DÉPART
A mon arrivée, je trouvai sept ou huit invitations pour des soirées, bals, diners, ete. J'assistai à un grand bal chez le Gouverneur. Dix-huit cents personnes étaient réunies dans des salons brillamment illuminés. Les toilettes étaient magnifiques et si variées qu'il m'est complétement impossible de les détailler.
Je n'hésite pas à dire e nos bals de Préfecture sont loin de valoir ces belles réunions canadiennes, où règnent cette intimité et ce sans-facon qui n'excluent ni la dignité ni le savoir-vivre. J'admire ce beau pays où la seule noblesse est celle acquise par le mérite personnel et le travail. Le commerce est la position la plus recherchée et la plus honorée, parce qu’elle est la plus laborieuse et la plus lucra-
tive. En France, dans certain milieu, le commerçant
re
n'est pas considéré comme il le mérite; une certaine classe se croit supérieure, on ne se voit pas : là, au contraire, personne ne rougit de son métier, chacun travaille dans sa sphère, les uns riches, les autres pauvres; mais tous se retrouvent sur le chemin de l'égalité dans l'honneur, et de la fraternité dans les sentiments.
Et puis c'est si drôle à étudier de près ces mœurs canadiennes; dans les bals, les jeunes filles ont beaucoup de liberté. On leur demande une ou deux danses de suite, on fait un tour de valse, et après on va s'asseoir dans un coin, sur les marches d'un escalier, et là on jase de choses et d’autres. Dans ces entretiens à deux, le jeune homme flatte la jeune fille (et qui flatte mieux qu'un Français ?), lui dit qu'elle est charmante, ete. C'est alors que celle-ci s'épanouit, que son cœur bat!let le jeune homme est choyé, fêté, on le veut partout.
J'en reviens au bal du Gouvernement, qui, comme je le disais plus haut, fut extrèmement brillant. La foule était si grande qu'il était presque impos-
sible de danser.
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Miss Macdonald recevait ses invités avec une grâce charmante, Malgré la saison avancée, elle avait un magnifique bouquet de roses blanches, A minuit, un souper des plus recherchés fut servi, et le champagne, qui au Canada est hors de prix, y coulait avec abondance,
Vers Ja fin du bal, le Gouverneur m'invita à un petil souper de privilégiés. A quatre heures du matin, nous nous mimes à table ; nous étions dix à peu près,et je vous laisse juges de la gaieté qui régna tout le temps de notre petit banquet. Au dessert, le gouverneur se leva et, en quelques mots, il dit qu'il était heureux d'avoir un Français à sa table pour lui exprimer toute la sympathie que le peuple canadien ressentait pour la France. Puis il but à ma santé, Je répondis de mon mieux et portai un toast à mes illustres hôtes, ainsi qu'à tout le peuple canadien, qui me faisait un accueil si chaleur'eux.
Une surprise m'attendait à la fin ; Miss Macdonald m'offrit son bouquet, attention délicate qui acheva
de me faire aîimer cette excellente famille,
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Les deux mois qui suivirent ne furent qu'une série de fètes pour moi. L'hiver était arrivé; le grand lac Ontario commençait à geler, la neige tombait en abondance, et le thermomètre descendail jusqu'à vingt degrés au-dessous de zéro. Je me fis confectionner un grand pardessus appelé wlster et J'achetai une toque de fourrure.
Puis, le froid augmentant de jour en jour, les voitures disparurent et furent remplacées par des traineaux. Les affaires commerciales n'étaient plus aussi actives, aussi, de deux à quatre heures, King street était sillonné par une foule de sleighs (traineaux).
Ce fut une grande distraction pour moi que les promenades en traineau. Presque tous les jours, vers deux heures de l'après-midi, on me voyait passer avec un joli petit traineau et deux chevaux noisette, que j'affectionnais beaucoup et qui filaient comme le vent. Une multitude de petites sonnettes, ornées de rubans tricolores et fixées sur la sellette avertissaient les promeneurs du passage de mon
joli véhicule, Pour compléter ce tableau, j'avais de
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temps en temps une jeune fille à mes côtés, avec laquelle je causais anglais à gorge déployée, Quelquefois, le froid était si intense que j'avais les mains littéralement gelées, malgré mes gros gants de fourrure; alors, avec un dévouement surhumain, ma charmante compagne prenait les rênes et conduisait elle-même ; je n'avais plus qu'a m'enfoncer dans mon pardessus, à rabattre ma toque et à me laisser emporter au gré de ma jeune Canadienne, dont la hardiesse et l'habileté étaient admirables,.
Le soir, vers quatre heures, j'allais au Skating Rink, où J'apprenais à patiner. Inutile de dire que les Canadiens patinent dans la perfection dès leur plus bas âge; aussi, pendant les cinq mois de l'hiver, ils s’en donnent à cœur joie.
J'arrivai ainsi à Noël, reçu, fèté partout, et coulant par conséquent des jours fort agréables.
Noël ou Christmas est, de mème qu'en Angleterre, le grand jour de fête au Canada. Toutes les maisons sont ornées de verdure ; on fait des échanges de
‘adeaux, et le soir a lieu un grand banquet composé
exclusivement des membres de la famille, Comme je 3*
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