XXII INTRODUCTION
sans rapport avec les principes du libéralisme économique, légitiment une certaine liberté de l'enseignement secondaire : telles, par exemple, les raisons qui se rattachent, soit à la liberté religieuse, soit à la liberté politique, soit enfin aux droits naturels du père de famille*. Aussi, Cournot ne songe pas à refuser à l'Eglise le droit de coopérer, dans une juste mesure, à l'œuvre nationale d'éducation et d'instruction. L'Église a sa force propre, en un domaine défini qui n'est pas celui de l'État. Par suite, tout empiétement de l'une sur l'autre ou vice versa lui paraît condamnable. Il est inadmissible, de la sorte, qu'on attribue à l'Eglise éducatrice le monopole de l'enseignement, ou même qu'on lui laisse dans ses écoles une liberté sans contrôle^. Ce serait violer les droits imprescriptibles de l'État, et l'Église la première en supporterait les tristes conséquences; car, du coup, sa mission serait atteinte et son crédit diminué, comme il va nous l'expliquer. C'est donc au point de vue de l'Église et du croyant que Cournot se place, à un moment donné du moins, pour combattre une liberté absolue d'enseignement. Et il le fera, il prend soin de nous en avertir, sans esprit de parti et sans contention. Il est permis de ne point partager les opinions de l'auteur ; on ne saurait, croyons-nous, lui refuser en tout état de cause l'estime et la sympathie.
Que l'Église cherche à contribuer à l'éducation ; que par ce moyen elle assure le recrutement de ses ministres et soumette à une discipline spéciale les élèves en qui elle a démêlé une vocation apostolique, cela se comprend. Hors de là, qu'elle soit prudente. Le passé l'avertit que certaines erreurs dans son rôle d'éducatrice risquent de saper son autorité ou de mettre en péril la foi dans les âmes. L'État ne doit être en ce qui le regarde, ni le serviteur aveugle et débonnaire de la société, ni son guide despotique. Gardien d'un idéal social d'éducation, il n'est pas autorisé à lui substituer les vues propres d'un législateur éphémère. D'autre part, il servirait mal la société, s'il ignorait l'art de composer habilement avec des tendances sociales plus ou moins en opposition avec cet idéal, et qui cherchent, à certaines épo-