‹ SouvenirsChapitre 29 sur 50 · Mort le 28 septembre 1827 (Note du copiste, document B · texte numérisé non relu

Mort le 28 septembre 1827 (Note du copiste, document B

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esprit crédule. C'est ainsi qu'en fait d'opinions religieuses chacun trouve près de soi des arguments logiques, auxquels il faut, selon moi, réserver toute autorité dans leur sphère, landisque la raison agit librement dans la sienne. Mais il ne s'agit point ici de théories philosophiques quelconques, pas même de mes propres théories.

La Révolution venue, je n ai pas besoin de dire que mon oncle la jugea, la condamna dès le premier jour, et la plupart des autres membres de la famille, pleins de respect pour lui, nourris dans les mêmes idées, en firent de même. Cependant, tandis qu'ils étaient, les uns incarcérés et menacés du tribunal révolutionnaire, les autres mis chez eux en état d'arrestation, mon oncle qui, comme notaire, refusait tous les serments possibles, qui ne voulait même pas recevoir d'actes contenant des transactions sur les biens nationaux, ne fut l'objet d'aucune mesure de rigueur. Après le i8 brumaire seulement, il fallut, sous un gouvernement plus réguher, plus de régularité dans sa situation de fonctionnaire public ; et comme le Concordat n'existait pas encore, comme le serment politique lui parut impliquer l'adhésion à des lois encore subsistantes qui blessaient sa conscience religieuse, il quitta ses fonctions de notaire, pour vivre de ses bien modiques épargnes.

Le seul de ses frères qu'il eut le chagrin de voir révolutionnaire et indévot, c'était le prêtre. L'autre ecclésiastique était mort avant 1789. Mon oncle l'abbé (comme j'ai été habitué à l'appeler, quoiqu'il eût depuis longtemps jeté bien loin sa soutane) était un homme aimable, galant, connaisseur en fait de livres, curieux surtout de singularités littéraires et médiocre-

ment instruit au fond, tournant le vers latin et le vers français, et en ayant même fait imprimer quelquesuns. Encore enfant, il s'appelait déya l'abbé, parce qu'on l'avait fait tonsurcr, selon l'usage, pour jouir d'un tout petit bénéfice (de deux cents livres de rente, je crois) dépendant du patronage de quelque ami de la famille, et parce que sa voix, d'une beauté rare, était présumée lui devoir fournir plus de facilités dans la carrière cléricale. De vocation, il n'en avait pas eu autrement, et en convenait volontiers. L'état ecclésiastique lui avait paru le moyen de mener une vie plus aisée et plus douce. La Révolution survenant, il n'était pas homme à tourner le dos au râtelier, comme on disait alors : il prêta donc le serment, devint vicaire constitutionnel, et en même temps, en 1792, membre de la municipalité ; de sorte qu'il mariait avec l'étole ceux qu'il venait de marier avec lécharpe. Mais bientôt, se mettant à la hauteur des circonstances, il ne voulut plus marier personne d'aucune façon, pas plus que se marier lui-même ; s'étant borné à se séculariser complètement, et à devenir un orateur, au besoin un poète des clubs populaires, donnant à pleines voiles dans le genre de politique et de philosophie alors à la mode, au point que les Jacobins de l'endroit le députèrent à Robespierre, peu de temps avant le g thermidor, pour se concerter sur les moyens de défendre le parti jacobin dans la crise qui se préparait. Plus tard, il quitta sagement la ville où il avait ainsi figuré, alla demeurer à Dole, y connut Charles Nodier dont la personnalité était encore obscure, fit imprimer, comme tant d'autres, son épilhalame impérial en 1810, sentit, comme tant d'autres, le vieux levain révolution-

naire se soulever en lui au retour des Bourbons et des Jésuites, et néanmoins ne mourut en i84o, l'un des plus vieux pensionnaires de l'Etat, qu'après avoir, m'a-t-on dit, secrètement obtenu de Rome, par l'entremise d'un jésuite de Dôle, quelque moyen de rajuster ce qu'il y avait de trop peu canonique dans sa situation. Pour mon propre compte, je suis redevable de mon apparition dans ce monde, à la Révolution du 18 Brumaire. Quelque temps après ce grand événement, mon père, parvenu à la quarantaine', crut les choses assez rassises et la liberté de conscience assez assurée pour songer à prendre charge de femme et d'enfants. Cependant, comme je suis né en 1801 \ six mois avant le Concordat, j'ai encore été, à la manière des temps primitifs, baptisé en chambre, par un prêtre qui se cachait ou qui était censé se cacher, car dans la réalité on ne craignait plus l'application des lois révolutionnaires. Mon oncle et ses deux sœurs, célibataires comme lui, vivaient avec une vieille grand'mère. Je fus comme adopté par eux ; je devins l'un des membres de cette petite communauté oii les extrêmes de lâge se touchaient. Malheureusement l'aînée de mes tantes était étroitement liée avec la coterie constitutionnelle de la ville, et même elle connaissait particulièrement Dom Grappin ^ De là une opposition radicale de principes et une aigreur de secte qui se conciliaient tant bien que mal avec l'affection paternelle, et qui n'ont pas empêché la communauté de subsister jusqu'à l'ex-

1. Décédé le 26 avril i8<i2, à 82 ans (Note du copiste, document B).

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