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Dans l'émotion qu'on éprouvait à la lecture des ordonnances, le Conseiller d'Etat M. Bérenger, qui habitait sa campagne de la Planchette, entre YiUiers et Chchy, vint nous voir à ViUiers, et j'étais fort eu-
rieux d'avoir son opinion. Il dit (ce sont ses propres termes) : « qu'on voulait garrotter le roi, que le Roi n'avait pas voulu se laisser garrotter, et qu'il avait bien fait». — « A merveille, repris-je, pourvu que cela réussisse ; ))et je tâchai de déduire les raisons pour lesquelles il me semblait impossible que l'entreprise réussît. Il s'obstina à soutenir que les écrivains et les bourgeois se trompaient, que le peuple se souciait fort peu de la Charte, des Chambres et de la liberté des journaux, que le Roi, s'il savait se conduire, confisquerait le tout sans que le peuple s'en mêlât. Apparemment qu'il se rappelait son i8 brumaire, arrivé trente ans plus tôt, ou qu'il en pressentait un autre destiné à se réaliser vingt ans plus tard. Il n'en avait pas moins tort de brouiller les époques et les situations ; mais j'ai déjà dit qu'il aimait à faire l'antithèse de la thèse de tout le monde. Deux jours après, comme nous entendions déjà le canon gronder dans Paris, j'allai à mon tour le voir à la Planchette. (( Oh, me dit-il fort tranquillement, c'est une révolution ». Je trouvai qu'il passait d un extrême à l'autre. Je ne savais pas encore qu'avec cette machine à révolution, qu'on appelle Paris, les révolutions pouvaient se faire si vite. Mais M. Bérenger avait été médecin dans sa jeunesse et il avait une longue expérience des accès révolutionnaires : cette fois son diagnostic ne l'avait pas trompé.
Le 29 juillet au matin, nous vîmes arriver à Villiers Mme la maréchale Suchet avec ses enfants et Mme la duchesse Decrès, sa sœur. L'insurrection parisienne gagnait du terrain ; elle menaçait d'atteindre le faubourg Saint-Honoré, où ces dames avaient leur hôtel, et elles venaient demander à Villiers l'hospitalité. Le
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général Belliard, leur ami intime, leur dépêchait un bulletin de demi-heure en demi-heure ; et rien n'était plaisant comme de suivre les transformations de leur langage, à mesure que les bulletins se succédaient et qu'ils devenaient plus décisifs en faveur de l'insurection ; car, d'une part, ces dames tenaient de très près au régime et même à la famille de l'Empereur ; et, d'autre part, elles s'étaient fort rapprochées depuis quelques années de la Cour des Bourbons et particulièrement de celle de Mme la duchesse de Berry. Des ordres étaient donnés pour qu un grand portrait de l'Empereur fût lestement masqué ou démasqué, selon que la Garde Royale ou le peuple viendrait envahir l'hôtel. Il faut dire pourtant que les souvenirs napoléoniens l'emportaient chez Mme Decrès. Quand le dernier bulletin apprit enfin que le drapeau tricolore flottait aux Tuileries et que la Garde royale évacuait Paris, elle eut presque une attaque de nerfs, en invoquant les mânes de sa fille, qu'elle venait de perdre, et dont tout le rêve avait été. disait-elle, la résurrection du drapeau tricolore. Les préparatifs d hospitalité devenaient superflus : ces dames purent, dans la soirée, regagner tant bien que mal leur hôtel, à travers les barricades et les postes des vainqueurs. Les cris de joie et de victoire retentissaient jusqu'à \ illiers et nous entendions très distinctement les cris de Vive r Empereur ! se mêler d'une façon bizarre aux cris de Vive la Chartel Pour peu que les circonstances eussent permis au mouvement populaire de suivre sa direction spontanée, l'Empire était rétabli ce soir-là, ce qui n'aurait pas fait le compte des amateurs de liberté parlementaire, comme je l'étais alors. J avoue même que la réappari-
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tion du drapeau tricolore, qui flattait tant Mme Decrès, m avait d abord un peu ébouriffé par souvenance de i8i5 ; mais d'un autre côté, le sans-gêne des ordonnances me piquait au jeu, comme tant d'autres, et à tout événement, la prestesse de la riposte me charmait.
J ai parlé du général Belliard : c'était un tout petit homme, gros, vif, sanguin, ayant de l'esprit, aimant à bien vivre et ne s'intéressant que médiocrement à la politique. Quelque temps après, les Belges s'avisèrent de s'adressera lui, pour organiser l'armée de leur nouveau royaume. La pieuse reconnaissance de ce bon peuple la fait passer à l'état de grand homme, et ils l'ont coulé en bronze sur une des places de Bruxelles. Chaque fois que je suis allé à Bruxelles, je n'ai pas manqué de contempler cette statue, en me rappelant le général Belliard que j'avais connu et en admirant la singularité des destinées.
