler belge. Si M. C^hin n*a pas perdu son temps, les évéques et les docteurs ont perdu leur mitre et leur barrette dans une course folle au lieu commun. Il faut espérer qu'ils n'y reviendront plus, et que Malines a vu son dernier Congrès.