‹ SouvenirsChapitre 44 sur 50 · I. Cf. Institutions, ch. vu (N. E · texte numérisé non relu

I. Cf. Institutions, ch. vu (N. E

C'était un mal, sans doute, que de faire perdre à la jeunesse du temps à ces pauvretés, mais le mal se bornait là. Abordait-on les questions de Dieu, de l'âme, de la liberté, des fondements de la morale, on ne faisait que reproduire les vieux cahiers de collège ou de séminaire, en les déguisant, tant bien que mal, par une phraséologie nouvelle, par des mots barbares de nouvelle fabrique, pour avoir l'air de les rajeunir. Une seule fois, à Bordeaux, je trouvai des propositions assez malsonnantes pour que je crusse devoir les signaler à l'autorité, mais personne ne se plaignait : le professeur était lié avec l'abbé de Salinis, professeur à la Faculté de théologie, et l'on me répondit que, sans doute, je m'étais trompé. Aussi bien, les jeunes gens faisaient-ils généralement fort peu de cas de la philosophie qu'on leur servait. Je n'ai connu que mon ami et collègue, l'abbé Noirot, qui ait su pendant vingt ans, au collège de Lyon, inspirer à la jeunesse qui l'écoutait (et pourtant il ne parlait guère) une admiration et un attachement quasi fanatique. Quel était son secret.*^ voilà ce que je n'ai jamais pu pénétrer ^

I. Cf., à propos de l'abbé Noirot et de sa méthode, les pages qui lui sont consacrées dans la biographie de « Barthélémy Terrât » par Henri Lalou, chez Dumoulin, 5, rue des Grands-Augustins, Paris, 1912. Cf. p. Sa de cette biographie : « Ce qu'il y avait d'admirable dans cette doctrine, c'était sa simplicité même. Comme elle était le bon sens élevé à sa plus haute puissance, elle convenait à toutes les conditions. Les esprits façonnés par cette discipline vigoureuse ont brillé dans les carrières les plus diverses ; tous aiment à rapporter à leur commun maître la meilleure part de leur succès. » Cf. p. 3i, ibid. « Il n'est le disciple de personne, il ne se courbe pas devant un système...; son enseignement réconcilie dans un baiser fraternel la raison et la foi ; peu de maîtres savent mieux diriger l'intelligence sans la moins comprimer. » Parmi ses

Tandis que le Gouvernement de Louis-Philippe, en partie formé de professeurs, s'empêtrait de tant d'embarras pour maintenir prospères les collèges de l'Université ou de l'Etat, les professeurs montraient-ils beaucoup de reconnaissance et d'attachement à ce Gouvernement? Hélas! je suis obligé de dire que non : Gênas irrilahile . . . Trop de gens de notre robe, qui s'en sont repentis depuis, s 'exagérant leur importance personnelle ou celle de leur robe, s'associaient aux déclamations et aux épigrammes de ceux qu'on appelait les hommes du mouvement. L'esprit d'opposition remontait jusqu'aux sommités du Conseil royal oii siégeaient M. Cousin, qui avait été ministre, qui comptait bien le redevenir avec M. Thiers, et M. Saint-Marc-Girardin que l'on regardait comme destiné à faire partie d'un ministère Mole, au cas que M. Mole revînt au ministère. M. de Salvandy, qui avait un grand fond de bienveillance pour les personnes, une générosité parfois trop peu ménagère des deniers publics, le goût des améliorations, porté quelquefois jusqu'à l'intempérance, une dignité réelle dans le caractère, quoique souvent trop emphatique et portant à l'épigramme, se lassa enfin des taquineries du Conseil, ou plutôt de quelques conseillers, et rétabht l'ancien Conseil de l'Université impériale, oii des conseillers amovibles, en assez grand nombre, venaient neutraliser en partie l'importance oligarchique des conseillers inamovibles. Ce fut là le commencement de nos petites révolutions intérieures. A un Conseil des Dix succédait un Parle-

élèves du lycée de Lyon, il eut Ponsard, de Laprade, Forloul, de Parieu et Frédéric Ozanam. Ibid., p. ag.

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ment. M. de Salvandy m'y fil entrer, non de prime abord, et je pus m'y délecter de nos tournois parlementaires, assez souvent même y prendre part.

Cependant, toutes ces modifications profondes dans les mœurs et dans les idées, dont j'ai rapporté l'origine à la seconde moitié des quinze ans de la Restauration, se manifestèrent de plus en plus, dans le cours des dix-sept années qu'a duré le règne de Louis-Philippe. Le baccalauréat acquérait une importance de plus en plus exclusive. Les familles, à chaque instant froissées dans leurs plus chères affections, se révoltaient contre le joug des pédants, et ne pouvaient avoir grande foi à l'excellence de règlements qu'on changeait si souvent. L'Université perdait la popularité que lui avaient valu, sous la branche aînée, les campagnes de l'esprit public contre les jésuites qui ne se montraient ou qu'on ne redoutait plus guère. A côté de la préparation au baccalauréat, il fallait bien faire une place à la préparation aux grandes écoles du Gouvernement, l'Ecole polytechnique, lEcole militaire, l'Ecole navale, l'Ecole forestière, pour lesquelles le baccalauréat n'était pas exigé, et à chacune de ces écoles en particulier, puisque toutes ont des programmes d'admission différents. Il fallait faire une autre place aux enfants que leurs familles destinaient à l'agriculture, au commerce, à l'industrie, désireuses qu'elles étaient de leur donner une instruction réputée plus relevée, ou effectivement plus relevée, que celle des écoles primaires, sans toutefois vouloir leur donner une dose de latin ou de grec jugée inutile, dès qu'on n'aspirait pas au diplôme de bachelier. D'où l'annexion à nos collèges de ces cours qualifiés de français, de commerciaux, de préparatoires,

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de spéciaux, etc. De là une tendance à diviser, à spécialiser de plus en plus l'instruction secondaire, en l'appropriant aux principales catégories que l'on peut établir dans les carrières professionnelles : ce qui est précisément le contrepied du système ancien, fondé jadis en vue des besoins de la profession ecclésiastique, adopté ensuite comme le cachet distinctif de la bourgeoisie, et restauré en 1802 par le Gouvernement consulaire, puis consolidé en 1808, à ce qu'on croyait, par l'établissement de l'Université impériale. Dès lors, à mes yeux, ce système avait fait son temps.

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