En voici un autre exemple. Au moment même dont je parle, un de mes parents, un de ceux avec qui j'avais passé mon enfance, figurait pour quelques jours au nombre des idoles du peuple parisien. On ne le coulait pas en bronze, mais on exposait partout sa lithographie. Il était alors prêtre, attaché à l'église de Saint- Germain l'Auxerrois, et se nommait l'abbé Paravey '. Les combattants de juillet avaient déposé dans cette église les hommes tués à l'attaque du Louvre ; ils cherchaient un prêtre qui fût disposé à venir, avec son étole, leur donner la sépulture dans l'enclos, au pied de
I. Il était l'oncle de M. Gh. Paravey, ancien conseiller d'État, décédé à Paris en 1877, ou au commencement de 1878 (Note du copiste, document B).
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la colonnade : le curé et les vicaires ne se pressaient pas de venir ; nos héros avisèrent le bon abbé Paravey, avec sa tète chenue, et lui demandèrent ce service. « Avec plaisir, mes enfants », répondit-il bien vite ; (( et en effet, ajoutait-il plus tard naïvement, en nous contant la chose, ces morts empestaient notre église. » Cet acte, si simplement accompli, moitié par religion et moitié par hygiène, devint, non sans quelque raison, l'un des épisodes touchants de la révolution de juillet.
Malgré ses cheveux blancs, l'abbé Paravey ne comptait alors que bien peu d'années de prêtrise : il avait été, avant la grande révolution, moine bénédictin, mais très jeune, et non encore engagé dans les ordres; la République l'avait envoyé comme soldat faire le siège de Lyon ; puis il était devenu commerçant et juge de commerce, lisant des romans par goût et son bréviaire par scrupule, en souvenance de ses premiers vœux, dont il regrettait bien que le Saint-Père n'eût pas voulu le relever, malgré ses démarches. M. de Talleyrand l'avait obtenu ; mais il est juste de reconnaître que l'on n'est pas tenu, même à Rome, d'avoir les mêmes égards pour un petit moine que pour un prélat grand seigneur. Enfin, sur le retour et à la suite de disgrâces commerciales, il avait pris le parti de redevenir tout à fait homme d'église ; et son cousin le prédicateur, dont j'ai déjà parlé, l'avait trouvé bon pour être ce que l'on appelle, un peu trop familièrement, un porte-Dieu de la paroisse de Saint-Germainl'Auxerrois. Les circonstances lui avaient valu momentanément une telle célébrité, que le Gouvernement sorti des barricades aurait fait de lui un évêque, si sa
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bonhomie eût été moins naïve. On se contenta de lui donner, avec la croix d'honneur, une prébende et même une dignité au chapitre de Saint-Denis, oii il avait porté la robe de novice plus de quarante ans auparavant; et après avoir encore vu d'autres révolutions, il s'est éteint dans ses paisibles fonctions à l'âge de quatre-vingt-dix ans.
L'une des victimes de l'insurrection, et la moins obscure, était notre ancien ami Farcy, de l'Ecole normale, garçon de beaucoup d esprit et d'une imagination plus brillante, je crois, que bien réglée. Il avait essayé de faire fortune au Brésil et n'y avait pas réussi. Revenu à Paris, il s'était attaché à la rédaction du journal Le Globe ; et d'après le cas que faisaient de son talent les hommes qui allaient devenir tout-puissants, on peut dire que, cette fois, sa fortune était assurée. Dans l'ardeur et la franchise de son zèle, il se trouvait, le 29 juillet, sur la place du Carrousel, avec les ouvriers insurgés, sans autres armes qu'un sabre qu'il agitait en l'air. Sa grande taille le désignait aux balles et il tomba dans les bras d'un de nos amis communs. Pendant quinze ans, un petit monument, adossé à l'hôtel de Nantes, sur la place du Carrousel, rappelait son dévouement civique dont il n'y a pas plus de traces aujourd'hui que de Ihôtel de Nantes et de tant d'autres édifices supplantés par les colossales constructions et destructions de l'époque actuelle.
