I. M. Hachette (Note du copiste, document B
Louis Quicherat (1799-188^') fut très lie avec Cournot. Il devint conservateur de la bibliolhrque Sainte-Geneviève ; mais il est connu surtout par ses dictionnaires latin-français et français-latin. A part son dernier ouvrage : Mélanges de philosophie, paru en 1879, il n'a guère écrit que
en a tant fait faire et est devenu dans la librairie parisienne une si grande puissance, que son nom durera tant que le blanchiment par le chlore permettra de durer au papier sorti des fabriques du xix* siècle. L'un de ceux que l'on remarquait le moins, Génin', est celui qui sest dislingue le plus par la finesse et la verve de son esprit voltairien. A la tête de camarades de troisième année, l'opinion plaçait Farcy, dont je raconterai plus loin la fin prématurée. Je dirai deux mots d'un autre de nos camarades, qui n'est pas mort comme Farcy et Génin, mais que l'on ne peut guère compter non plus parmi les vivants, tant il a mis de soin à s'isoler d'eux. Mon ami Jacques Saigey ^ est sorti,
pour les classes. Cournot, à propos de distinctions à faire entre l'enseignement classique et l'enseignement spécial, rappelle un jugement de Quicherat. « Au lieu d'identifier, écrit notre auteur, comme on le fait, l'instruction classique et l'instruction secondaire, ou de considérer la première comme caractérisant un genre, il propose de réserver l'épithète de secondaire à toute instruction qui dépasse l'instruction primaire sans être l'instruction classique. L'usage admet sans peine de pareilles dérogations à l'exactitude logique. » Institutions, page b'i en note (N. E.).
1. Génin (François), né à Amiens, i8o3 ; mort à Paris, i856. Elève de l'Ecole normale en 182 1, collabore ensuite au National, dans lequel, sous la monarchie de Juillet, il combat vivement l'idée de la liberté d'enseignement. Plus tard il s'occupe de philologie française et publie : un lexique de la langue de Molière (i8/i6), la chanson de Roland (i85o), la grammaire française de Falsgrave (i856). (Cf. Revue française, 10 juin i856, note sur F. Génin par Gœpp ; cf. Nouvelle biographie générale, la notice de Hauréau, t. XVIII, p. 900-902.) (N. E.)
2. Jacques Saigey devint le secrétaire de V. Cousin, puis le collaborateur de Raspail avec lequel il fonde en 1829 les « Annales des sciences d'observation ». En i845, il publie ses « Recherches sur les étoiles filantes » qu'il rédige de concert avec l'astronome Coulvier-Gravier. En i85o, il fait paraître sa « Petite physique du Globe «, puis des « Éléments d'arithmétique, de géométrie et de physique » (1859), et enfin les « Eléments des sciences physiques et naturelles » (186 1) (N. E.).
comme Georges Cuvier, de la petite ville de Montbéliard, enclave de Franche-Comté, mais qui, naguère encore, tout en parlant la langue romande, appartenait véritablement à l'Allemagne par sa religion, son gouvernement et ses mœurs. Avec quelques travers de moins, je crois que Saigey eût pu faire, dans les sciences physiques, des travaux susceptibles d'être mis en regard de ceux de son illustre compatriote dans les sciences naturelles. La nature lui avait donné l'originalité, le génie inventif, l'opiniâtreté du labeur, la lucidité de l'exposition, la verve et l'indépendance dans la critique. Très connu et même redouté, à une certaine époque, des savants les plus célèbres, il se trouve dans sa vieillesse à peu près ignoré de la jeune génération, et je ne sais si le peu qu'il a régulièrement publié fera survivre quelques-unes de ses idées, souvent pleines de justesse, trop fréquemment gâtées par le besoin du paradoxe. Une singularité outrée, l'exagération de l'indépendance ont rendu presque stériles ses rares quahtés et fait attribuer à la malignité d'esprit ce qui n'était l'effet que de la bizarrerie d'humeur. Républicain de la plus vieille roche, il ne s'est non plus soucié de servir la République que d'autres gouvernements . Il mettait, au besoin , son savoir en mécanique au service des braves gens qui voulaient démolir l'archevêché ou élever une barricade ; mais il se gardait bien de prendre rang dans les conseils de ceux qui se chargeaient le lendemain d'organiser la victoire.
Le i" juin 1822, une ordonnance du roi Louis XVIIÎ rétablissait les fonctions de grand-maître de l'Université, pour les confier à l'abbé Frayssinous. Celui-ci n'était pas jésuite, mais sulpicien, c'est-à-dire qu'il représentait
cette nuance extrême et affaiblie du gallicanisme qui touche au parti jésuite et ultramontain et qui tient pourtant à s'en distinguer. Aux yeux du monde qui connaît peu ces subtilités, l'avènement de l'abbé Frayssinous signifiait simplement la remise de la direction de l'enseignement aux mains du clergé et des jésuites. Vers le même temps, l'archevêque de Paris, M. de Quélen, nous faisait sa visite à l'Ecole normale : il agréait les vers latins d'usage, adressait des paroles paternelles, témoignait son extrême satisfaction, de sorte que l'on croyait bonnement le danger passé, lorsque le 6 septembre suivant, une autre ordonnance, contresignée Corbière, vint supprimer l'Ecole normale*. On fit, sans distinction entre les trois années de cours, deux catégories à peu près égales pour le nombre d'élèves que l'on plaçait dans l'enseignement et d'élèves laissés sans place avec un secours de 5o francs par mois, pendant vingt mois. Je me trouvai, sans savoir pourquoi, moi que Ion raillait pour mes opinions arriérées, compris dans la dernière catégorie, et je m'en applaudis fort. Je me souciais peu d'être envoyé professer le carré de l'hypoténuse dans quelque collège communal, oii j'aurais couru grand risque de rester toute ma vie. J'étais venu dans un tout autre but à l'Ecole normale, et malheureusement ce but n'avait nullement été atteint; car alors la première année d'Ecole normale n'était guère qu'une répétition des cours du Collège, faits en commun par les élèves des lettres et par ceux des sciences, sans qu'il nous fût donné de recueillir au dehors les leçons de ces maîtres célèbres qu'il me tar-