‹ Souvenir d'un enfant du peupleChapitre 3 sur 9 · LE MOYEN DE RAJEUNIR · texte numérisé non relu

LE MOYEN DE RAJEUNIR

celui-ci qui remporte. J'ai beau vouloir me cramponner à notre monde positif, pour lequel, soit dit en passant , je me sens un grand fonds de tendresse , la force supérieure qui agit sans relâche parvient peu à peu à m'en détacher, et je me .vois, bon gré mal gré, poussé dans ce vaste domaine de l'illusion , qu'on est convenu de nommer le monde des idées.

Ce n'est pas , après tout , que je m'y trouve trop mal à l'aise ou que je m'y croie absolument dépaysé; accoutumé que je fus de bonne heure à m'arranger à peu près de tout , et à me faire, selon le temps , le lieu et la circonstance , tout aussi bien litière de paille que de duvet, je m'accommoderais volontiers de cet à part moi , qui ne manque ni de volupté, ni de charmes, s'il m'était toujours donné d'en pouvoir jouir sans conteste ; mais s'isoler complètement n'est point chose facile quand le ménage est nombreux , et qu'on loge à l'étroit au milieu d'une nichée d'enfants jaseurs et passablement mutins; aussi , quand je viens à être pris de l'accès noir (c'est le nom que ma femme a donné à mes rêveries intermittentes), il faut qu'après avoir lutté en vain contre lui , je rassemble de nouveau mes forces pour livrer combat à la bruyante et impitoyable gaieté de mes

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