Arrivons à des faits de plus grande importance. On commençait à s'enquérir de Neuilly oij l'on savait que la duchesse d'Orléans était en larmes, tandis que Mme Adélaïde, retrouvant au fond de son cœur les traces d'un enthousiasme juvénile, et aussi le rcssen-
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timent d'anciennes blessures, encourageait son frère à répondre à l'appel de la Destinée et à suivre la France dans les voies nouvelles où elle s'engageait. Les ennemis de cette princesse, et ceux qui accommodent à leur manière la justice de Dieu, ont dû être bien piqués que la mort l'ait enlevée juste à la veille de 18/18, tandis que la pieuse reine Amélie épuisait la coupe de douleurs. Dans la matinée du lendemain, le duc d'Orléans traversa Villiers à cheval, accompagné d'un aide de camp, comme pour se diriger vers son parc du Raincy, et le soir il alla coucher au Palais-Royal. J'étais fort curieux de voir ce que cela amènerait; et dans la journée du 3i, je m'acheminai vers la barrière du Roule, avec une personne de notre intime connaissance. Arrivés sur le pavé de la vieille route de Neuilly, nous rencontrâmes une patrouille de citoyens armés qui nous demandèrent poliment si nous n'avions pas aperçu Vennemi. Je n'étais pas encore habitué à l'idée que nous avions l'ennemi si près de nous, et, par une distraction digne de M. Ampère, je demandai quel ennemi "è — « Oh! s'il en est ainsi, me dit-on, et que vous ne pensiez pas comme nous, prenez que nous n'avons rien dit. Pardon de vous avoir dérangé. » Une si douce tolérance acheva de me gagner le cœur. Je me reprochais déjà mes doutes à l'endroit d'un bon peuple qui ressemblait si peu à ce qu'on nous avait conté de 1792, et même à ce que j'avais vu de i8i5. Je comprenais cependant toujours qu'il ne faudrait pas que cela durât trop longtemps, ni qu'on le mît trop souvent à l'épreuve.
A quelques pas de là, nous croisâmes M. Edouard de Rigny, l'ancien préfet et le neveu du baron Louis,
qui se dirigeait vers Neuilly d'un air tout pensif, évidemment dans un but d'exploration. Un peu plus loin encore, la rencontre fut avec M. de Salvandy qui suivait le même chemin. Il nous salua, et, après nous avoir dépassés, apercevant M. de Rigny, il s'arrêta, parut hésiter, puis rebroussa chemin, et vint nous rejoindre pour ne plus nous quitter que sur la place du Palais-Royal. C'était une bonne fortune pour moi et je m'empressai de lui demander ce que feraient M. de Chateaubriand et le Journal des Débats. 11 me répondit que pour M. de Chateaubriand la chose n'était pas douteuse, qu'il ne se rallierait que sous la condition de garder Henri V et d'établir une régence, et que probablement le Journal des Débats l'imiterait dans ce système de conduite. Lui-même, M. de Salvandy, estimait qu'il fallait s'arrêter à ce parti et je ne lui en contestai pas les avantages, pourvu qu'il fût praticable ; mais je lui soutenais, (et je suis encore du même sentiment), qu'au point où l'on en était arrivé, la combinaison ne tiendrait pas un an, tant la situation du régent serait fausse. Le parti vaincu, accablé dans ce moment, ne manquerait pas de relever la tête après louragan passé ; et comment lui prouverait-on que la tutelle de l'enfant couronné était mieux entre les mains d'un collatéral détesté que dans celles de ses proches expulsés violemment .-^ D'un autre côté, avec quelles armes le régent combattrait-il les entreprises des partis révolutionnaires, qui ne verraient dans son acceptation éphémère que le résultat d'un pacte avec la famille chassée, pour reprendre par la ruse ce qu'on venait de perdre par la force } Ce qui est accidentellement arrivé dix-huit ans plus tard, serait inévitablement arrivé quinze ou
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seize ans plus tôt, à savoir qu'en un jour de trouble, les royalistes se seraient réunis, de cœur au moins, aux agitateurs, pour culbuter le régent; que les libéraux parlementaires auraient hésité entre la peur de la république et la méfiance des Bourbons et du régent ; et qu'au lieu des hésitations, des conllits et des faiblesses, la république aurait passé, en provoquant alors, selon toute apparence, l'intervention armée des puisssnces étrangères.
