INTRODUCTION XXXV
Il ne semble pas qu'il doive à ses premières lectures son goût pour l'histoire. Fontenelle le tournait plutôt vers les sciences ; quant à Mme de Staël elle le laissa indifTérent. Il eut entre les mains les manuels de Mézerayet de Velly ; il parcourut « les Histoires de Charles XII » et le siècle de Louis XIV ; mais ni les uns ni les autres ne produisirent dans son esprit cet attrait particulier qui est l'indice d'une vocation'. A Besançon, il eut l'occasion vers 1819, de s'initier à la philosophie de Condillac, grâce aux cahiers de l'abbé Astier professeur à la Faculté des lettres. II connut à cette époque VEssai sur f indifférence, de Lamennais *. Plus tard, à l'Ecole normale, il eut, comme professeur de philosophie M. Cardaillac, protégé de Laromiguière dont la doctrine « sensée, purement française, écrit Cournot, valait bien d'autres ». Peut-être a-t-elle laissé un pli dans l'intelligence de celui que cinquante ou soixante ans après, Vacherot appelait le philosophe du bon sens ? Quand lut-il Joseph de Maistre et Auguste Comte ? Il n'est guère possible de le préciser en se fondant sur les Souvenirs. On sait qu'il critiqua dans l'Essai Condillac ; d'autre part, il emprunta à Auguste Comte plus d'un jugement, quitte à s'opposer à son positivisme et à réformer sa classification des sciences. Enfin, à Joseph de Maistre, il fit l'honneur d'avoir énoncé une philosophie de l'histoire analogue à la sienne. Toutes deux en effet sont un « naturalisme historique », de l'aveu de Cournot. Et pour que ce naturalisme devienne un théisme historique, un catholicisme historique, celui de MM. de Bonald et de Maistre, écrira-t-il dans les Considérations, « il ne faut qu'une chose, c'est que le naturaliste soit théiste ou catholique, ce qu'assurément il a bien le droit d'être, sans abdiquer pour cela sa qualité de naturaliste, mais ce qu'on n'est pas fondé à exiger de lui en vertu seulement de sa qualité de naturaliste^ ». Cournot était l'un et l'autre, mais sépara nettement les deux choses^. Il se donne, en histoire,