IV AU LECTEUR
(t ou nous honorent de leur confiance , vont tourner « vers nous leurs regards affligés et nous deman- M-der tous les détails du malheur qui vient d'arri- «ver. Au milieu de vous, nous diront -ils, notre « noble vieillard a expiré : vous devez tout savoir : (c ne nous laissez donc pas ignorer si la nature lui. a « épargné des douleurs que sa vie ne dut pas mériter j u si son ame pure et bienfaisante s'est élancée sans « peine pour rejoindre celle de Fami , du père de «sa jeunesse; s'il a pu conserver jusqu'à la fin cette «intelligence élevée, immaculée, qui fut long-temps « notre guide et notre idole ? oh ! sur-tout , dites-nous (( si, en éprouvant la pénible transition de cette vie à «l'immortalité, rien n'a pu ébranler sa conviction de «notre fidélité, de notre amour? Ne lui a-t-il pas «été permis, à son heure suprême, de jeter un « dernier regard sur sa grande famille américaine , de «la bénir d'une dernière parole?.... Elle, qui l'aima
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« tant! elle, que son souvenir, son approbation enivra w si souvent d enthousiasme ! elle, qui est aujourdliui w réduite à offrir un vain culte à sa mémoire ! Vous , « monsieur, vous pouvez nous fournir le moyen de ré- « pondre à nos concitoyens ', et vous ne voudriez point, «j aime à le croire, que nous restassions muets à leur w légitime appel.
« Je le sens bien, monsieur, j'ai déjà trop occupé « votre attention ; mais vous me pardonnerez sans « doute, en réfléchissant combien il doit être difficile « pour une personne de mon pays de ne pas s'épancher « en parlant d'un tel sujet. Je termine donc, en répé- « tant la prière, de vouloir bien employer quelques ((instants du loisir que vous pourrez dérober à vos ((importantes occupations, pour rassembler vos sou- ((venirs encore tout récents sur les actions de la ((vie privée et les derniers moments de notre La- ((fayette; et de me permettre de les transmettre à
VI AU LECTTEDR.
« ma famille et au gouverneur de mon État, à qui c( je serais hçureux d offrir une preuve si éclatante de u mon amitié*
« Agréez, monsieur, Tassurance] de la très grande a considération que je partage avec tous les étrangei^ « pour vos talents, et de la profonde reconnaissance que «j'éprouve, comme Américain, pour les soins que ii vous avez prodigués au grand citoyen pendant cette « maladie fatale qui vient de l'enlever à l'Amérique et
(( à la France.
(( Isaïah TOWNSEND. »
Il m'était difficile de ne point répondre à la juste et touchante demande d'un homme qui savait si bien apprécier les vertus de Lafayette, et me parlait au nom de ses concitoyens. Je voulais d'abord j^e lui écrire qu'une seule lettre; mais, à mesure que je pensais à la réponse que je devais faire, les idées se présentèrent en si grande abondance à mon esprit, que je fus
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réellement embarrassé dans mon choix. Lies vacances de la Faculté approchaient, et je me décidai à profiter du temps quelles me laisseraient, pour composer une série de lettres que j'adressai successivement à M. Townsend. D après sa demande, je Fautorisai à les communiquer à ses compatriotes; il eut la patience de les traduire; et sa traduction, plus correcte que le texte original, fut insérée dans lui^ des journaux de New-York, ÏEvening^Star. Ces lettres revinrent en France, après avoir reçu en quelque sorte le baptême de FAmérique, patrie adoptive de Lafayette« Plusieurs personnes en eurent connaissance à Paris et m'en parlèrent MM, Galig^nani me proposèrent de les publier, dans la persuasion où ils étaient qu elles intéresseraient nos compatriotes. Puissent-ils avoir deviné juste !
Je ne savais trop quel parti suivre ; je me sentais peu disposé à publier des lettres écrites à la hâte, le plus