Tout en devisant sur ce chapitre, nous descendions lentement, à travers les barricades, la rue des faubourgs du Roule et Saint-Honoré, puis la rue Saint-Honoré ; et de temps en temps nous rencontrions des personnages, tels que le général Exelmans, le général Belliard, qui venaient du côté du Palais-Royal, et qui nous donnaient les nouvelles dont nous étions affamés. Le duc d'Orléans s'était mis d'accord avec la commission de l'Hôtel de \ ille et avec un noyau de députés ; mais il en était temps, car ces députés eux-mêmes avaient peine à contenir les ardents du parti. Il sen était peu fallu qu'on ne proclamât la république. Une proclamation était rédigée dans un autre sens : elle allait paraître ; elle annonçait que la charte ou qu'une charte serait désormais une vérité. Effectivement, comme nous arrivions sur la place du Palais-Royal, on lançait des fenêtres et des terrasses des exemplaires de la proclamation ; le prince se montrait de temps en temps. M. de Salvandy nous quitta bien vite pour entrer au palais. Je restai un instant sur la place et dans les cours avec le vil peuple. Je me rappelle un benêt en blouse, qui s écriait dans son enthousiasme retenu : « Ma foi, si celui-là nous trompe encore, ce n'est plus un roi qu'il
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nous faudra, c'est un empereur. » Le propos était assurément fort bête : mais il faut reconnaître les idées du peuple, même sous la couche de sottise dont il les encroûte souvent. De là, je gagnai le faubourg Saint- Germain, curieux que j'étais de savoir ce que disaient les gens de ma connaissance les plus avancés, tels que mon ami Saigey, et son associé Raspail, qui rédigeait avec lui un journal scientifique, auquel j'avais fourni quelques articles'. Depuis plusieurs années déjà, je regardais Raspail comme destiné à jouer, dans les révolutions futures, un rôle plus important que celui qu'il a joué effectivement, les événements ne s'étant heureusement pas prêtés aux excentricités de sa politique, et son caractère tracassier ayant fini par le rendre insupportable, même à ses coreligionnaires. Il était de Garpentras, avait quitté le séminaire et la soutane pour venir faire à Paris de l'histoire naturelle, s'était montré tout d abord dans ses recherches ingénieux et paradoxal, surtout dénigreur impitoyable des savants les plus hauts placés, tel que Guvier, qui ne rendaient pas tout de suite à ses travaux la justice qui, selon lui, leur était due et qu'il était fondé à réclamer dans une certaine mesure. Je ne le trouvai pas pour cette fois ; mais quelques jours après, je le rencontrai, le front un peu bosselé par suite d'une chute qu'il avait faite aux barricades, affectant de ne pas porter le bout de ruban tricolore que chacun portait. Il me dit en m'abordant qu il fallait reprendre le mousquet ; que la nouvelle reine était entre les mains des
I. Le journal de Raspail s'appelait « Les Annales des sciences d'observation » et parut de 1829 à i83i. (N. E.).
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prêtres et qu'on devait recommencer, puisqu'on n'avait rien gagné. Comme il me croyait quelques notions de droit civil, il me dit qu'il voulait me faire juge de ses raisons sur la nécessité de changer entièrement le code civil, et il m'engagea à l'accompagner chez lui pour en causer. Je ne pus pas saisir dans cette conversation les idées ni le plan du réformateur ; et depuis, je ne lui ai plus parlé qu'une fois, en cour d'assises, pendant une suspension d'audience, dans l'un des nombreux procès où il a dû figurer.
Le lendemain de la proclamation du duc d'Orléans comme lieutenant général du royaume, notre amiral Wuillaumez vint me trouver à Villiers pour me conter ses préoccupations au sujet des Anglais et de notre flotte d'Alger. Il était anglophobe, comme tout marin français doit l'être, et supposait naïvement que le lieutenant général du royaume, ayant à penser ce jour-là à tant de choses, ne songerait pas aux Anglais, ni au péril de la flotte d'Alger, si l'on ne l'en avisait. Il n'osait pas choisir ce moment pour se présenter au Palais-Royal dans sa voiture globulaire ; et, se méfiant bien à tort de sentaient épistolaire, ayant, avec moins de motifs encore, confiance dans le mien, il venait me proposer de lui rédiger, dans ce sens, un bout de lettre qu'il signerait. J'eus beau lui représenter qu'il était auteur d'un gros et bon volume et que je n'avais aucun titre littéraire à mettre en parallèle. 11 fallut contenter sa fantaisie : j'ignore le cas que Ton fit de la lettre de l'amiral.
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Après les faits dont nous avons été témoins en dernier lieu, on a pu regarder comme une faute grave, commise par les auteurs de l'établissement du mois d'août i83o, de ne pas s'être donné l'appui du suffrage universel, et d'avoir bâti sur le sable, en se fondant uniquement sur une émeute populaire et sur une charte bâclée par une assemblée sans pouvoirs. Effectivement, l'émeute appelle l'émeute, et le roi qui tient sa couronne d'une assemblée n'est plus que le serviteur de cette assemblée, l'instrument de tous les caprices d'une majorité mobile. Je ne suis pourtant pas tenté de m'associer à ce reproche. D'abord, on ne croyait pas matériellement possible le mécanisme du suffrage universel, tel que nous l'avons vu fonctionner; et l'on s'en méfiait même beaucoup lors du coup d'Etat du 2 décembre i85i, puisque l'on n'avait d'abord songé qu'à ouvrir des registres comme ceux qui avaient servi après le 18 brumaire, et qui étaient fort discrédités, même en i83o. En second lieu, le nom du duc d Orléans était trop peu connu des masses pour qu'on pût compter, en i83o, sur ces chiffres gigantesques qui abasourdissent les partis. Et puis, ce n'est point par quelques irrégularités ou redressements de procédure que les gouvernements périssent ou se sauvent : il faut qu'ils aient en eux-mêmes d'autres principes de vie ou de mort. Je veux consigner ici l'idée, bizarre peut-être, qui m'était venue à cette époque et que les événements postérieurs ne m'ont point fait abandonner.
