INTRODUCTION XXI
blit aisL'mcnt un premier point : on ne saurait se targuer du principe économique, laissez faire, laissez passer, pour abandonner à l'initiative privée l'instruction secondaire, la seule dont nous ayons à nous occuper ici, parce que c'est la seule dont il parle dans les Souvenirs. Le système de la liberté pure mettrait bientôt en déficit cette industrie d'un genre nouveau, vu les capacités exigées et le personnel nombreux à rémunérer*. Un autre motif, bien plus grave, révèle surtout ce qu'aurait de désastreux une telle liberté. En tous lieux et fatalement, on substituerait la préparation à l'éducation, l'utilité passagère et prochaine à l'avantage réel mais méconnu, plus durable mais éloigne. En d'autres termes, les parents, sans s'apercevoir qu'ils le faussent et le dénaturent radicalement, demanderont à l'enseignement secondaire d'être le vestibule de carrières déterminées et professionnelles. Et s'il est vrai, comme il sera dit plus loin, que ce danger reste menaçant dans un système d'organisation où l'Etat garde le droit de direction et de protection, combien n'est-il pas à redouter lorsque cette direction fait défaut. N'allons pas nous méprendre ici sur la pensée de Cournot : il ne va point jusqu'à réclamer en faveur de l'Etat le monopole de l'enseignement secondaire. « Par le seul effet des sollicitations de l'intérêt privé, il y aura bien plus d'ardeur dans les attaques dont un pareil monopole ne manquera pas d'être l'objet. » On eût aimé que l'auteur fût moins laconique. Il jugeait sans doute que ce danger ne risquait guère, alors, de devenir une menace. La loi de 1802 n'était-elle pas en pleine application et entrée dans les habitudes du pays? Ajoutons qu'avant elle, depuis i83o, selon Cournot, ce monopole n'avait jamais été en vigueur, à proprement parler- ; il y avait donc moins de raisons que jamais de rêver d'une restitution possible. Le recteur de Dijon craignait plutôt que le vent de liberté, soufflant sur la France au profit du clergé, ne conduisît à quelque excès contraire, à une autre injustice sociale, ou même, comme il le dira tout à l'heure, à de réels dangers pour l'Eglise.
Il reconnaît, de bonne grâce, que des motifs sérieux, mais