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INTRODUCTION XIX

iHSc), se soit rangé aux opinions qu'il soutiendra en i86/j. En réalité, ses théories pédagogiques sont déjà très nettes, bien qu'incomplètes encore et peu étendues, cela va de soi. La critique pédagogique de Cournot, d'après les Souvenirs, porte, dans son ensemble, sur trois questions principales : il examine i'enseiî^nemenl donné, de son temps, dans les institutions ecclésiastiques et laisse entrevoir son sentiment sur la liberté de l'enseignement; il expose de quelle manière il entend la réforme des études secondaires ; il fait enfin un rapide procès du baccalauréat.

Or, malgré qu'on rassemble les jugements semés çà et là dans le présent ouvrage, la pensée de l'auteur reste parfois indécise et prête à confusion. On risquerait, sans autre guide, d'attribuer à Cournot des sentiments qui lui furent étrangers. Il importe donc, en toute justice, de rattacher la pédagogie des Souvenirs à celle des Institutions, où elle reçoit son développement normal avec les précisions désirables.

Une de ses critiques, la plus courte, la plus timidement exprimée, celle à laquelle il a attaché le moins d'importance et de valeur, vise directement l'enseignement libre. Il lui reproche de conduire les élèves d'après un esprit monacal qui n'est point fait pour la société, et risque, par suite, d'amoindrir le caractère national. Le danger, il l'avoue, est peu réel, et c'est pourquoi, vraisemblablement, il s'est gardé de le lelever dans les Institutions où il s'étend longuement sur tous les autres chefs d'accusation indiqués dans les Souvenirs. Le second péril qu'il signale, tient plus, à vrai dire, aux familles des élèves qu'aux institutions libres. Certes, il est très légitime que les milieux véritablement croyants, dira-t il en i864, confient leurs enfants à des collèges ecclésiastiques ; mais ce qui est illogique c'est de voir des foyers, dont la façade religieuse cache mal une indifférence parfaite, s'adresser à ces mêmes collèges en vue de cette éducation. Et quels motifs mettent-ils en avant ! Des pensées d'économie, une sauvegarde meilleure de la santé physique des enfants et de l'autorité paternelle, le souci de se conformer à des conventions reçues et en vertu desquelles il sied que les jeunes gens, encore en tutelle, demeurent attachés aux dogmes de l'Église ! Cette duplicité est blâmée par Cournot. L'avenir, dit-il, se réserve de la châtier.

XX INTRODL'CTION

non sans dommage pour la société, en livrant les écoliers à l'indifférence religieuse, le jour où ils deviendront des hommes. Cournot estime en effet, et nous aurons à revenir sur ce point, que si les tendances sociales sont le plus puissant l'acteur de l'éducation des peuples comme des individus, l'éducation reçue dans la famille, tacitement suggérée par les propres exemples des parents, a plus de poids, et pénètre davantage le cœur et l'esprit des enfants, que l'enseignement des collèges quels qu'ils soient.

Cette idée est encore peu nette dans les Souvenirs. On esquisse avant que de peindre ; et tandis que le philosophe se borne, en ce moment, à de simples indications, et laisse entrevoir seulement ses idées générales, pivot de sa pédagogie aussi bien que de sa philosophie, il explique mieux sa pensée dans \es Institutions et d'une manière plus précise ^ Il convient, toutefois, de faire une exception pour le problème des rapports de l'enseignement libre avec l'État. Encore est-il, que si Cournot entre, à ce propos, dans des considérations relativement étendues, et si par une brève remarque il manifeste clairement son sentiment sur la loi de i852, il n'a pas eu souci de donner des solutions positives, bien qu'on les devine parfois, ni de voir le problème sous tous ses aspects. En 1 864, ses théories ont reçu de précieuses additions; et elles jettent un jour nouveau sur ses idées rétrospectives. 11 n'est plus alors exclusivement occupé, comme en 1809, des moyens pour l'État de lutter contre la concurrence du clergé. Aidé de l'histoire et de son expérience propre, il signale certains écarts passés ou présents de l'enseignement ecclésiastique et il profite de ces critiques, — toujours loyales et animées d'un grand esprit de justice et de modération qui frappe le lecteur, lors même qu'il n'est point de son avis, — pour donner, sans pédantisme, de sages conseils aux professeurs libres en vue de sauvegarder la valeur et le succès de leur action sur la jeunesse dans leurs écoles -.

En ce qui concerne la liberté d'enseignement. Cournot éta-

I. Souvenirs, p. i8i-i85; Institutions, p. 16 etsq. a. Souvenirs. ^ XXI, § XXIII, § XXVI. — Institutions, 12 et sq. ; i43, i^g, i5i.

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