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Il me semblait que le duc d'Orléans, dont on voulait faire un Guillaume III, était plus propre, vu les circonstances, à imiter ce prince dans son rôle de Stathouder de Hollande que dans celui de roi constitutionnel d Angleterre. Il me semblait que sa situation serait fausse, tant qu'il ne paraîtrait pas clairement, pour des raisons d'une vulgarité bourgeoise, qu'il rendait à la nation, dans les conjonctures ori on l'avait mise et où elle s'était mise, un service gratuit et désintéressé. J'aurais donc voulu qu'il restât au Palais-Royal, vivant en prince comme auparavant, gardant ses armoiries, ses biens, son apanage, laissant la nation subvenir, comme elle le jugerait bon, à l'entretien des palais, des musées, à tout ce que l'on regarde comme la décoration et le luxe d'un grand état monarchique. Ainsi la compris à peu près son gendre, le roi des Belges, qui s'est maintenu sur un trône de convention, uniquement parce qu'il a toujours déclaré qu'il le quitterait, dès qu'on croirait n'avoir plus besoin de lui. Cela éloignait toute comparaison entre la branche aînée et la branche cadette, et, à vrai dire, tout reproche sérieux d'usurpation. Le gouvernement de Louis-Philippe ne pouvait avoir d'autre appui que celui de la bourgeoisie ; et l'esprit bourgeois compte, souvent d'une manière mesquine et peu intelligente, ce que coûte un gouvernement. D'ailleurs, à supposer que le peuple de Paris tienne beaucoup au faste de la royauté, dont il a le spectacle, le peuple des provinces n'a aucun motif de s'en soucier. Ce n'est pas cet appareil qui, de notre temps et dans un pays comme le nôtre, peut faire la force du pouvoir monarchique. Il ne prête qu'à des déclamations, toujours goûtées et
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toujours dangereuses, comme celles de ce pamphlétaire, jadis si véhément, si pacifique aujourd'hui, que l'on nomme M. de Cormenin.
Telle n'était pas assurément la manière de voir du nouveau roi, et c'est peut-être ainsi qu'il faut entendre le reproche d'être trop prince, que j'ai mentionné plus haut. Louis-Philipe, en tant que prince, n'a pu oublier que ses ancêtres avaient eu en perspective l'éventualité d'une royauté légitime, et qu'il n'y avait qu'une tête entre la royauté légitime et lui. Et comme il était encore moins prince que père de famille, il a voulu que l'établissement royal fût une cause d'amélioration dans l'établissement de sa famille. Il n'avait pas à un moindre degré les goûts du propriétaire, et il lui a plu d'avoir à planter, à maçonner plus en grand, à administrer en propriétaire la dotation royale. C'est ainsi qu'il a compromis sa propre fortune en enfouissant dans Versailles des millions dont personne ne lui savait gré, bien au contraire, tandis qu'il bravait les rebuffades des Chambres et les insultes des journaux en demandant pour ses enfants des dotations de cinq cent mille francs. lime semble que j'aurais mis mon amourpropre à ne pas demander un sou pour les miens, et mon bon sens à ne pas dépenser un sou du mien à la décharge d'une nation assez riche pour payer son luxe. La pratique contraire est celle des temps féodaux ; mais que pouvait avoir de commun la royauté féodale avec la royauté de Louis-Philippe .►*
Loin de lui reprocher, comme on l'a fait si durement, la précaution prise pour que ses biens propres ne fussent pas confisqués au profit de l'Etat, selon la maxime féodale, je ne lui reproche que de n'avoir pas
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hautement proclamé rincompatibilité du principe féodal avec les conditions de l'époque actuelle. Et puisque cet incident a pris, parla suite, les proportions d'un fait politique, il ne faudra pas que l'histoire oublie de noter que Louis-Philippe n'a fait, en cette circonstance, que suivre l'exemple donné par Charles X avec bien moins de raisons ; car, dune part, Charles X était vraiment le représentant de la royauté capétienne et féodale ; et, d'autre part, il s'agissait de domaines d'acquisition bien plus récente, et dont la patrimonialité était bien autrement suspecte. Louis-Philippe remettait à ses enfants, sous résen^e d'usufruit, des biens dont l'origine remontait aux libéralités un peu forcées de la Grande Mademoiselle en faveur des bâtards du Grand Roi ; Charles X remettait à ses petits-enfants, sous réserve d'usufruit, quelque douze mille hectares de bois, échangés sous Louis XVI contre une usine de l'Angoumois, sans que l'échange, évidemment abusif, eût été, dans le temps, régulièrement entériné, et quand au moment de la remise, une instance était ouverte pour l'annulation de l'échange.
