‹ SouvenirsChapitre 6 sur 50 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

une infinie variété. A de telles marques, Cournol s'accuse observateur pénétrant. Nous nous en doutions un peu. Une photographie le représente vu de face, le regard demi-voilé, un sourire aux lèvres mâtiné de bonté et de malice courtoise. C'est ainsi qu'il écoutait en général ses visiteurs. Peu expansif, mais spontané et spirituel à ses heures, il notait au passage ces mille riens qui dénoncent les individualités. 11 aimait l'anecdote; et les Souvenirs en sont émaillés. A la différence des esprits vains, il se plaisait à chercher, dans ses replis, l'idée philosophique ou la leçon morale. Et l'idée et la leçon, par la seule manière de conter, se dégagent souvent d'elles-mêmes sans qu'il ait besoin d'appuyer ni d'avertir le lecteur. Tel récit, à propos de Laplace (p. 83-86), tel autre, au sujet de Cousin (§ xix, xxiii), tel épisode sur la Révolution de i83o (p. i38), sont, de ce chef, très curieux.

Cournot ne se fait pas scrupule parfois de rapporter, aux termes près, l'anecdote dont il a déjà donné ailleurs la primeur au public. Ce qu'il dit de Lagrange, dans les Considérations (t. 11, p. 4i4 en note), et de son opinion sur le retour des Bourbons est ainsi reproduit dans les Souvenirs^. De même, le portrait de Gouvion Sainl-Cyr est un raccourci de celui qu'il traça, en tête des mémoires du maréchal. Le plus humoristique est celui que nous donnent les Souvenirs. L'auteur quitte hardiment la scène pour pénétrer dans les coulisses; il use, avec goût d'ailleurs, de la liberté étendue qu'on accorde à de simples mémoires, mais qu'on refuse à une biographie officielle. La noble figure de Gouvion Saint-Cyr s'agrémente, de la sorte, de traits particuliers et elle apparaît moins guindée, plus familière et plus vivante. Ainsi encore, du portrait de l'abbé Grégoire tel qu'il est dans les Considérations (t. 11, p. 368) et tel qu'il se retrouve dans les Souvenirs (p. lôi-iôa).

Une parenté, plus profonde que celle de la forme, unit cependant les mémoires de Cournot à son œuvre philosophique. Et nous ne parlons pas seulement de quelques idées de détail glanées çà et là. Il est aisé en effet de découvrir dans les Souvenirs bien des opinions particulières que reproduiront d'une manière

I. Ibid.. p. fil. Cl- Considé râlions, t. II, p. 890 et Souvenirs, § vu.

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