INTRODUCTION XXIX
d'elle son principe constilulif de perfection. Mais ceci dit, et ce principe embryonnaire admis, la société apparaît comme le <f médiateur » rationnel ou providentiel, qui s'intercale entre l'organisme et les facultés de l'individu. El la société est un être vivant, nanti de fonctions propres, et supérieur à l'homme. En elle circule « cette vie commune qui anime les races et les peuples ». Hors de son concours, le germe de perfectionnement de Ihomme ne saurait s'épanouir : elle est une exigence de notre individualité, et lui donne le complément que celle-ci postule. Chacun de nous est, en ce sens, le produit de la vie sociale ; et son progrès dépend surtout du progrès de la civilisation. Cournot, nous semble-t-il, dirait volontiers, quoique paradoxalement, que ce qu'il y a de meilleur dans l'individu, c'est la société; car elle est l'intermédiaire obligé entre sa condition du moment et les conditions idéales où la Nature-Providence l'appelle. La Nature, en effet, préside aux destinées humaines; elle nous a formés pour la société, afin de nous révéler ses voies par la société. Grâce à celle-ci seulement, il nous est permis d'aboutir où Dieu, raison souveraine, nous entraîne, du fait de nous avoir insufflé, en discontinuité avec nos conditions biologiques, l'essence humaine'. Le milieu social ne crée pas l'humanité dans l'individu, il rétend; il ne l'absorbe pas, mais il dirige cette humanité et établit une morale universelle cpii, tout en respectant celle de l'individu, la dépasse et l'enrichit-. En même temps, la vie spontanée et instinctive de chacun en particulier se trouve rabaissée par l'intervention de l'idée. L'idée, quand elle est permanente, est l'expression de l'ordre social, ou si l'on veut, de l'Ordre tout court. Elle naît, grâce à des artifices de la Nature qui choisit, à sa manière, pour en être le véhicule, les génies et les institutions. Porte-flambeaux de la civilisation, ils précisent l'idée, la fixent et lui donnent assez de relief pour qu'elle se transmette facilement d'individu à individu. Il vient une époque où la rapidité des communications rend inutiles les génies, partiellement du moins. Alors l'idée, participation de la Raison divine, toute faible qu'elle soit à son apparition, par le seul fait de se réper-