Mais brisons là-dessus, car je n'entends pas reproduire ici un factum du procès.
J'ai dit les fautes qu'il y a lieu, suivEmtmoi, de reprocher à Louis-Philippe, en admettant qu'il ne pouvait être qu'une sorte de Stathouder ou de protecteur héréditaire des intérêts et des libertés de la bourgeoisie ; mais, à ce point de vue, son gouvernement avait des vices d'origine dont il serait injuste de le rendre responsable. Ce n'était pas sa faute si celte bourgeoisie parisienne, celte garde nationale, qui seule pouvait le défendre, avait eu une si faible part au mouvement in-
surrectionnel de Juillet; et si, par ce côté, les journées dejuillet rappelaient le lo août, plutôt que le i3 vendémiaire. Ce vice de la situation avait été aperçu, des hauteurs de 1 Himalaya, par un homme qui ne datait pourtant, comme moi, que du commencement du siècle, par Victor Jacquemont. Dans son intéressante correspondance, on le voit tout transporté des nouvelles qui lui parviennent de Paris, et en même temps tout troublé de ce que ses amis politiques n'ont pu faire les barricades qu'avec les bras des ouvriers. Les conséquences qu il prévoyait dès lors ont pu être ajournées tant que la bourgeoisie a senti le péril ; elles devaient se montrer quand on n'y songerait plus, et quand les débats parlementaires, au lieu de porter sur de grandes questions politiques, intérieures et extérieures, d'un intérêt général et palpable pour tous, dégénéreraient d'une manière visible en de misérables rivalités d'ambitions et d'amours-propres. Les quatre premières années du règne de Louis-Philippe ont étéemployéesà cetle compression démeutes pendant lesquelles force était àla milice et au parlement bourgeois de rester sur leurs gardes et de se contenir. On disait alors que le nouveau roi avait du bonheur, ce qui signifiait que les nécessités de la situation l'emportaient sur le mauvais vouloir des uns et l'insouciance ou la sottise des autres. L'accident imprévu, le plus heureux pour lui en apparence, était la mort du duc de Reichstadt, laquelle semblait si bien couper court à la compétition dynastique la plus redoutable, on peut même dire la seule redoutable pour lui. J'avoue que je n'hésitai pas à penser de la sorte à la nouvelle de l'événement. Autant j'étais persuadé que l'apparition du fils de iNapoléon sur la frontière remue-
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rait la France d'un bout à 1 autre, autant j étais éloigné de croire que pareil rôle pût échoir à l un de ses collatéraux. Ce sont là de ces caprices de la destinée, qui déroutent toutes les prévisions ; mais ce n'est pas une raison de refuser tout crédit aux explications et aux pronostics qui se fondent sur le cours ordinaire et naturel des événements. A côté de l'émeute des rues il y a l'émeute des idées, et la Révolution de i83o eut cela de caractéristique qu'elle produisit au grand jour, pour la première fois chez nous, des systèmes bizarres qui rompaient en visière avec le bon sens français, avec la tradition philosophique du xviii* siècle, avec la Révolution française, issue de cette philosophie. Certes, du jour 011 les agitations des peuples auraient pour but quelque chose comme le saint-simonisme, le fouriérisme, le communisme, le socialisme, on pourrait bien dire que le mouvement de la Révolution française a cessé et qu'un autre mouvement commence. A cet égard, la date de i83o est remarquable par deux tentatives, fort ridicules d'ailleurs par d'autres côtés, la prédication saint-simonienne et la prétendue église catholique française de l'abbé Châtel '. Parmi les saint-simoniens
I. Chàtel (Ferdinand-François), né à Gannat le g janvier 1795. Prêtre en 18 10, il est nommé aumônier du 2o'-" régiment de ligne, puis en iSaS du 2^ régiment des grenadiers à cheval de la Garde Royale. Dès le 3i mai i83o, il se pose en réformateur religieux dans « le Réformateur ou l'écho de la Religion et du siècle ». Il perd sa place d'aumônier à la Révolution de Juillet. Après un appel (28 nov. i83o) contre « le despotisme épiscopal «, il fonde, le dimanche 20 janvier i83i, l'Eglise catholique française. Patriarche de l'Eglise française et patronné par l'ordre du Temple, il se rapproche des Saint-Simoniens. Son entreprise, qui avait eu d'abord certain succès, est combattue par les pouvoirs publics, désolée par le schisme, et tombe enfin dans le plus complet oubli, malgré un certain réveil en 18^8. il meurt à Paris en février 1857, dans la
de i83o se trouvaient bon nombre de gens instruits et de gens d'esprit, qui n'avaient pas apparemment une foi bien entière dans leur rôle d'apôtres, puisqu'ils se sont prêtés si facilement, qui dans un ordre de choses, qui dans un autre, à devenir conseillers d'Etat ou ministres ; mais ils ont toujours gardé plus ou moins le tour d'esprit systématique qui les avait momentanément attirés dans des voies excentriques. Nous en retrouverons quelques-uns.
