‹ SouvenirsChapitre 5 sur 50 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

Cournol n'a rien d'un Montaigne. Ce n'est point par simple complaisance qu'il nous entretient de sa famille el de sa personne. Il y voit une manière de nous exposer ses doctrines ou de nous les rappeler. Disons mieux : il est un miroir où les choses et les gens de son temps viennent se refléter. L'image est fidèle sans doute; mais elle se teint, au passage, tantôt d'une fine émotion, tantôt de sa pensée critique, tantôt enfin de son ironie discrète. La phrase, harmonieuse et simple, se développe avec une bonhomie particulière. Peu d'images y figurent ; mais les termes sont choisis et exactement appropriés à l'idée. (Cf. p. io4 les relations de Talleyrand et du marquis de Jaucourt). Le style est toujours naturel, sans recherche, mais non parfois sans coquetterie. Comme dans toutes ses autres œuvres, l'émotion de Cournot se traduit brièvement et fortement. Pour marquer l'estime et l'affection c[u'il éprouvait à l'égard de son oncle le janséniste, il se contente de ces mots : « L'aîné de mes oncles, à qui je dois tout ce que je puis avoir de bon. » Plus loin, il ajoutera qu'il y a beaucoup de saints de la sainteté desquels il est moins sur. De même, cjuand il parle de ses amis et de ses professeurs. Dans tout le cours de son récit, il garde ce ton mesuré et académique qui apparaît dans le « Traité » et dans les « Considérations », mais avec quelque chose de plus familier et de plus abandonné. Les idées sont moins logiquement enchaînées qu'ailleurs ; un souvenir en amène un autre ; les digressions ne l'arrêtent pas, car il entend bien qu'on regarde sa brochure comme des a fantaisies confidentielles » ' ; ou, du moins, il la donne pour telle. Plus qu'ailleurs, et c'est un des caractères distinctifs de ses mémoires, il se révèle habile dans l'art du portrait. On voit vivre ses personnages ; il les fait parler et discuter devant nous. Comme l'artiste saisit le détail inaperçu, mais significatif, qui éclaire un paysage et lui donne du relief, il sait retenir d'un personnage le trait qui ne nous le laissera plus oublier. Un travers, un mot, une simple attitude, fixent comme au burin la personnalité d'un Laplace, d'un Lagrange, d'un Courier. Et l'on sent qu'il aime le portrait. Il y revient, il insiste; on en trouve à chaque page pour ainsi dire, et il y met

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