INTRODUCTION XXV
les tendances du siècle qui menacent de ruiner les études classiques et de faire dévier de son but l'enseignement secondaire. Deux catégories d'esprits, les uns utopistes, les autres utilitaires, se font l'écho des aspirations troubles du siècle. Les premiers se croient revenus à la Renaissance, et réclament pour le grec une place d'honneur dans les études. Les seconds jettent le discrédit sur la langue latine ; et, fascinés par les avantages pratiques d'un diplôme, ont développé « la maladie du baccalauréat » puisqu'il faut l'appeler par son nom ' .
Cournot a peu de goût pour le grec ; mais en revanche il insiste sur l'étude du latin. Tout cela est nettement exprimé dans les Souvenirs, avec une concision extrême. Il sera plus explicite en i864; et les pages où il dresse son réquisitoire contre le grec, et sa défense du latin, sont le développement de la thèse des Souvenirs. A travers toutes les raisons mises en avant, perce toujours le souci de ne pas rompre avec la tradition nationale, et de garder à l'enseignement secondaire son caractère essentiel, qui est la formation désintéressée de l'intelligence dans les milieux sociaux moyens. Le grec se signale par sa beauté plastique ; mais le latin se recommande à nous davantage, comme la souche dont nos langues romanes sont issues, et parce que « son mâle bon sens » a exercé une influence capitale sur les littératures européennes. Il est le temple de cette antiquité païenne qui, alliée au christianisme et aux mœurs germaniques, a contribué à former notre civilisation moderne. Cournot prévoit les objections, celles que de nos jours nous avons vues reparaître, et il essaie d'y répondre; mais il revient sans cesse à l'argument principal des Souvenirs, comme à un leit-motiv : l'abandon du latin est une menace pour notre nationalité. Céder à la tentation, nous conduirait « où de fait nous tendons, où arriveront plus tôt que nous les sociétés que l'émigration européenne a fondées sur d'autres points du globe, c'est-à-dire à un état de civilisation dans lequel, l'influence des traditions historiques s'étant beaucoup affaiblie, la curiosité et le goût littéraire s'étant émoussés, la mobilité des conditions ayant remplacé la hiérarchie des classes et laissant