L'Eglise française était ridicule, en ce sens que des hommes de mœurs méprisables ne peuvent, sans que le ridicule se joigne à l'odieux, singer le rôle de réformateurs religieux. Mais si ces hommes eussent eu l'esprit de foi, une conduite honnête, ils auraient pu, le gouvernement les laissant faire, mener loin leur entreprise ; et peut-être, malgré tout ce qui leur manquait, aurait-elle eu des suites graves, pour peu que le nouveau gouvernement y eût voulu prêter la main. Cela gagnait les campagnes ; notre bourg de Clichy avait renvoyé son curé, pour se donner le plaisir d entendre la messe en français ; et l'église du Primai Châtel, au faubourg du Temple, ne désemplissait pas. Un jour que la curiosité m'y avait conduit, j'entendis de grands murmures autour de moi, sur ce qu'on n'avait pas encore débarrassé la liturgie d'un mot latin, du mot Amen. « Messieurs, dit gravement un personnage en se retour-
misère, sans s'être réconcilié avec l'Église. Il enseignait un rationalisme vulgaire, teinté de panthéisme ; ne reconnaissait que la loi naturelle et calquait son culte et la constitution de son Eglise sur le culte et la constitution de l'Eglise catholique. (Cf. Dictionnaire de théol. cathol., t. III, p. 339. Cf. Thurcau-Dangin : Histoire de la Monarchie de Juillet). (N. E.).
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nant, le mot Amen n'est pas latin, c'est un mot grec. » Et, là-dessus, toutes les réclamations cessèrent. Le plaisant était moins dans l'aplomb du savant, qui faisait à' Amen un mot grec, que dans la singulière logique de ceux qui acceptaient, en faveur du grec, ce qu'ils repoussaient par horreur pour le latin. Mais les plus sots préjugés sont plus de mise en temps de révolution que les meilleurs arguments. Le gouvernement du roi Louis- Philippe eut l'honnêteté de repousser la popularité qui pouvait lui venir de tels canaux, et la chose tomba à plat, faute d'encouragements avoués oa secrets.
Six mois après la révolution de i83o, le sac de Saint- Germain-l'Auxerrois et de l'Archevêché avait montré à quel point pouvaient encore être exploitées, au profit du désordre, les antipathies populaires que le clergé avait malheureusement contribué à réchauffer par sa conduite sous la Restauration ; et trois mois à peine s'étaient écoulés, que les circonstances de la maladie et la mort de l'abbé Grégoire faisaient craindre à tout le monde le retour des mêmes scènes. Un homme qui assistait le vieux prêtre révolutionnaire dans cette lutte suprême contre ses constants adversaires, et qui en a fait le récit au public, l'abbé Baradère, était de ma particulière connaissance. Il comptait parmi ces ecclésiastiques qui se trouvent gênés, sinon de la sévérité de leur état, du moins par l'esprit de leur ordre. Il avait la passion des voyages, et, de plus, le goût des collections, sans que ce goût s'associât chez lui à des éludes scientifiques. Ayant rempli les fonctions de vicaire apostolique au Sénégal, onl en avait récompensé en le nommant chanoine à Tarbes, dans son pays, où il résidait le moins qu'il pouvait ; et l'idée lui était venue de faire
un voyage au Mexique. Il m'avait fort engagé à l'accompagner, m'assurant que j'y trouverais la fortune. Pour lui, s'il n'y trouva pas la fortune, il réussit, je ne sais comment, à troquer avec le gouvernement mexicain une collection d'oiseaux qu'il avait apportée, contre une magnifique collection de dessins des ruines de Palenque qui valait certainement, pour un Mexicain surtout, tous les oiseaux du monde. On se serait cru en présence des dessins de la Description de l'Egypte \ Revenu à Paris avec son trésor, il s'occupait de trouver des graveurs, des éditeurs, des souscripteurs, et en même temps il s'était mis à fréquenter beaucoup l'abbé Grégoire, m'engageant encore à l'imiter, et offrant de m'introduire, ce que je refusai pareillement, malgré toute la curiosité qu'éveillait chez moi ce personnage célèbre, l'un des types les plus singuliers de nos temps révolutionnaires, ou plutôt mélange hybride de types divers que la nature, par un de ses caprices, avait associés sans se donner la peine de les fondre ensemble, et en conservant toute la crudité des contrastes. [Seul parmi ses contemporains, l'abbé Grégoire a réuni en lui, d'un bout de sa vie à l'autre, la foi et la piété du chrétien, les systèmes et les passions du Montagnard, les utopies du philanthrope et l'opiniâtreté du sectaire. Avec des talents médiocres et de courtes vues, il a mérité, par la sincérité et la constance de ses opinions et l'accord de ses opinions avec sa conduite, que la postérité s'occupât de lui. Ce personnage m'avait toujours
I. Publication parue de 1809 à i8i3, à Paris, imprimerie impériale. Cet ouvrage comprend 9 volumes in-folio et 12 volumes d'atlas grand in-folio (jN. E.).
