XXIV INTRODUCTION
Toute imprudence du genre de celles qui viennent d'être exposées est d'autant plus néfaste que, si rafTaihlissement des croyances religieuses persiste en notre pays, on peut prédire à coup sûr la sécularisation finale de l'enseignement. Du jour où le latin ne sera plus nécessaire pour obtenir un diplôme, c'està-dire du jour où les contempteurs de l'instruction classique auront gain de cause auprès du gouvernement, si celui-ci laisse la société, à son dommage, se précipiter vers l'enseignement purement utilitaire où elle tend, la clientèle qui, venue de milieux diirérents, s'adressait aux maisons religieuses, les abandonnera en grande partie. Bien des gens sans croyances pratiques, n'ayant plus à demander au clergé des cours de latin, où il est réputé exceller, se passeront aisément des deux.
L'alternative suivante se présenterait alors. Ou bien le clergé, désireux de garder la clientèle de ses maisons, renoncera au système d'études classiques, fondé jadis par lui. 11 se nuira beaucoup, car ce système est essentiellement lié à son histoire et à sa constitution. Ou bien le clergé ne changera rien à ses traditions scolaires. En ce cas, il creusera un tel fossé entre l'enseignement reçu par la société civile et son propre enseignement qu'il compromettra « tous les futurs rapports » entre celle-ci et l'Église. Par suite, et de quelque biais qu'on envisage la question, l'Eglise est intéressée au plus haut point à s'entendre avec l'Etat, et à lui demander son appui dans son œuvre éducatrice. Et, si le gouvernement lui accorde sa protection, il est naturel qu'il revendique certains droits. Cournot ne se prononce ni sur leur nature ni sur leur étendue. A-t-il jugé le problème trop délicat à son gré? C'est possible. N'importe ; notre impression, à lalecturedes Souvenirs et des Institutions, est que Cournot, libéral par ses doctrines et par tempérament, s'il avait cru bon de donner plus de clarté à son opinion, eût limité les droits de l'État sur l'enseignement libre à une direction d'études, à des garanties de contrôle, de loyalisme et de capacités, garanties précises assurément, mais exemptes elles-mêmes de petitesse et de rivalité hostile'.
Il dira, quelque part dans les Institutions, que l'entente du clergé et de l'État est opportune afin de lutter mieux contre
I. Souvenirs, § XXIII; Institutions, 12, i43, i49, lôi, ôig, 620.