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PANAMA DE SACRISTIE

C'était aux funérailles du cardinal Bemardou : sous une pluie de Hollande, les évèques avaient défillé et, au milieu d'eux, on avait vu passer le costume chinois de M. d'Hulst.

J'avais pour voisin un chanoine de superbe et gaillarde encolure, paysan d'origine, qui s'était décrassé et jouait au prélat d'ancien régime.

Le rose de son teint n'était ni couperosé, ni fatigué, ni frelaté. On devinait que cet homme ne devait pas avoir eu, dans la vie, le chagrin facile. Pourtant il pleurait, comme pleurait seul le ciel, ce jour-là :

— Vous regrettez bien vivement le cardinal ?

demandais-je d'une voix émue.

Le chanoine me regarda, il me trouva sans doute la figure large et bonne, et, en ces termes, il me confia son chagrin :

— Ah I monsieur, nous ne le remplacerons jamais. Personne ne connaissait comme lui les af-

faires de la Bourse. Ce bon cardinal! il doublait nos appointements en les faisant fructifier dans un jeu honnête. Ainsi, Tannée de la dernière émission du Panama, mes petites économies m'ont rapporté vingt-cinq pour cent.

Si le cardinal avait fait prendre à ses chanoines un bain excellent de Panama, il n'avait pas été eti cela une exception. Toute la catholicité a trempé les pieds dans les eaux du Panama, depuis le Pape qui perdait en jouant jusqu'aux prélats incertains qui gagnaient en touchant des commissions.

Les Lesseps, comment qu'ils soient jugés par l'actualité, resteront dans l'Histoire les tristes et pâles victimes du plus formidable chantage qui ait jamais été mis en musique.

Au temps glorieux oti les finances du Vatican valsaient sous l'archet de Us^ Folchi, on joua sur Panama. Mé^ Folchi, lui, touchait une commission de cent francs par titres achetés pour le compte de son maître. De son côté, le journal ofQcieux de Léon XIII battait la réclame à trois cents exemplaires autour des émissions et touchait vingt-cinq mille francs en la personne vénérable de Mê'^ Galimberti, alors prélat romain, aujourd'hui cardinal et pro-nonce à Vienne.

Dans une autre circonstance et par intermédiaire diplomatique, le même Galimberti soutira trente mille francs à la Compagnie pour avoir conseillé

à Léon XIII Tachai de trois cent mille francs de titres.

La politique du Vatican était à cette époque toute germanique : on s'occupa surtout du Panama dans les caisses romaines, au moment où M. de Lesseps fut reçu triomphalement à Berlin.

Comme l'opérette ne perd jamais ses droits dans cette Cour de Rome, qui eut jadis ses ballerines et des prélats pour mesurer les tutus de ces dames, il y eut autour du Panama des exploitations follement gaies.

Un auditeur de nonciature alla un jour chez les administrateurs du Canal et proposa à Tun d'en* tr'eux de faire souscrire les personnages de la Cour romaine pour tant d'obligations, à la condition que la Caisse du Panama paierait la note du prélat chez un bijoutier du boulevard. La note était modeste. La Compagnie accepta. La facture fut acquittée, mais les actions ne furent jamais souscrites.

Plus habile et plus honnête fut Taumônier d'une grande dame. Il allait tous les ans porter au nom de sa maîtresse une large aumône au Vatican. Il avait acheté, pour son compte personnel, un assez gros paquet d'actions du Panama. Quand ces titres baissèrent, il les offrit au Saint-Père et garda le chèque que lui avait remis la grande dame.

A côté des joueurs importants, se glissaient des

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quêteurs plus modestes. Ceux-là n'achetaient pas, ne vendaient pas. Ils demandaient des courtages.

Il y a dans Paris un affreux petit vicaire dont les yeux divorcés effrayent les enfants du catéchisme. Ce personnage de mère juive convertie ou pervertie, avait cinq pénitentes veuves, riches et confiantes. Il demanda une honnête commission pour placer à ces pauvres hirondelles d'église quelques actions du Panama.

Gaie aussi l'histoire de ce haut personnage de l'archevêché de Paris, célèbre parce qu'en fait de ton, il a l'ignorance de ce M. de Corbières qui mettait son mouchoir taché de tabac sur le bureau de Louis XVIII.

Chaque fois que l'abbé dînait en ville, il disait, en se frottant les mains : « J'ai encore acheté cinquante Panama ce matin. » On prétend que ce prêtre, homme sandwich des salons demandait vingt-cinq francs par jour pour cette réclame régulière.

En France, le clergé ne négligea pas cette bonne affaire. Les grands journaux catholiques eurent une certaine réserve dans leurs conseils. Parmi ceux-là on peut citer VUnivers et le Mende^ qui ont peut-être d'autres défauts, mais qui gardent leur empire sur le public catholique parce qu'ils ne sont ni à vendre ni à louer.

Les premiers rôles furent donc joués dans le Pa-

nama par des comparses ; 11 se fonda des feuilles

aux tllres mystiques dont le but était d'exploiter le

é. Ce qu'il est mort de Rosiers de Marie, de

wns de saint Joseph, depuis la liquidation de

ma est incalculable.

directeur d'une de ces feuilles est aujourd'hui logé & Mazas, et son journal, mis en faillite, a 'endu pour trois cent cinquante francs y com- • le bref approbatif de Sa Sainteté Léon XllI. > I personnage, qui portait presque le nom d'un .nal avait Imaginé de syndiquer toutes les seles religieuses de France. Il y en a quatret. Soixante répondirent à l'appel et te courtier >rça d'introduire Jusqu'à la dernière minute, les âmes des prêtres, l'huile adoucissante que on Samaritain fit couler dans les blessures tiomme a qui descendait de Jérusalem à Je-

personnage a touché plus de six cent mille is en dix ans pour la seule affaire du canal, journaux religieux n'en profitèrent pas, mais inuèrent à insérer pour cîuq cents francs par es appels aux bourses pieuses, côté de la publicité écrite, voici la publicité le. Un haut fonctionnaire du Panama disait un : « Je serai obligé d'avoir un secrétaire spé- )our recevoir les membres du clergé. ■ s membres du clergé ne venaient pas au gui-

chet pour acheter, ils venaient pour demander des commissions. Parmi eux, dominaient les précepteurs, ces prêtres sans scrupules, dont la jupe a des airs de robe de bonne d'enfants et des coupes de livrée. Ces abbés, honte du clergé, chassés de diocèse en diocèse, et échoués sous la houlette enrubannée de l'archevêque de Paris, venaient toucher cent francs, deux cents francs, quelquefois plus, pour conseiller à leurs maîtres le placement des actions. Tel fut le rôle de TÉglise dans les affaires du Panama.

Tout cela prouve que lorsque le prêtre descend les marches de Tautel et laisse derrière lui le Christ placé sur le tabernacle, il court à tous les vices.

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