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frappe, mais non attiré. J'avais lu de bonne heure ses écrits, entendu parler de lui dans les sens les plus divers, et je me rappelais encore ma tante m'assurant qu'il était « un ange à l'autel ); ; à quoi je répondais en lui citant quelques-unes des terribles phrases de son docteur angélique, et surtout son terrible vote ; car c'était être moralement complice de l'attentat du 21 janvier que de ne laisser la vie à Louis XVI que parce qu'on était systématiquement résolu à la laisser au dernier des criminels. Or, il me semblait qu'en me laissant présenter chez l'ablié Grégoire, les plus simples convenances auraient exigé de ma part, vis-à-vis de ce vieillard octogénaire, un simulacre d'adhésion ou d'approbation auquel je ne pouvais me résoudre, et ma curiosité eut le dessous .J
Pour en finir avec l'abbé Baradère, j'ajouterai que, lout en donnant le viatique à l'abbé Grégoire, et en se faisant l'historiographe de ses derniers moments, il ne tarda pas à se brouiller avec la dévote amie et l'exécutrice testamentaire du prélat janséniste, qui poussait la méfiance sur tout ce qui concernait son évêque, jusqu'à le faire déterrer, pour s'assurer qu'on l'avait bien efïectivement enterré avec son anneau pastoral. Quelque temps après, l'abbé Baradère, poursuivant d'autres rêves, partait pour le Texas d'où il n'est jamais revenu.
La nouvelle Cour était inquiète de ce qui pourrait arriver des refus de sacrements ou de sépulture faits à Grégoire par le clergé officiel. L abbé GuiUon, écrivain et professeur de Sorbonne, aumônier de la Reine et nommé à l'évêché de Beauvais, vint refaire, sinon avec plus de juridiction, du moins avec plus d'autorité, ce qu'avait déjà fait notre voyageur transatlantique ; et
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par là, comme un homme mieux avisé que lui l'aurait bien prévu, il déchira d'avance ses bulles. Il lui fallut se contenter du titre, tant soit peu ridicule d'évêque de Maroc, sous lequel nous l'avons vu pendant vingt ans, avec ses cheveux blancs et sa croix pectorale, mêlé à nos rangs dans les modestes fonctions d'inspecteur de l'Académie de Paris.
Dans ces diverses circonstances oii les intérêts, les opinions, les passions même du clergé étaient en jeu, Louis-Philippe, soupçonné de voltairianisme, lit toujours pour le clergé tout ce qu'il croyait pouvoir oser faire, évitant de s'associer, même au commencement et lorsqu'il cédait sur bien d'autres points, à tout ce qui aurait pu ressemblera des saturnales religieuses. Il faut regretter qu'une partie du clergé n'ait pas répondu à cette conduite en refusant, dix-huit ans plus tard, de s'associer à certaines saturnales politiques, et d'applaudir à la chute d'un pouvoir qui, bien loin de persécuter l'Eglise, lui avait rendu le légitime ascendant que des fautes commises sous la branche aînée la menaçaient de perdre en i83o. Mais ceci se rattache à des faits d'une autre nature, sur lesquels le cours de ma vie me met aussi à même de fournir quelques renseignements et de porter quelques jugements assez autorisés. Il faut donc interrompre ici nos considérations de politique transcendante, pour revenir un moment à l'imperceptible fil de mes propres aventures, auquel je suis bien obligé de rattacher toutes mes petites anecdotes et toutes mes réflexions ou toutes mes divagations.
l5^ A. rOIIRNOT