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détrôné dans la personne de Charles X ; la prépondérance qu'il affectait plus encore qu'il ne l'exerçait, sous le règne de ce prince, et les démonstrations à l'aide desquelles il s'efforçait de l'étendre et de l'afficher, étaient un des principaux griefs de la nation contre les maîtres que la seconde restauration nous avait donnés, et cette prépondérance étant désormais perdue pour lui, à moins d'une troisième, nous devions le considérer, non comme un appui, mais comme un ennemi.
Ennemi redoutable, corps régulièrement établi, hiérarchiquement réparti sur toute la face du terriritoire, ayant ses chefs au nombre de près de cent, placés au premier rang dans chaque département, et ses soldats au nombre de près de quarante mille dans chaque paroisse, ayant dans chaque paroisse une tribune — la chaire — pour parler au peuple assemblé, et, dans chaque ménage, un Moniteur secret — le confessionnal — pour parler aux consciences.
Le clergé ne pouvait pas, sans doute, nous attaquer à force ouverte ; mais l'action universelle et continue de son autorité morale, de son influence pratique sur les esprits, venant, en temps de révolution, à l'appui de l'essor déréglé des libertés
publiques, pouvait rendre de plus en plus difficile le rétablissement d'abord, puis le maintien de l'ordre public.
Ceux qui se rappellent quelle était, à l'époque dont je parle, l'attitude des princes de notre Église, quel était, entre autres, le langage tenu, même en chaire, par l'archevêque de Paris, M. de Quélen; ceux qui n'ont point tout à fait oublié le journal VAveniVy et ces feuilles brûlantes, écrites, signées ou dirigées par M. l'abbé de Lamennais, devenu fougueux démagogue de fougueux révolutionnaire qu'il avait été jusque-là, ne trouveront certainement pas que j'exagère.
Comme il était impossible de rien faire et de rien changer à l'Église, placée, par sa propre nature et par le Concordat, heureusement à l'abri de toute atteinte, la difficulté de bien vivre, ou même simplement de vivre avec notre clergé tel que l'avaient fait les antécédents de quinze années, était, pour notre nouveau gouvernement, une affaire de conduite, de prudence et de temps.
Voici comment je l'entendais :
1* Eviter avec soin le moindre tort envers le clergé ; ne lui donner aucun sujet de plainte réel ou simplement apparent ;
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2° Ne lui demander rien que de strictement légal ; rien qui ne soit manifestement conforme à ses obligations écrites et reconnues de lui-même;
3» Prendre, autant que possible, ses actes et ses paroles en bonne part, sans tenter aucun rapprochement prématuré;
Ao Ne souffrir de lui rien qui déroge à ses devoirs et aux convenances, sans le relever dans un langage respectueux.
5° Savoir attendre, laisser agir le temps, la durée, le succès.
Je m'entendis avec les nouveaux préfets, et ce ne fut pas le plus aisé de ma tâche, attendu qu'ils étaient presque tous ou très novices ou très ardents ; je leur prescrivis de se tenir, envers les évêques et le clergé, dans une attitude sérieuse de réserve et d'expectation; de ne rien demander, sinon que le Domine salvum fût chanté dans toutes les églises ; de ne rien exiger par delà la soumission aux lois; de m' envoyer réguHèrement copie ou exemplaire des instructions épiscopales, et de n'engager aucune affaire, en ce qui touchait la religion, sans m'en référer sur-le-champ et attendre ma réponse.
J'adressai aux archevêques et aux évêques une circulaire qui leur rappelait, en termes péremp-
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toires, l'obligation de soumettre à l'approbation du roi les nominations aux cures, vicariats généraux et canonicats, obligation trop souvent oubliée sous la Restauration.
Je fis relever rigoureusement et dresser exactement le tableau des infractions volontaires apportées à l'exécution des célèbres ordonnances rendues par Charles X, sur la proposition du ministère Martignac (M. Portails et M. l'évêque de Beauvais) et sous l'approbation expresse du suint-siège; ce tableau étant rendu public, j'en fis rapport au roi, et je lui proposai :
1° De tenir fermement la main, à l'avenir, à ces obligations;
2° De supprimer les bourses accordées aux petits séminaires dans le but et sous la condition explicite d'une exécution réelle et hona ficle, bourses qui n'avaient servi qu'à étendre et à propager le désordre que les ordonnances avaient pour but de réprimer.
J'annonçai cette suppression aux évêques et aux archevêques; afin de ménager leur susceptibilité, je n'alléguai d'autre motif que l'embarras des finances et la nécessité des économies; mais, pour qu'on ne s'y méprît pas, j'engageai le roi à bien
accueillir la demande du culte Israélite, en instance pour obtenir d'être désormais salarié par l'Etat, comme tous les autres cultes officiellement reconnus, ce qui n'était que juste et raisonnable.
Pour bien attester enfin que, tout en respectant jusqu'au dernier scrupule les droits du clergé, je n'entendais pas laisser porter atteinte aux droits de l'Étal, je fis une exécution sur trois aumôniers placés par mon prédécesseur dans trois collèges de Paris.
Ces jeunes ecclésiastiques entretenaient une correspondance régulière avec M. l'archevêque de Paris, etlui dénonçaient avecune grande virulence leurs collèges et leurs professeurs, comme autant de foyers d'impiété et de corruption. Leur correspondance ayant été communiquée aux journaux ultra-catholiques, publiée et faisant grand bruit dans tous les partis, je les fis appeler et leur dis gravement :
«Vous rendez compte, ce me semble, à M. l'archevêque de Paris de l'état de l'enseignement dans vos collèges respectifs. J'ai lieu de me plaindre de n'en être informé que par les journaux. Je ne saurais admettre un tel droit que sous ces trois conditions, dont la simple délicatesse aurait dû vous avertir :