NEW-YORK. — SES RUES. — SES CARS. — SES MOŒURS
Nous voici donc à New-York, après treize jours de traversée, La douane fut très-coulante à mon égard; on me fit ouvrir une malle seulement, et je jurai ensuite sur la Bible qu'il n'y avait rien dans les autres. Si on a quelque chose susceptible d’être imposé, on n'a qu'à mettre un ou deux dollars dans la main du contrôleur, et tout est dit : c’est plus expéditif,
En sortant de la douane, nous primes, mes amis et moi, une voiture qui nous conduisit directement au Fifth avenue hotel, maison de premier ordre, où nous descendimes, afin de nous rendre un peu compte de la vie américaine. Ce magnifique hôtel est situé sur Madison square, une des plus belles places de New-York, et au milieu de la plus grande avenue.
Il serait difficile de donner une idée exacte de la
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vie et de l'agitation qui règnent dans cet immense établissement. Les couloirs très-vastes et très-longs sont remplis de monde, causant affaires; car il y a cette différence avec les hôtels français, que tout le monde peut entrer, circuler, etc., dans les hôtels américains, qu'on ne peut mieux caractériser qu'en les appelant des grands rendez-vous publics. Des nuées de domestiques sont là, attendant le moindre signal pour exécuter vos ordres; on trouve sous sa main tout ce que l’on désire, télégraphe, journaux, coiffeur, chapeliers, tailleurs, etc. Tous les corps d'état y sont représentés.
Un magnifique ascenseur vous évite la fatigue de monter plusieurs étages; les chambres sont spacieuses, les lits d’une largeur exagérée; le gaz partout ; des robinets d'eau froide et d'eau chaude dans tons les appartements, des bains à tous les étages, etc.; en un mot un confortable qu'on ne rencontre pas dans un autre pays. Quant à la table, elle est complétement américaine, beaucoup de roast-beef, beefsteak, dindons, etc., des pommes de terre à toutes
les sauces, Comme breuvage, du café au lait au
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déjeuner; un verre d’eau glacée, de la bière ou du lait à diner; du thé au souper, etc.
En somme, la cuisine française est la première du monde, et la preuve, c'est qu'il n'y a pas à New- York un hôtel un peu fashionable, qui n'ait un Français comme chef de cuisine.
Comme conclusion, le Fifth avenue Hotel est une maison où l'on voit beaucoup de remuement, de trouble, d'agitation, mais où l’on ne rencontre pas cette politesse exquise ni cette urbanité, qui font le charme des grands établissements francais.
Avant de donner quelques détails sur la ville de New-York, je me hâte de dire que notre Paris sera toujours la plus belle ville du monde, et que New- York aura fort à faire avant de pouvoir lui être comparée.
Cette ville est très-remuante, il est vrai, mais à part quelques rues et quelques avenues, tout le reste est sale et mal pavé. Ce qui contribue à rendre la ville sale, ce sont ces innombrables tramways qui
la sillonnent dans tous les sens. Je ne connais pas
une seule rue qui ne soit dotée de lignes ferrées; c’est
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très-commode, je n'en disconviens pas, mais ça abime une ville et c'est fort dangereux pour les piétons. Aussi a-t-on établi, aux endroits les plus fréquentés, des traversées en dalles, Un policeman est spécialement chargé de veiller sur ce point à ce que les passants ne soient pas écrasés, IL faut le voir s'acquitter de sa besogne, prendre très-paternelle-
ment par la main une dame et un enfant et les con-
duire du côté opposé de la rue, en arrêtant toutes
les voitures sur le passage. Gette précaution est très- î I goûtée par les Américaines, qui font des détours < Ki considérables pour se faire piloter par l'agent de la : V
\N force publique. À
On m'a expliqué que, si on avait le bonheur de se 4 4 ee | ] faire écraser sur les dalles de traversée, on aurait 4
droit à une forte indemnité; mais que, si par malheur cette.aventure vous arrivait au moment où vous êtes sur le pavé, même tout à côté des dalles, nonseulement vous n'auriez droit à aucune indemnité, mais encore le propriétaire de la voiture pourrait exiger de vous des dommages-intérêts pour l'avoir
retardé dans sa marche.
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Les Américains, ayan! trouvé trop lent le transport par les tramways ordinaires, ont inventé des chemins de fer aériens, reposant sur des piliers de fonte et passant dans les rues à la hauteur du pre-
mier étage. Inutile de dire qu'en dessous la cireula-
…. tion n'est pas du tout interrompue.
‘1 Voici ce qu'on m'a raconté à ce propos :
Une dame, qui venait d'acheter un charmant petit hôtel dans une des plus belles rues de New-York, part pour la campagne et revient au bout de cinq ou six mois s'installer définitivement dans sa nou- … velle demeure. Elle arrive pendant la nuit, dort d'un —. profond sommeil. Le lendemain matin, des roule- À ments de tonnerre, des sifflements effroyables la
réveillent ; elle court à sa fenêtre,
Belle, sans ornements, dans le simple appareil
D'une beauté qu'on vient d’arracher au sommeil,
et que voit-elle? un train qui passe à toute vitesse
devant elle, des têtes de voyageurs curieux à toutes … les fenêtres.
La dame s'’évanouit.
ÿ:] IE En revenant à elle, sa première idée, avant même de fermer la fenêtre, fut d'envoyer chercher son Î avocat et d'intenter un gros procès à la Compagnie. La maison qu'elle avait achetée 200,000 dollars ne ki | , | valait plus que le quart de cette somme | « Mais, lui répondit le tribunal, vo’s avez le droit k de la revendre. » Il y a à New-York ie quartier d'habitation et le | quartier des affaires. Dans le quartier d'habitation, nt les maisons sont construites soit en brique, soit en r pierre couleur chocolat. Elles sont presque toutes s sur le même modèle : sous-sol, rez-de-chaussée avec ( El perron et deux étages. L'intérieur est très-confor- d ‘4 | table et n'a rien à nous envier, fà |
Dans le quartier des affaires, les maisons sont
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construites en fer ou en marbre, et on rencontre çà à le et là d'immenses palais où se tiennent soit des re banques, soit des marchands de nouveautés ou : p des bijoutiers, ete. Les cafés sont inconnus à New- hi
York ; si on désire prendre quelque chose, on entre lc
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dans un hôtel et on se rend à la buvette, ou bien on LY:
descend dans des soubassements, dans des tavernes de sa
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ion et le bitation, , soit en 1e toutes ssée avec
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sons sont contre çà soit des autés ou s à Newon entre
bu bien on
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où l'on prend du «lager bier». Jamais on ne s’asseoit.
Autant les jours sur la semaine sont animés, autant le dimanche est triste à New-York. Ce jour-là est considéré comme un jour de recueillement et presque
de pénitence.
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Dès le samedi soir, trois heures, tous les magasins
RE n OUUIES
ferment, les chemins de fer ne marchent pas; 1n
poste, le télégraphe ont clos leurs portes. Les
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tramways sont moins nombreux ; les théâtres font relàche ; les boissons alcooliques, la bière même
sont prohibées, Dans les maisons où il y a un piano
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(et il y en a partout), on évite de jouer des morceaux