II. — c
XXXa INTRODUCTION
pays, avec celles qui s'annoncent et dans lesquelles les germes d'une vie plus haute sont mêlés de germes de mort. Séparer les uns des autres est un art délicat, il est réservé à ceux qui savent se pencher vers le passé pour écouter les voies de la tradition, cette forme de l'Ordre qui va se pétrifiant partiellement, et sonder l'avenir avec prudence et sagacité.
Nous n'ignorons pas, certes, combien sont incomplets les rapprochements qui précèdent. Faute de développements sullisants, qui eussent dépassé de beaucoup le cadre d'une Introduction, plus d'un paraîtra contestable et fragile. En dépit de leurs défauts pourtant, ils nous ont semblé nécessaires et assez étendus pour renseigner le lecteur sur les idées générales de Cournot, exposées ailleurs, dans le Traité, l'Essai, les Considérations, etc., et lui donner le désir d'aller lui-même aux sources. Enhn, notre but sera atteint si ces rapprochements écourtés laissent entrevoir la richesse de pensée de notre philosophe, richesse un peu dissimulée dans les Souvenirs et qu'il était bon de souligner. Au fond, c'est ce qui importait, plus même que d'authentiquer par de semblables relations d'idées un manuscrit qui se présente, d'autre part, avec des marques certaines d'authenticité.
Les Souvenirs ont, d'ailleurs, un autre intérêt : ils permettent de comprendre jusqu'à un certain point l'évolution de la pensée philosophique de l'auteur. Les indications qu'ils fournissent à cet égard, pour être succinctes n'en sont pas moins précieuses. Nous savons d'abord, par eux, que Cournot, enfant, vécut dans un milieu austère. Par tempérament, et par nécessité il se replia sur lui-même : il devait garder ce pli toute sa vie. Sa grande distraction fut de lire, sous le contrôle sévère, il est vrai, de son oncle. Là encore cette austérité le servit. 11 se mit à lire, à peine adolescent, les Mondes de Fontenelle, ses Éloges des Académiciens, V Exposition du système du monde, de Laplace, la Logique de Port-Royal, la Correspondance entre Leibnitz et Clarke. Fontenelle et Laplace firent sur son jeune esprit la plus grande impression. 11 est permis de croire que ces lectures ont contribué, pour une large part, à décider de la première vocation de Cour-